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A la découverte de "l'impact investing"

Par Par Viviane Forson le 30 Avril 2016

Le monde de la finance vivrait actuellement une révolution avec le phénomène de « l’impact investing »… Ce terme, inconnu du grand public, peut être traduit en français par investissement à impact social. Aujourd’hui, « l’impact investing » s’intéresse à l’Afrique et intéresse celle-ci.



L’impact investing» est en réalité un investissement réalisé dans le but d’obtenir un retour financier tout en créant un impact social, sociétal et/ou environnemental positif. Concept à ne pas confondre avec l’investissement socialement responsable (ISR) qui jouit d’une plus grande notoriété, mais qui est, lui, le fruit d’une sélection négative – comprenez le refus d’investir dans certaines industries comme celle du tabac, de l’armement ou encore de la pornographie. Loin de la règle d’or de Milton Friedman, pour qui «la responsabilité sociale de l’entreprise est de faire du profit», «l’impact investing» prend son envol depuis quelques années. C’est notamment à travers un rapport cadre pour l’industrie, publié par JP Morgan en novembre 2010, qui définit officiellement «l’impact investing» comme une nouvelle classe d’actif. JP Morgan évaluait alors l’industrie à 50 Mds$ et estimait qu’elle atteindrait jusqu’à 1000 Mds$ dans les dix années à venir. Un concept d’investissement relativement nouveau pour l’Afrique. Plusieurs acteurs du secteur tentent d’apporter une meilleure compréhension des obstacles et des opportunités de cette approche qui vise à vise à renforcer le talent entrepreneurial et l’écosystème africain.

Une montée en puissance en Afrique

En 2013, partout en Afrique, «l’impact investing» a connu une montée en puissance sans précédent. Avec un acte presque fondateur: le lancement en avril 2013 du fonds Africa Impact Economy Innovation Fund (Africa IEIF), lors du Forum sur «l’impact investing» en Afrique, soutenu par la fondation Rockefeller et la fondation de Tony Elumelu, le père de l’africapitalisme. Il s’agit d’un fonds d’impact investissement, qui a pour objectif de développer les infrastructures qui permettront de stimuler la croissance de ce secteur prometteur. «Nous menons des recherches sur l’impact investissement en Afrique du Sud pour fournir un baromètre annuel qui suivra les tendances dans le secteur avec le soutien des fondations Rockefeller et Tony Elumelu. Les opportunités de «l’impact investing» en Afrique sont considérables», a indiqué le Dr François Bonnici, directeur du Centre Bertha à la Graduats School of Business de l’UCT. La fondation Lundin, du groupe minier canadien Lundin Group, fait figure de pionnier dans «l’impact investing» à destination du continent africain avec pour objectif affiché de concilier rentabilité financière et sociale. «C’est vrai que pour certains secteurs, la fondation utilise son investissement pour “dérisquer” le secteur, afin de le rendre attractif pour les autres investisseurs. C’est le cas pour les start-up ou les très jeunes entreprises dans l’agri-business», précise Anna Samake, gestionnaire de portefeuilles au sein de la fondation Lundin. Ces acteurs offrent une gamme d’instruments financiers très variés. Les instruments classiques, comme le capital investissement et la dette, mais aussi des formes hybrides d’investissement, comme les quasi-fonds propres, qui regroupent les comptes courants d’associés, les obligations convertibles ou bien encore les emprunts participatifs. «Nous finançons en dette ou en fonds propres, nous accompagnons nos investissements d’assistance technique. Pour le financement en fonds propres, nous offrons le capital risque pour le capital développement. « L’impact Nous agissons enfin comme fonds de fonds en sponsorisant ou finançant des fonds d’investissement destinés aux PME», complète Anna Samake.

