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BMK Paris-Bamako : Nouvelle destination pour Fousseyni Djikine

Par Founé Diarra le 23 Octobre 2017


La trentaine, il l'a commencé en écrivant un nouveau chapitre de sa vie. Ancien consultant, Fousseyni Djikine, est à la tête de l'épicerie-cantine BMK Paris-Bamako. C'est non loin du quartier emblématique de Château d'Eau , l'un des fiefs du Paris africain, que le Franco-Malien a élu domicile pour y installer son commerce. Rencontre.



La façade épurée du restaurant laisse entrevoir son décor très afro bobo-chic, en parfaite antithèse avec les autres commerces de la rue. Nous sommes en fin de semaine, il est 15 h 30. C'est le temps de pause entre les deux services. Le calme des lieux laisse entendre parfaitement les sonorités de la chanson Toura Mankan de Salif Keïta et Kante Mangila. Le gérant des lieux, s'occupe d'une cliente qui demande un doggy bag pour emporter son Poulet Yassa. Une fois terminé, l'ancien col blanc qui a désormais pour tenue de travail son tablier, prend le temps de demander aux deux autres clientes attablées si tout se passe bien. Une fois rassuré, Fousseyni Djikine, peut enfin se poser et se livrer au jeu des questions-réponses.

Motivations

BMK Paris-Bamako, est un lieu gastronomique, mais Fousseyni Djikine s'est fait la réflexion que « pour vraiment bien connaître la culture africaine, me reposer uniquement sur la restauration n'était pas suffisant et donc, il fallait aller beaucoup plus loin pour bien expliquer aux personnes les concepts, les produits qu'il y a autour de la cuisine », explique-t-il. Grâce à son site Internet, le jeune patron peut présenter les recettes à la carte ainsi que les ingrédients qui les composent, « on explique ce qu'est le baobab, le gombo, la banane plantin. »
Situé à gauche du restaurant lorsque l'on rentre, la partie épicerie se compose d'étagères sur lesquelles les packagings des bouteilles de jus d'hibiscus « Panamako » et autres produits apportent de la couleur au reste de la décoration en tissu wax et bambou, entre autres. « La partie épicerie permet aux personnes qui viennent, au-delà de ce qu'elles vont manger, de pouvoir s'approprier le produit et de faire les recettes chez elles. Et par la même occasion, de faire découvrir autour d'elles différents produits comme le café, les épices, les thés. L'idée, c'est vraiment d'avoir un concept et un lieu qui présente la culture et l'aspect culinaire africain dans sa globalité. »

Un héritage paternel

Ancien consultant chez Accenture et ce pendant sept ans, le jeune entrepreneur s'était déjà essayer à la restauration, grâce à son père, ancien gérant du restaurant La Rhumerie, à Paris. « J'ai fait quelques petits boulots avec lui quand j'étais plus jeune, donc, j'ai pu tremper dans ce milieu-là. D'un côté, cela m'a permis de découvrir le milieu et de savoir à quoi je m'attendais. » Fousseyni Djikine n'est pas donc en terre inconnue et ses expériences antérieures aux côtés de son paternel lui ont permis de se forger une expérience qui lui sert aujourd'hui dans sa nouvelle activité. Bien que son fils se dirige dans une carrière identique à la sienne, le père du gérant était réticent, car, « il ne voyait que les aspects négatifs du milieu », avoue M. Djikine. Le reste de la famille était aussi inquiète au sujet de cette reconversion professionnelle. « Il a fallu du temps pour leur expliquer que ce n'est pas juste un projet d'ouverture d'un énième restaurant africain, mais qu'il y avait des choses derrière qui avait du sens. Maintenant, tout le monde est convaincu », souligne le Franco-Malien. D'ailleurs, il peut compter sur l'aide de sa mère qui mijote les plats traditionnels comme le Mafé et qui travaille en binôme avec un chef qui élabore des recettes modernes et innovatrices comme la salade Chick in Brazza. Quant au petit frère, il opère en salle, avec le patron et enfin le patriarche de la famille vient donner un coup de main de temps en temps.

Volet écologique et solidaire

« Le but de BMK Paris-Bamako, c'est de valoriser l'Afrique au sens large. Sur le site, nous avons recensé des recettes, des explications sur des produits, des histoires d'enfances vécues en Afrique. C'est-à-dire que nous avons rencontré des personnes qui ont grandi en Afrique et on leur a demandé de nous raconter comment était leur quotidien ».
En plus de partager une expérience gustative, Fousseyni Djikine s'attache à relater des morceaux de vie afin d'apporter des connaissances sur le continent, mais dans une approche atypique et ludique. Très attaché aux produits locaux, chez BMK Paris-Bamako, certaines denrées comme la pâte d'arachide sont produits par des petits producteurs africains. Ce qui ravie le jeune patron. « Nous nous attachons à ce qu'ils travaillent dans une logique de commerce équitable et/ou dans une logique bio », déclare Fousseyni Djikine. Parmi ses projets qui lui tiennent à cœur il y a une plantation d'arbres fruitiers qui a été aménagée dans la région de Kayes, près du village de son père, à Gabou, au Mali. « Là encore, nous voulons faire découvrir une vie différente de la nôtre, en France. Et faire en sorte que les Africains valorisent leurs produits et qu'ils puissent vivre de ce qu'ils produisent sur place ». Des terres arables disponibles qui pourront permettent aux deux parties de travailler directement ensemble, sans passer par des intermédiaires, comme c'est le cas aujourd'hui pour certains produits servis aux clients de BMK Paris-Bamako. Des projets, le trentenaire en a pleins la tête dont l'envie d'ouvrir d'autres plantations, mais pas que. « Nous avons des idées de projets autour de l'agriculture, de l'éducation et de la culture. Petit à petit ça va se mettre en place. L'objectif n'est pas de tout lancer en même temps, mais de lancer des projets et les suivre de bout en bout afin de s'assurer que les objectifs que l'on se fixe soient bien suivis et informer nos clients de nos projets en postant des photos. C'est une histoire que l'on raconte. »

« Il faut se lancer »

Mener son projet de création d'entreprise grâce à l'appui de structure compétente, c'est possible, en France, surtout « en ce moment, il y a beaucoup d'aides financières et en termes d'accompagnements », déclare Fousseyni Djikine. « J'ai été sélectionné par le Moovjee, un réseau d'accompagnement d'entrepreneurs assez connu. J'ai pu bénéficier d'un accompagnement de la part d'un organisme, Paris Initiative Entreprise, qui accordait un prêt à taux zéro notamment pour créer une entreprise », détaille l'entrepreneur qui fait, donc, partie des 40% des entrepreneurs français qui déclarent être / ou avoir été accompagnés.
Avoir la mainmise sur son devenir professionnel est une chose, l'échec en est une seconde. « Dans la culture africaine et française, c'est compliqué de tout plaquer et de se lancer contrairement à la culture anglo-saxonne, aux États-Unis, par exemple, où la peur de l'échec est moins pressante ». Aujourd'hui, face au nombre d'entreprises qui se créent en France, le gérant a le sentiment que la donne à changer.« Il ne faut pas hésiter à tenter des choses, à rater, à réessayer. »
En deux mois d'existence, l'épicerie-cantine fait 80 couverts par jour, un chiffre qui conforte Fousseyni Djikine dans sa nouvelle voie professionnelle.

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