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Brice Beumo et le pari africain de Eaglestone

Par MICHAEL TOBIAS le 28 Juillet 2016

Le Camerounais Brice Beumo est Managing Director dans le groupe Eaglestone. Il est responsable des activités du marché des capitaux et directeur général de la filiale nigériane de la banque. Cette filiale couvre l’Afrique de l’Ouest, du centre et de l’Est.



Brice Beumo et le pari africain de Eaglestone
Brice Beumo a débuté sa carrière à Londres chez Iroko Securities, une filiale de l’agence de développement néerlandais FMO, spécialisée sur le marché obligataire en Afrique 
subsaharienne. « J’ai terminé responsable de la recherche fixed income », raconte-t-il. Ensuite,  il a rejoint la banque d’a‹ aires Renaissance capital, toujours à Londres, comme coresponsable de l’Afrique francophone. « Lorsqu’est survenue la crise financière de 2008, je suis retourné sur le continent, où j’avais été recruté par Ecobank. J’ai ouvert au Cameroun la filiale de la banque d’a‹ aires –fiEDC Investment Corporation, qui couvre les dix pays de la CEEAC en Afrique centrale. A la fi n de la crise, je suis retourné à Londres chez un gestionnaire d’actifs, Gemfonds Plc, en tant que directeur associé. » Il a ensuite endossé le rôle de directeur général d’un fonds d’infrastructures mis en place en partenariat avec la banque des infrastructures du Nigeria TIB pour investir dans trois secteurs clés de l’économie nigériane (transport, énergie et immobilier). 

​FINANCEMENT DANS LE SECTEUR DE L’ÉNERGIE

Eaglestone est une banque d’affaires dont le siège est à Londres. La banque est présente en Angola, Mozambique, Afrique du Sud, Nigeria, Royaume-Uni, Portugal et Pays-Bas. « La vision de la banque est d’être une société africaine de premier plan fournissant des services de banque d’aaires et de gestion d’actifs en Afrique sub-saharienne », explique Brice Beumo. « Nous sommes une plateforme de services financiers en Afrique  subsaharienne avec une expertise approfondie dans les infrastructures, l’énergie et les énergies renouvelables et les marchés de capitaux. Notre spécialisation en montage financier et levée de fonds pour les projets d’infrastructures liés a l’énergie nous propulse directement au cœur de tous les programmes d’émergence en Afrique, soutient Brice Beumo. Nous croyons fermement que le continent ne se développera que s’il redresse son déficit énergétique. Car, sans énergie, il n’y a pas d’industrialisation, et, sans industrie, on n’est pas maître de son destin, on continue d’exporter les matières premières au lieu de les transformer sur place. Donc, pour nous, tout passe par le développement de l’énergie ». Cette forte implication dans le financement de projets dans le secteur de l’énergie a valu a Eaglestone plusieurs distinctionsfi: le prix «–Transaction de l’année pour les énergies renouvelables en Afrique », décerné par le magazine Project Finance International, et le trophée du « Meilleur Investment Advisory & Private Equity Firm », décerné par le magazine New Economy.
« Eaglestone détient une licence de courtage par la Comissão do Mercado de Capitais, en Angola, et, via Eaglestone Advisory, Eaglestone est régulé par la Financial Conduct Authority (FCA) au Royaume-Uni », explique Brice Beumo. « Nous avons quelques transactions sur le marché obligataire local et international en cours de finalisation, pilotées par mes soins, en tant que responsable global des activités de marchés de capitaux de la banque. »

​MOBILISER L’ÉPARGNE LOCALE

Lorsqu’on l’interroge sur la tendance des pays africains, de plus en plus nombreux, de recourir à des financements puisés sur le marché international des capitaux –tels 
les eurobonds - il ne cache pas son scepticisme. «–La conjoncture internationale est actuellement défavorable aux émetteurs africains à cause de la chute des cours de matières premières, la non-diversification de l’économie durant les années de boom et la hausse des taux de la Fed en Amérique, explique-t-il. Notre stratégie pour 2016 est d’être plus présent sur les marchés locaux. Nous comptons ouvrir des bureaux en Afrique de l’Ouest francophone et obtenir des licences dans cette zone afin d’assister les émetteurs à mobiliser l’épargne locale pour le financement des grands projets. Quant à savoir si nous sommes favorables aux eurobonds, notre réponse est négative… Les pays africains, en plus de la chute du prix des matières premières, voient tous leur monnaie se dévaluer en temps réel et, au final, les émissions en devises étrangères coûtent trois fois le prix d’une émission en monnaie locale. J’ajoute qu’il y a des liquidités en Afrique. Les émetteurs doivent apprendre à utiliser leurs propres ressources plutôt que de compter sur les ressources étrangères. C’est un peu comme en économie réelle, pourquoi toujours importer au lieu de produire et transformer localement–? Les Africains doivent prendre leur destin en main sur tous les plans et cela passe aussi par la mise en place d’instruments financiers qui vont permettre aux Etats et aux entreprises locales de lever de l’argent localement pour le financement de leur activité.–»
Lorsqu’on lui rappelle que le taux de bancarisation demeure extrêmement faible en Afrique, il nuance son analyse. «–Je ne suis pas tout à fait d’accord, car beaucoup a été fait sur ce plan… Beaucoup de grands groupes panafricains, tels qu’Ecobank, BOA, Orabank, BGFI et Afriland, ont vu le jour et ont réussi en ciblant une clientèle exclusivement africaine. D’ailleurs Afriland est devenue aujourd’hui la première banque au Cameroun avec un portefeuille très africain. Ce qui veut dire que c’est une cible très profitable pour peu qu’on puisse adapter les services à ce type de clientèle. Mais, ceci dit, beaucoup reste à faire. Pourtant, je suis optimiste car avec le développement du mobile money et de la microfinance, les banques et institutions financières africaines finiront par y arriver.–»  


« Les Africains doivent prendre leur destin en main sur tous les plans et cela passe par la mise en place d’instruments financiers qui vont  permettre aux Etats et  aux entreprises locales de lever de l’argent localement pour le financement  de leur activité.»

Publié en Février 2016



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