L’offre est donc très variée, mais ce qui rend «l’impact investing» attractif est la très grande diversité du côté de la demande. Investisseurs & Partenaires (I&P), une famille de fonds d’investissement créée en 2002, a fait le choix dès sa création de contribuer à une croissance africaine durable en privilégiant la zone Afrique subsaharienne et l’océan Indien. Objectif : apporter à une nouvelle génération d’entrepreneurs africains un soutien financier, un accompagnement stratégique et managérial, ainsi qu’une assistance technique. David Munnich, chargé de la nouvelle stratégie de développment d’I&P Développement, explique : «Notre métier est l’investissement en capital dans les entreprises. C’est un métier qui est apparu avant son nom, parce qu’on l’a appelé «impact investing». Mais il existait avant. Il consiste à prendre des actions et à devenir actionnaire dans les entreprises, auprès des créateurs d’entreprises et à les accompagner pendant plusieurs années. Et ça peut exister partout. […]» En dix ans, IPDEV a investi plus de 10 millions d’euros dans 30 sociétés, dont 7 institutions de microfinance, dans une douzaine de pays africains. En résultent quelque 1 400 emplois créés ou sauvegardés, et des taux annuels de croissance de 30 % en moyenne sur les entreprises du portefeuille sur les trois dernières années. En 2011, la société est reprise par Jean-Michel Severino, à la suite du départ à la retraite de Patrice Hoppenot, le fondateur. L’arrivée de Jean-Michel Severino a accélèré la levée d’un nouveau fonds en 2012, I&P Afrique Entrepreneurs, doté de plus de 50 M€. Aujourd’hui, I&P regroupe deux véhicules financiers. La société financière I&P Développement (IPDEV), complètement investie, avec une clôture prévue en 2019. Le fonds I&P Afrique Entrepreneurs (IPAE), géré par la société I&P Gestion. Les attentes de rendements par rapport à ces deux véhicules sont complètement différentes. Le premier véhicule vise plus l’impact, le social, les retours financiers correspondent à ceux de l’inflation et permettent de préserver le patrimoine des investisseurs. Dans le deuxième, on est dans l’attente de rendements conformes à ceux du marché. Mais attention, la différence de rendement n’est pas due à la performance de l’entreprise, mais uniquement liée à leur taille. En termes de secteur, la demande est aussi très variée et permet aux investisseurs de diversifier leurs portefeuilles et donc de limiter les risques. BforBank estime que «les secteurs financés sont la microfinance (34 % des projets), l’alimentation et l’agriculture (15 %), les technologies vertes et énergies renouvelables (15 %), le logement (7 %), la santé (3 %), l’éducation (2 %) et l’eau (1 %). »

Chez I&P, la microfinance est en tête, suivent l’équipement et la maintenance ainsi que l’agriculture. Philéol fait partie du portefeuille de I&P, qui détient 30,5 % de parts dans l’entreprise fondée par Stéphane Philizot. Spécialisée dans la production d’huiles végétales brutes destinées à l’exportation sur le marché européen, la société située au sud de Madagascar a su fédérer des partenaires financiers pour développer son activité et accompagner la structuration de la filière. I&P s’est engagé aux côtés de Philéol, en lui permettant de s’équiper en matériel de pressage et d’exploitation agricole, en structurant l’entreprise et en l’accompagnant dans l’amélioration de son système comptable et financier, et dans son organisation. Le rendement sur l’impact est plus que satisfaisant. Véritable entreprise sociale, Philéol réinvestit ses bénéfices localement (Androy) et crée de l’emploi. Aujourd’hui, son activité profite à plus de 7 000 familles de paysans et fournit une réponse économique durable à l’insécurité alimentaire et à la pauvreté sur ces terres. Philéol a été distinguée le 5 décembre 2013 lors du Forum Afrique 100 innovations pour un développement durable, organisé à Paris par l’AFD en marge du Sommet Afrique. A ce jour I&P est sorti de huit entreprises, avec une revente de ses actions soit à l’entrepreneur, soit à un client ou un fournisseur ou encore un autre fonds encore plus grand qu’I&P. «L’impact investing» a donc très peu de limites et pourrait devenir une classe d’actif incontournable dans les prochaines années.


publié en mai 2014


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