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Côte d’Ivoire : Serge Doh, de l’athlétisme au business

Par Harley Kenguéléwa le 20 Mai 2016

Ancienne gloire de l'athlétisme ivoirien, Serge Doh compte bien marcher sur les traces de l’Américain Earvin Johnson, Jr., dit Magic Johnson, la star planétaire du basketball des années 1980-90, reconverti en homme d'affaires puissant, respecté et redouté.



Il est difficile pour un  athlète de haut niveau de réussir sa reconversion professionnelle. Ce constat est encore plus marqué pour les Africains, particulièrement ceux qui pratiquent une discipline considérée comme l’une des moins populaires sur le continent. Serge Doh a pourtant su briser cette malédiction. Il faut croire que sa pratique du lancer du poids et du disque, très loin des contrats publicitaires mirobolants qui font tourner la tête des apprentis footballeurs, lui a permis de garder la tête sur les épaules. 

Talent précoce et ascension fulgurante

Issu d'une fratrie de 5 enfants, il voit le jour il y a 43 ans à Dabou, une ville située à proximité d'Abidjan. En 1986, il quitte la Côte d’Ivoire pour s’installer en France chez une de ses tantes, où il passera quasiment toute son adolescence. Tout comme la majorité des jeunes de son âge, il aime jouer régulièrement au football. Toutefois, il se laisse convaincre par Pierre Lapray, professeur et coach sportif, de s’engager dans l'athlétisme et de se spécialiser dans le lancer du poids et du disque. Les conseils de cet entraîneur s’avèrent payants, puisque Serge Doh s’inscrit à l’Amiens Université Club Athlétisme en 1987 et devient plus tard recordman cadet du lancer du poids dans le département de la Somme, avant d’obtenir dans la foulée la seconde place au championnat de France dans la même catégorie.
 
Conscient de son potentiel d’athlète, son entourage sportif lui conseille d’entamer des démarches en vue d’acquérir la nationalité française et représenter l’Hexagone dans les grandes compétitions internationales, lui garantissant ainsi une meilleure visibilité. Porté par le sentiment d'accomplir un devoir patriotique, il refuse cette proposition et préfère participer à des tournois en tant que représentant de la Côte d’Ivoire. Sous les couleurs orange-blanc-vert, il se classera parmi les cinq finalistes aux VIe Jeux africains organisés en 1995 à Harare au Zimbabwe. Le point d'orgue de sa carrière intervient l’année suivante, lorsqu’il remporte la médaille d’or au lancer du disque et reçoit celle du bronze au lancer du poids lors du championnat d'Afrique d'athlétisme qui se déroule à Yaoundé, au Cameroun.

Jouer plus haut

Entre-temps, il obtient une bourse d’études qui lui donne l’occasion de poursuivre son entraînement aux États-Unis, où il rencontre la future mère de ses deux enfants. Parallèlement, il juge qu’il est grand temps de penser à la reconversion, cette discipline ne pouvant, selon lui, constituer éternellement son unique source de revenus. Il décide donc d'arrêter l'athlétisme et se fait embaucher en janvier 2003 comme manager chez LA Fitness, une grande enseigne de salles de sport et de remise en forme, implantée à travers tout les Etats-Unis et le Canada. Une collaboration qui durera près de deux ans mais ne satisfait pas l’ambitieux ex-sportif de haut niveau, qui aspire à jouer « plus haut » dans le monde des affaires et cherche désespérément une opportunité d’atteindre son objectif.
 
Feuilletant un jour Black Enterprise, un magazine dédié aux Afro-Américains,  il tombe par hasard sur un article consacré à la « Magic Cash Card », une carte prépayée promue et cautionnée par le légendaire basketteur américain Magic Johnson, qui permet à ses détenteurs d’effectuer un virement ou de payer des factures sans posséder de compte bancaire. Séduit par l’idée de transposer ce modèle en Afrique, Serge Doh, plein de dynamisme et d'audace, parvient à se mettre en relation avec David E. Dearman, vice-président exécutif de Global Technology Partners (GTP), un groupe américain spécialisé dans l’industrie de la carte prépayée, dont le siège social se trouve à Tulsa en Oklahoma. Cette prise de contact arrive à point nommé puisqu’à ce moment-là, David E. Dearman souhaite s’implanter en Afrique et recherche une personne bénéficiant déjà d'une expérience et d’une connaissance de cette partie du monde. Propulsé à la vice-présidence pour la stratégie de développement international, Serge Doh, assisté des directeurs commerciaux du groupe, prend son bâton de pèlerin à partir de 2007 pour convaincre les gouvernements de différents pays des bienfaits potentiels d’un tel mode de paiement : Burkina Faso, Bénin, Cote d’Ivoire…  

« La carte prépayée constitue un immense marché inexploité en Afrique », affirme l’ancien athlète avec un enthousiasme non dissimulé, lors d’une entrevue qui s’est déroulée dans ses quartiers, sur les Champs Elysées à Paris. Le taux de bancarisation étant effectivement très faible sur le continent, Serge Doh profite de cette occasion pour vulgariser son produit auprès des populations non bancarisées. Aujourd’hui, GTP, où il officie en tant que cadre dirigeant, a noué des partenariats avec des établissements prestigieux comme United Bank for Africa au Nigéria, BOA (Bank of Africa) Sénégal, ou encore le groupe Ecobank. Persuadé d’avoir trouvé le bon filon, Serge Doh veut désormais s’attaquer aux pays d’Afrique centrale. Une ambition confortée entre autres par le trophée de meilleur fournisseur de l’année que GTP s’est vu décerner pour ses solutions de cartes prépayées Visa, lors d’un sommet Moyen-Orient/Afrique consacré à l’innovation financière, tenu à Dubaï en 2016.  

 Installé aux Etats-Unis, Serge Doh est bien conscient qu’il lui reste encore une sacrée marge de progression pour se hisser au niveau de l’ancienne vedette des Los Angeles Lakers, devenue propriétaire de plusieurs franchises de Starbucks et salles de cinéma. Mais ses responsabilités peuvent lui servir de starting-block pour conquérir tout le continent africain et gagner des parts de marché en s’investissant dans d’autres activités, comme l’agriculture ou les énergies renouvelables.  Ses ambitions d'homme d’affaires ne l’empêchent en tout cas pas de conserver un lien fort avec sa passion initiale, l’athlétisme, puisqu’actuellement il gère avec une efficacité qui a déjà fait ses preuves la carrière de l’Ivoirienne Murielle Ahouré, étoile montante du sprint féminin mondial.


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