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Des femmes entrepreneures francophones pour libérer le potentiel économique

Par Patrick Ndungidi le 15 Novembre 2017


C’est à Bucarest, en Roumanie, dans le prestigieux Palais du Parlement que s’est tenue récemment la Conférence des femmes de la Francophonie sur le thème « Création, innovation, entrepreneuriat, croissance et développement : Les femmes s’imposent ! ». Forbes Afrique revient sur cet événement.



L’Appel de Bucarest pour libérer le potentiel économique des femmes et le lancement du réseau des femmes entrepreneures de la Francophonie ont constitué les deux moments forts de cet événement d’envergure qui a rassemblé, les 1er et 2 novembre derniers, près de 450 participants. Organisée à l’initiative de la Secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean et tenue sous le haut patronage du Président de la Roumanie, Klaus Iohannis, la Conférence s’est principalement déroulée autour de 3 axes thématiques à savoir « Droits des femmes et accès au marché du travail » ; « Innovation et entrepreneuriat féminin » ainsi que « Leadership des femmes dans la gouvernance économique ». À Bucarest, l’objectif de la Francophonie était d’impulser un réseau qui permettra des échanges, des passerelles et les liens à construire ou à renforcer, une forte mutualisation des modèles inspirants, un partage de bonnes pratiques, de réalisations, des expériences concluantes entre femmes entrepreneures de l’espace francophone.  Chose faite avec le lancement du réseau des femmes entrepreneures francophones censé notamment faciliter la création de partenariats robustes et la mise en place de de maillages stratégiques. Le réseau nouvellement créé se matérialise notamment par la plateforme numérique mise en place par l’OIF pour faciliter les échanges entre les entrepreneures de l’espace francophone. « Le réseau des femmes entrepreneuses, à la dimension de l’espace francophone, que vous souhaitiez ardemment, eh bien la Francophonie vient de le lancer, ici même ce matin, grâce au talent d’une jeune informaticienne des plus enthousiastes.  À vous, Mesdames, de vous emparer de ce réseau, dès à présent, de l’alimenter, de le faire vivre et prospérer, à vous d’en tirer toutes les opportunités. Et soyez sûres que la Francophonie vous accompagnera », a déclaré la Secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean dans son discours de clôture de la Conférence. Cette dernière a également estimé que si les femmes entrepreneuses veulent sortir du micro (micro entreprise, micro financement) dans lequel l’immense majorité d’entre elles sont reléguées, et accéder enfin à l’échelle à laquelle leurs compétences et leurs ambitions leur permettent d’aspirer, les femmes doivent user et abuser de toutes les stratégies et de tous les stratagèmes, quitte à prendre les chemins de traverse quand on les empêche d’avancer en droite ligne.

Un réseau pour permettre des échanges

Pour sa part, Monica Jiman, qui assure actuellement la présidence du réseau et qui est également la Directrice de Pentalog, une plate-forme de services numériques en Roumanie, a fait savoir que le réseau va permettre des échanges, des passerelles, des liens et des partages d’expériences. « Un groupe de travail a été mis en place parce que nous voulons créer un réseau moderne qui permettra aux femmes francophones créatives et déterminées de se retrouver. Les femmes qui sont aujourd’hui dans le réseau représentent des femmes entrepreneures sur les 5 continents, qui ont des expériences et des expertises extraordinaires, qui viennent des économies qui sont différentes et ce sera l’une des richesses de ce que l’on va partager ensemble », s’est réjouie la présidente du réseau dont le Secrétariat général est assuré par l’océan indien et dont e bureau est constitué par des représentantes de grandes régions notamment  l’Europe, l’Afrique de l’est, l’Amérique, l’Asie et l’Afrique centrale. Une démonstration de ce que sera cette plateforme numérique a été présentée aux participantes à la conférence par Tatiana Yangounpandé, spécialiste de programme à l’OIF. La plateforme, qui sera lancée dans les tous prochains jours, comprend plusieurs rubriques notamment un répertoire des femmes entrepreneures francophones avec leurs différents contacts, ce qui facilitera des échanges directs via, entre autres, des appels vidéo. « La plateforme est née à la suite de toutes les missions de terrain où la direction de la francophonie économique et numérique déploie des programmes d’appui à l’emploi via l’entreprenariat des femmes et des jeunes. Dans ce programme nous avons recensé un certain nombre de besoins auprès des femmes et jeunes entrepreneures. C’est notamment sur cette base que l’OIF a conçu cette plateforme », a fait savoir Tatiana Yangounpandé.

