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L'éditorial de Michel Lobé Ewané

Rédigée le 15 Septembre 2016

Conversation avec Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie

Joseph E. Stiglitz est l’une des sommités intellectuelles de la planète Economie. L’Américain est en effet la seule personnalité vivante aujourd’hui à s’être vue décerner par deux fois le prix Nobel.


Editorial paru dans le numéro 37 de Forbes Afrique, daté septembre
Editorial paru dans le numéro 37 de Forbes Afrique, daté septembre
L’Académie royale des sciences de Suède l’a d’abord distingué en 2001 en lui attribuant le Nobel de l’économie pour sa contribution à la théorie dite de l’asymétrie, qui posait les bases d’une « théorie générale sur les marchés avec asymétrie ». Puis en 2007, il a de nouveau obtenu le Nobel, de la paix cette fois-ci ; un prix partagé avec l’équipe qu’il a dirigée pour la rédaction du rapport IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change), traitant des conséquences économiques du changement climatique.  
    Joseph Stiglitz a enseigné au MIT (Massachusetts Institute of Technology), à Yale, à Stanford, à Oxford, à Princeton…, institutions qui comptent parmi les plus prestigieux établissements universitaires du monde. Il a été conseiller économique de Bill Clinton et, pendant le séjour de ce dernier à la Maison-Blanche, a présidé l’US Council of Economic Advisers.
    J’ai eu le rare privilège de rencontrer et d’interviewer cet homme exceptionnel, en marge du séminaire organisé par Afreximbank (African Export-Import Bank) à l’occasion de sa 23e assemblée générale, qui s’est tenue en juillet dernier aux Seychelles. Forbes Afrique publiera dans une prochaine édition cet entretien exclusif.
    Alors que les économies africaines sont affectées par de nombreux facteurs mettant à l’épreuve l’aptitude des pays du continent à devenir émergents, l’opinion de cet économiste de renom, dont les travaux et les thèses ont remis en question les politiques appliquées par la Banque mondiale et le FMI aux pays en développement, est celle d’une voix chargée d’autorité et de légitimité. Dans son best-seller, Globalization and its discontents (La Grande Désillusion) publié en 2002, le prix Nobel soutenait que le FMI a fait passer l’intérêt de son « principal actionnaire », les Etats-Unis, avant ceux des pays en développement qu’il a pourtant pour mission de soutenir. Pour lui, l’Afrique a perdu un quart de siècle dans sa course au développement, largement du fait des institutions de Bretton Woods. Vingt-cinq ans de stagnation qui sont la conséquence, selon lui, du « consensus de Washington ». Un consensus qui a poussé l’Afrique, sans la préparer, dans les bras d’un néo-libéralisme inhumain : celui d’une globalisation dominée par les pays riches. Un consensus qui encourageait des privatisations sauvages, la suppression des subventions à l’agriculture, ainsi que des coupes radicales sur les programmes sociaux. Autant de politiques qui ont eu des conséquences sociales dévastatrices, entraînant la désindustrialisation et l’augmentation de la pauvreté en Afrique.
    Analysant les tendances économiques de l’Afrique d’aujourd’hui, Stiglitz, qui s’affirme plutôt afro-optimiste, estime que l’une des clés de la prospérité du continent est de saisir l’opportunité des avantages comparatifs qu’offre aujourd’hui une Chine en pleine prospérité.
« L’Afrique a une opportunité historique pour réaliser son industrialisation, affirme-t-il, car les économies africaines peuvent tirer avantage de l’augmentation des salaires en Chine. C’est ce que sont en train de réussir l’Ethiopie et le Rwanda. »
    Stiglitz cite en exemple ces deux pays africains qui sont pour lui sur la bonne voie. Deux pays qui ne sont pas riches en ressources naturelles, mais suivent l’exemple des dragons de l’Asie du Sud-Est et sont en train d’ouvrir la voie à une future prospérité africaine.

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