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Rédigée le 28 Octobre 2016

Aide-toi et le ciel t'aimera !

Les sommets sur le développement des nations africaines ont toujours été des moments d’intense réflexion. Du moins on le dit. Surtout quand ils sont organisés par les autres ou que d’autres en sont les experts.


Aide-toi et le ciel t'aimera !
Les idées pétaradent. Mais, au cœur de ce tintamarre, deux éléments permanents existent : l’aide au développement et, de façon récurrente, un nouveau nom donné à l’orientation de cette aide. Quand dans les années 1960, on a eu fait le constat que l’Afrique noire était mal partie, chacun y est allé de son commentaire avec un commun dénominateur : désespoir. Ce sentiment a animé le débat jusqu’au « Hopeless Continent » décrit par le journal The Economist en 2000. Certains n’en sont pas sortis.

Au cours d’un récent forum, un expert rappelait que l’avenir radieux que l’on promettait à la Côte d’Ivoire en 1960, c’est la Corée qui l’avait connu. Il rejetait donc l’euphorie neuve qui faisait de l’Afrique le continent de l’avenir. J’ai admiré son courage.
Puis l’on s’est mis au chevet de l’Afrique et on a réfléchi. Parfois avec elle, souvent sans elle. Nous avons connu les plans d’ajustement. Il y a eu les PPTE (pays pauvres très endettés), les Nepad (New Partnership for Africa’s Development), les PIDA (Programme for Infrastructure Development in Africa). Globalement inefficaces. Après mille révisions, on est arrivé à de révolutionnaires mais mort-nés objectifs du millénaire. Tout cela avec la sauce de l’aide au développement. Ça n’a pas fait beaucoup de bien à ce jour. Et d’aucuns pensent même que cela fait beaucoup de mal, que cela a tous les attributs de la sauce gombo : glissant. Quelle nation s’est développée grâce à l’aide ? Quelle nation émergente d’Asie ou d’Amérique latine en a eu besoin ? Dans l’histoire, on a connu
le plan Marshall. Ce n’était pas de l’aide, mais la mise en place d’outils économiques et financiers lourds pour créer les infrastructures utiles au développement. Il n’était question ni d’aide alimentaire, ni de construction d’école, ni de microcrédits. On a vu plus proche de nous, la volonté de sortir les banques ou les pays européens des Charybde financiers dans lesquels ils s’étaient mis tous seuls. Pour l’Afrique, on parle depuis cinquante ans de l’aide au développement, qui va du puits sénégalais à l’école malgache, en passant par le sac de riz (so)malien. La dernière et mémorable trouvaille a été cette vision prométhéenne de la nécessité d’électrification de l’Afrique. On peut se rassurer. L’Afrique noire est bien partie. Ceci ne se lit pas dans les déclarations saisonnières et bien pensées de ceux qui font semblant de découvrir que, depuis cinquante ans, on avance : grâce à un taux de scolarisation qui est passée de 2 % en 1960, à 90 % de nos jours. Et l’éducation est la seule vraie aide au développement. Elle est bien partie, comme on le lit à travers l’émergence de la classe moyenne encore dans un mode essentiellement consumériste, mais qui permettra de développer une pensée d’où naîtra la société civile en gésine. Elle partira encore mieux quand elle se fermera aux discours soporifiques sur l’aide au développement, qu’elle n’attendra rien des autres et qu’elle fera tout d’elle-même, avec son histoire et sa sociologie. Et c’est déjà le cas dans beaucoup de pays. Le barrage hydroélectrique de la Renaissance en Ethiopie en est le signe avant-coureur le plus beau et le plus éloquent.
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