Appel de Bucarest : libérer le potentiel économique des femmes

Pour l’Organisation internationale de la Francophonie, l’avenir de l’espace économique francophone ne peut s’envisager sans la participation réelle des femmes, qui constituent des leviers et des maillons essentiels pour la croissance et le développement. Cet engagement a été réaffirmé dans l’« Appel de Bucarest », dont la lecture a été faite également le 2 novembre par Ndioro Ndiaye, rapporteure générale de la Conférence. Dans cet appel, les femmes réaffirment notamment leur engagement ferme à lever les obstacles qui entravent la participation pleine et effective, ainsi que l’accès, en toute égalité, à la vie économique, politique, sociale et culturelle des femmes dans les pays francophones. Pour ce faire, elles recommandent, entre autres, de promouvoir et médiatiser les réussites de femmes entrepreneures, et d’en faire des modèles plus accessibles ainsi que de mettre en place des services et des systèmes de garde professionnalisés pour permettre aux femmes de suivre des formations d’entrepreneures. En outre, pour ce qui est de la promotion de l’entrepreneuriat des femmes et de l’innovation, l’Appel de Bucarest recommande notamment de promouvoir des partenariats entre les entreprises du numérique et les universités/lycées pour faciliter la participation et les initiatives des femmes dans ce secteur ; de promouvoir l’utilisation des TIC par les femmes pour qu’elles puissent saisir les opportunités de développement économique qui en résultent et de sensibiliser les jeunes sur la nécessité de suivre une formation complète avant de se lancer dans la vie professionnelle, notamment dans l’entrepreneuriat.

Les jeunes entrepreneures francophones à l’honneur

Les jeunes femmes entrepreneures justement étaient au cœur de cette Conférence de Bucarest notamment à travers différents ateliers organisés pendant la conférence sous différents thèmes notamment « Comment accompagner et former les femmes et les filles pour innover et entreprendre ? » et « Numérique et entrepreneuriat : leviers d’inclusion économique pour les femmes ? ». En outre, un groupe de travail de jeunes entrepreneures a également identifié 4 défis auxquels ces dernières sont confrontées et proposé des solutions. Le premier défi est lié à l’accompagnement juridique car certains jeunes entrepreneures n’ont pas toujours une bonne connaissance de l’environnement juridique dans lequel évolue ou va évoluer leur entreprise ; le deuxième défi est relatif à l’expertise c’est-à-dire la formation et le renforcement des capacités des jeunes entrepreneurs car beaucoup se lancent parfois sans avoir l’expertise nécessaire ; le troisième défi est celui de l’accès aux financements et le quatrième est relatif à l’adéquation entre la vie familiale et la vie professionnelle. Parmi les recommandations du groupe de travail des jeunes entrepreneures figurent notamment le travail en réseau pour échanger ainsi que le parrainage des entrepreneures plus expérimentées. « On a toujours besoin des autres pour s’inspirer et grandir, parce que c’est toujours plus moins les mêmes parcours même si les difficultés sont différentes. Le fait d’être au courant du parcours des aînés, nous pousse à mieux faire. J’ai apprécié la qualité des personnes rencontrées sur place, le network que l’on a pu mettre en place. Au-delà du réseau officiel, il y a des réseaux officieux qui se sont créés », explique la togolaise Essy Kodjo, fondatrice de l’entreprise « Perles et Pagnes » qui travaille avec les artisans du Togo et présidente d’une association de jeunes entrepreneurs du même pays. Arlette Rahajarijaona Raotondrasata, quant à elle, est une jeune entrepreneure malgache dans le secteur agro-alimentaire. Elle a créé et dirige l’entreprise « Arôme et saveurs », produisant des compléments nutritionnels à base de baobab. Elle fait également partie des lauréats de l’édition 2017 du programme de la Tony Elumelu Foundation. Ce qu’elle attend du réseau des femmes entrepreneures francophones ? Du concret. « Cette conférence a été une opportunité de faire des rencontres, d’élargir mon horizon, mon réseau et aussi de participer à un groupe de travail où on a pu réfléchir sur la problématique de l’entreprenariat des jeunes au sein de l’espace francophone.  Je souhaiterais que ce réseau puisse m’apporter un plus grand marché, une plus grande ouverture et aussi surtout de trouver des partenaires et des experts adéquats qui pourraient m’aider par exemple dans le domaine de la normalisation, d’amélioration de mon produit, renforcement des capacités pour la gestion d’une entreprise. », a-t-telle fait savoir. La Conférence de Bucarest a également permis à des jeunes entrepreneures de la Francophonie de mettre en commun leurs expériences vécues, comme le souligne la sénégalaise Salamba Dienne, directrice générale de « BIOSENE», une entreprise de transformation des produits locaux du Sénégal en produits agro-alimentaires et produits cosmétiques : poudre de Baobab, huile de baobab, Moringa, Hibiscus ainsi que des crèmes et des savons à base de Karité. La jeune femme, qui a repris la direction de l’entreprise familiale, exporte ses produits en France, aux Etats-Unis, au Canada et au Japon. « Le forum a été très intéressant au regard des échanges qui y ont eu lieu. Nous avons réseauté au maximum. J’ai rencontré des personnes venant de plusieurs coins du monde, des jeunes comme moi qui faisaient des choses complémentaires parfois. J’ai notamment croisé une jeune dame du Mali qui faisait de la transformation de produits alimentaires pour réaliser des jus. Elle m’a dit qu’elle était en surproduction. Au Sénégal on n’a pas toujours autant de baobab pour produire suffisamment donc on a créé des liens », se réjouit la jeune entrepreneure sénégalaise. Sa compatriote, Sylvie Sagbo Gommard, quant à elle, dirige la société « SENAR, les délices Lysa », une PME familiale qui existe depuis 1982, et qui est spécialisée dans la transformation d’arachides, de noix de cajou et de maïs, distribués au Sénégal dans différents supermarchés. « Ce réseau est une opportunité extraordinaire. Avec une stratégie commerciale pour l’export, je peux avoir beaucoup de facilités avec ce réseau où je peux discuter avec une entrepreneure au Canada qui est dans la distribution et qui a besoin d’étendre la gamme de ses produits à distribuer et qui pourrait peut-être me donner des adresses ou m’aider à exporter mes produits. Je peux aujourd’hui avoir un problème avec la gestion des stocks, en discuter avec une autre entrepreneure au Burkina ou au Mali par exemple qui dispose du produit que je cherche. Ce réseau constitue donc une très belle opportunité », analyse la chef d’entreprise.

