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Portrait

"Coller la petite", un tube 2.0

Par Par Gaëlle Onana le 24 Mars 2016

Kingue Kingue Franck Junior, alias Franko, est l’auteur du tube « Coller la petite », qui a connu un succès fulgurant et inédit sur les réseaux sociaux. Le chanteur camerounais, jusque-là inconnu et béotien des réseaux sociaux, a battu le record de vues jamais atteint par un artiste camerounais sur YouTube. Décryptage de ce succès 2.0.



Derrière le succès de « Coller La Petite », c’est toute une stratégie digitale qui a été pensée et mise en place par Davy Lessouga, manager attitré du chanteur. Comme l’explique ce dernier, avant ce tube, Franko n’avait jamais fréquenté les réseaux sociaux et n’avait pas vraiment de stratégie de communication. De ce fait, après avoir approché les différents DJ influents des deux capitales camerounaises, Yaoundé et Douala, il fallait créer une identité numérique à Franko. Tout y est passé : création d’un hashtag, travail avec les leaders d’opinion et forte proximité de l’artiste avec ses fans. Conquis par le rythme et les paroles de « Coller la petite », plusieurs influenceurs du Web ont relayé des vidéos les montrant en train d’écouter la chanson. Parmi eux, la star ivoirienne du foot Didier Drogba, l’artiste béninois Fanicko, la réalisatrice camerounaise Françoise Ellong, l’international de football camerounais Oyongo Bitolo, ou encore le rappeur franco-camerounais Dosseh. « La communication digitale pour toute entité culturelle est aujourd’hui indispensable, voire obligatoire. La majorité des acteurs du hors-média se ravitaillent sur Internet », explique Davy Lessouga. 

Générer du buzz

Une fois le succès de la chanson établi, il a fallu passer au clip vidéo. Celui-ci fera le buzz sur YouTube, où l’artiste a connu une ascension fulgurante, passant en quelques mois de cinq à dix-neuf millions de vues. Un succès encore accentué lorsque Joseph Tover Twanga, préfet du département de la Mifi (une région du Cameroun) a interdit la diffusion, vente et promotion de cette chanson jugée obscène dans sa circonscription, accusant Franko d’encourager la dépravation des mœurs. Un mal pour un bien, pourrait-on penser. Pourtant, l’intéressé n’a guère apprécié : « Je n’ai pas surfé sur cette censure même si beaucoup m’ont conseillé de le faire. Au contraire, j’ai été irrité et choqué de cette mauvaise interprétation de ma chanson, que je n’ai absolument pas écrite dans l’optique d’encourager la dépravation des mœurs ». Bien que ce « bad buzz » ait permis à Franko de se faire connaître de plusieurs médias internationaux, l’équipe n’en a pas profité.

Le Web comme business modèle

À l’image de Franko, plusieurs jeunes artistes camerounais ont pris conscience de l’opportunité que représente le Web marketing. Il y a encore quelques années, les moyens de promotion se limitaient en effet à la radio et la télévision, canaux extrêmement coûteux quand la toile, elle, ne coûte rien ou presque. En concert au Zénith de Paris le 27 mars prochain dans le cadre d’une tournée européenne qu’il effectuera du 18 mars au 15 mai, l’artiste Franko exigerait aujourd’hui environ 4 millions de francs CFA (un peu plus de 6 000 euros) par concert, selon les dires d’un organisateur de soirée en région parisienne. Si ce cachet est plutôt modeste comparé aux émoluments de la plupart des artistes locaux, il n’en reste pas moins que la cote de Franko a littéralement explosé. Sans compter que l’équipe de « Coller la petite » a bien bordé le volet financier : présence sur les plateformes de téléchargement comme iTunes (plus de 15 000 téléchargements) et MTN Zik (plus de 31 000 téléchargements), ou encore monétisation de la vidéo sur YouTube.

D’artiste certes talentueux, mais relégué à l’anonymat, Franko est passé grâce au Web au statut de superstar camerounaise à la renommée internationale. La « Web épopée » de « Coller la petite » - bien que la chanson ne fasse pas l’unanimité -, prouve qu’avec un bon produit de base, une équipe dynamique et motivée et une stratégie digitale bien ficelée, l’artiste du XXIsiècle peut transformer une simple chanson en tube de l’année, et passer du rang d’anonyme à celui de superstar.



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