Portrait

Angela Aquereburu, productrice de séries à succès

Par Senami Juraver le 2 Octobre 2017


Depuis 2009, l'ambitieuse togolaise dirige la société de production Yobo Studios à Lomé. Elle produit et réalise des séries originales qui sont en train de changer progressivement le paysage audiovisuel de l'Afrique francophone.



Diplômée de l'ESCP, l'école supérieure de commerce de Paris, Angela Aquereburu, 40 ans, a un temps exercé dans les Ressources Humaines, avant de se lancer dans la création audiovisuelle.
C'est au Togo, qu'elle décide de tenter l'expérience aux côtés de Jean-Luc Rabatel, son mari. A l'époque, ce dernier était comédien et projetait de réaliser une série sur les taxis parisiens. Le père d'Angela, fatigué des télénovelas et autres soaps américains diffusés sur les chaînes locales, a conseillé au couple d'adapter le projet au Togo. C'est ainsi qu'est né Yobo Studios et la 1ère saison de la mini-série humoristique Zem, sur des conducteurs de moto-taxi togolais, co-produite par Canal + Afrique.
Pour démarrer l'activité, le master en entrepreneuriat d'Angela a été un atout. La volonté et le travail ont fait le reste. Elle et Jean-Luc se sont formés sur le tas, en se documentant et en étudiant des tutoriels sur internet. "J'adore le job que je fais", confie aujourd'hui Angela Aquereburu avec passion, "Je suis une vraie entrepreneure. Avec Jean-Luc on fait tout, on écrit, on réalise, on vend, on produit. Je peux m'occuper à la fois de la déco, des costumes, des comédiens, de la mise en scène ou encore de la post-production" .

Produire du contenu authentique…

Après Zem, Angela a enchaîné avec "Palabres" qui met en lumière des trentenaires africains, ou encore "Mi-temps", diffusée pendant l'Euro 2016, toujours des programmes courts.
Elle est récemment passée à des formats plus longs avec Hospital IT, qui a été financée par Côte Ouest, le leader de la distribution de contenus audiovisuels en Afrique. Cette série de 26 épisodes de 26 minutes raconte le quotidien d'une unité de soins mixte qui va faire coexister médecine conventionnelle et médecine traditionnelle. "Les Africains francophones veulent voir des histoires qui parlent d'eux", analyse Angela. "Ils veulent se voir à la télévision et ils ont envie d'entendre leur langue. Lorsque dans Hospital IT, on parle du paludisme à travers le cas d'une femme enceinte qui n'a pas fait tous les examens nécessaires et qui a envie d'être traitée à la fois par un tradithérapeuthe qui va l'accompagner avec des plantes et par un médecin qui va monitorer la grossesse à l'occidentale, il s'agit de réalités locales".
 
Car Yobo Studios s'est donné comme mission de concevoir des programmes authentiques et originaux. "Je pense que notre responsabilité est de faire passer de façon subtile des messages positifs, des messages d'évolution", explique l'entrepreneure. "Jusqu'à présent, dans toutes nos séries, même si c'est traité avec humour, on essaie de faire passer des messages sur la femme, sur l'éducation, le respect d'autrui, et sur la compétence de chacun, indépendamment de sa couleur de peau".

… et exportable

Si la détermination et la créativité ne manquent pas, Angela Aquereburu doit cependant composer avec un obstacle de taille, celui du financement. En Afrique francophone, le divertissement n'est pas un secteur pris au sérieux comme il peut l'être en Afrique anglophone. Or, la productrice est convaincue que le contenu africain peut et doit voyager. "Pour faire du contenu exportable, il faut une histoire universelle, de bons comédiens, de belles images, une bonne musique et respecter les codes internationaux broadcast", détaille-t-elle.
Pour respecter ces codes, il faut plus d'investissements. Aujourd'hui, la participation de la chaîne de télévision qui pré-achète la série et l'aide d'organismes de la francophonie, finance seulement 30% des coûts de fabrication du programme.
Autre difficulté, le manque de professionnalisation du milieu. Angela a dépassé le problème en travaillant avec les mêmes personnes depuis le début. Elle est maintenant à la tête d'une équipe fiable : 4 salariés en CDI et une dizaine de vacataires qui reviennent sur tous les tournages de Yobo Studios. "On s'est créé une famille, on a une responsabilité sociale vis-à vis d'eux". Une responsabilité qui encourage Angela et Jean-Luc à voir plus grand.
S'attaquer à des formats longs visait notamment à prouver leur savoir-faire et démontrer que leur seul frein était d'ordre financier, afin d'attirer des investissements plus importants.
 
Avec Hospital IT, le pari semble relevé. La série jouit en effet d'une belle reconnaissance. Elle a obtenu le prix de la meilleure série au Festival Vues d'Afrique de Montréal au Canada, en avril dernier. En septembre, elle a concouru dans la catégorie fiction francophone étrangère au Festival de la Fiction TV de la Rochelle, en France. Si cette fois-ci, la série n'a pas remporté de prix, elle a reçu un très bon accueil du public. Preuve qu'une "histoire locale peut avoir un impact global", contrairement à ce que semblent croire certains diffuseurs français.
        
Sous le crâne d'Angela, les idées fusent. Aussi, les projets ne manquent pas : une émission télé consacrée à la femme est en préparation, plusieurs séries sont en développement, ainsi qu'un long-métrage dont l'héroïne, issue d'une grande famille de marabouts a suivi des études en criminologie avant de créer une agence spécialisée en détection de sorts. Aujourd'hui, Angela Aquereburu souhaite travailler avec les Anglophones. Un rêve, peut-être, pour les années à venir ? "Présenter un jour un film à Cannes", lance-t-elle avec un grand sourire.


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