Autonomisation économique des femmes et Mobilité des entrepreneurs

Les recommandations issues de la Conférence et celles des jeunes entrepreneures, a fait savoir Michaëlle Jean, nourriront aussi utilement le Plan d’action robuste de la Francophonie en faveur de l’autonomisation économique des femmes que l’OIF souhaite faire adopter par les ministres de la Francophonie, dès mars prochain, à New York, lors de leur traditionnelle concertation en marge de la Commission de la condition de la femme de l’ONU.  Par ailleurs, La SG de l’OIF, a également évoqué l’épineuse question de la mobilité des entrepreneurs dans l’espace francophone qui est handicapé par l’octroi des visas. « En raison d’amalgames, on a l’impression que ceux et celles qui viennent du Sud sont une menace. Or, une femme entrepreneuse ou un jeune entrepreneur ne circule pas pour demander asile ou fuir mais plutôt pour faire réussir son entreprise et faire fructifier ce projet entrepreneurial. Empêcher ces rencontres, bloquer la circulation, la mobilité, participe aussi d’un déficit de stabilité et de croissance pour les entrepreneurs. Il va falloir que dans la Francophonie, nous trouvions, une solution, un mécanisme pour favoriser la mobilité des entrepreneurs partout et surtout la mobilité des entrepreneurs du Sud. La situation actuelle est une injustice », a fait savoir Michaëlle Jean. Pour cette dernière, l’espace francophone est un espace d’offres et de demandes, un espace de synergies au niveau entrepreneurial pour un développement partagé et un développement responsable. Ainsi, 17 ans après la première Conférence des femmes de la Francophonie à Luxembourg en 2000, la Conférence de Bucarest a marqué une nouvelle étape décisive des femmes francophones vers plus autonomisation économique, à travers notamment l’entreprenariat soutenu par le réseau des femmes entrepreneures de la Francophonie.

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