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Baron Maurice Velge : « Il y a moyen de mener des opérations efficaces en Afrique »

Par Patrick Ndungidi le 24 Juillet 2016

Le baron Maurice Velge est le président et CEO de Polytra, une entreprise qu’il a fondée en 1974 en combinant les départements Freight Forwarding (transport de fret) de plusieurs agences maritimes. Basée à Anvers en Belgique, cette compagnie se spécialise dans trois domaines : le transport de produits industriels − principalement chimiques, pour les plus grosses entreprises européennes du secteur comme BASF, Solvay, Inovyn et Ineos −, la gestion de projets, à travers le département du même nom qui a déjà conduit d’importantes opérations, notamment vers l’Afrique et l’Asie, et enfin, la logistique en Afrique (Africa Logistics), grâce à des succursales et un réseau efficaces, bien implantés et bien équipés en hommes, en matériel et en terminaux. Sur le continent, Polytra est principalement présent en RDC dans la province du Katanga (Lubumbashi, Kolwezi, Kasumbalesa), avec un terminal de 40 000 m2 à Lubumbashi, sous douane et libre disposant de magasins, d’aires de stockage et de matériels lourds pour transborder les containers. Polytra est également présent à Dar es Salam en Tanzanie, où le groupe dispose de 5 000 m2 de magasins et 10 000 m2 d’aires de stockage ouvertes. La capacité de ce terminal est appelée à doubler d’ici les prochains mois. Enfin, Polytra dispose également d’une représentation à Ndola en Zambie et à Durban en Afrique du Sud, en partenariat avec des associés sud-africains.



Forbes Afrique : Depuis quand Polytra opère-t-il à l’étranger, particulièrement en Afrique ?
Maurice Velge : J’ai ouvert la première succursale de Polytra au Soudan en 1975. Pendant sept à huit ans, nous avons transporté la part la plus importante des projets de développement vers ce pays. Nous devions ainsi, une fois, transporter un matériel lourd et important qui devait servir à rectifier le cours du Nil. Ce projet ambitieux, pour différentes raisons, n’a pas pu continuer. Après cela, nous avons ouvert, pendant quatre ans, une succursale importante en Arabie Saoudite, où nous transportions principalement pour le compte de l’armée, tout le matériel nécessaire pour la construction des casernes. Nous avons également évolué à Madagascar et en Afrique de l’Est. Nous avons ouvert notre première succursale à Lubumbashi il y a 25 ans et à Kinshasa il y a 20 ans. À Kinshasa, nous avions à un moment clôturé nos opérations, mais nous les avons reprises il y a trois ans. Je crois profondément en l’Afrique et j’ai constaté que les opérateurs qui sont bien équipés en hommes (ce qui est le plus important) et en matériel, les hommes qui ont une passion pour l’Afrique et ont pris la décision stratégique ferme d’y développer leurs affaires, peuvent réussir.


Quels produits transportez-vous pour vos clients en Afrique ?
M. V. : Au Katanga, nous transportons, à l’exportation, principalement des concentrés de minerais, des alliages, ainsi que tous les dérivés du cuivre et du cobalt. Autrefois, nous utilisions beaucoup le port de Richards Bay en Afrique du Sud, mais, depuis lors, nous avons constaté que le service du port de Dar es Salam était supérieur. Raison pour laquelle nous y avons établi une succursale. À l’importation sur le Katanga, nous transportons des produits nécessaires à l’industrie minière comme le soufre par exemple. Mais aussi principalement des biens d’équipement. Pour le moment, nous acheminons tout le matériel nécessaire à la construction du barrage et de l’usine hydroélectrique de Katende. Nous transportons vers Manono (Katanga) le matériel destiné à une centrale photovoltaïque. En Zambie et au Kenya, nous avons transporté le matériel nécessaire à la construction d’un réseau d’adduction d’eau.


Qui sont vos clients en Afrique, les gouvernements ou le secteur privé ?
M. V. : Nous avons comme clients des sociétés qui fournissent des services aux gouvernements. Mais jusqu’à présent, nous ne travaillons pas directement pour des sociétés d’État, mais plutôt pour leurs fournisseurs.


Quels sont les chiffres clés de Polytra ?
M. V. : Dans le passé, lorsque nous travaillions surtout par le rail plutôt que par la route, nous étions le client le plus important de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC). On transportait entre 200 et 250 000 tonnes de concentrés de minerais ou d’alliages au départ du Katanga. Aujourd’hui, en termes d’exportation au Katanga, nous avons des chiffres assez importants, de l’ordre de ce que je viens de citer. En termes de personnel, nous avons dix personnes à Dar es Salam. Nous avons réduit le personnel pour le moment en Zambie, où il reste deux employés. Nous avons 20 employés à Lubumbashi. À Kolwezi, nous avons également réduit les effectifs à cause de la crise, et il nous reste deux employés. Au Bas-Congo, nous avons onze agents et douze en Afrique du Sud. Ce sont de petites unités, mais des unités extrêmement efficaces qui réagissent rapidement devant les difficultés inhérentes au transport dans cette partie de l’Afrique.


À quels problèmes principaux êtes-vous confronté dans vos activités sur le continent ?
M. V. : Les problèmes sont d’abord physiques, notamment en RDC avec le mauvais état des routes et des ponts. Les autres difficultés rencontrées sont liées au transport sur le fleuve au niveau de la régularité et de la fiabilité du service. Il y a également des difficultés administratives liées au fonctionnement des services et à certaines dispositions prises par les gouvernements, comme c’est le cas actuellement en Tanzanie, qui vont à l’encontre des intérêts de l’économie importatrice et exportatrice. En Tanzanie, les taux de manutention dans le port sont élevés par rapport à ceux de l’Afrique du Sud. C’est dû au fait que le rand sud-africain a fortement dévalué par rapport au dollar américain et que ce n’est pas le cas de la monnaie tanzanienne. Et le gouvernement de ce pays vient d’introduire la TVA sur tous les trafics à l’importation et à l’exportation. Cela nous met dans une situation tout à fait défavorable par rapport à l’Afrique du Sud ou à la Namibie. Néanmoins, j’apprécie l’excellence de la compétence, du dévouement et de l’ardeur de nos collaborateurs africains. Il y a moyen, en Afrique, de mener des opérations efficaces qui facilitent le travail et la vie de nos clients : c’est ça notre mission.


Comment se présente le marché de la logistique en Afrique ?
M. V. : La concurrence est très forte. Des groupes mondiaux tels que Bolloré sont présents partout sur le continent et ont de grandes parts de marché. D’autres sociétés d’origine belge comme Comexas sont également présentes, notamment au Congo, et plusieurs entreprises congolaises sont en train de gagner des parts de marché. Mais si vous avez le personnel, le service et l’infrastructure, il y a moyen de se défendre. Pour une société spécialisée en logistique, l’Afrique demeure intéressante. Ma stratégie est de poursuivre notre développement en Afrique, car la logistique y est beaucoup plus difficile qu’en Asie, en Europe ou en Amérique latine. Les opérateurs ont besoin d’une vraie connaissance du terrain pour faciliter leurs activités.


Quels sont les projets de Polytra ?
M. V. : Nous avons une stratégie de développement. Certains pays, comme le Kenya, nous intéressent. Nous sommes encore absents sur la côte ouest. Dans le passé, j’ai été propriétaire d’une agence maritime et d’une entreprise industrielle à Abidjan. Si nous avons des opportunités de ce côté-là, nous les saisirons.
   
  
 



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