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4 questions sur la 4G

Par MICHEL LOBÉ EWANÉ le 18 Juillet 2016

Sylvain Béletre est analyste senior chez Balan-cing Act – cabinet d’analystes-consultants en nouvelles technologies spécialisé sur l’Afrique.



FORBES AFRIQUE: Pouvez-vous nous parler de la 4G et de son développement en Afrique ?

SYLVAIN BÉLETRE : Cette technologie haut débit est la 4e génération des standards de la téléphonie mobile, elle succède à la 2G et la 3G, et permet des transmissions de données à des débits théoriques supérieurs à 100 Mbit/s, voire 1 Gbit/s. Au 1er janvier 2016, la 4G-LTE a été lancée dans 24 pays d’Afrique par divers opérateurs nationaux. Malgré ce déploiement, la tarification pratiquée reste encore élevée et l’accès 4G reste réservé aux CSP+ des grandes zones urbaines. Les déploiements à grande échelle de la 4G-LTE en Afrique ont commencé en 2014-2015, suivant de près ceux des pays européens. D’autres opérateurs mobiles présents dans douze pays ont confirmé vouloir lancer des services 4G dans les prochaines années. Certains pays africains ont déjà lancé des appels d’offres… Quelques pays ont rendu officiel le montant des droits de licence 4G que les opérateurs doivent payer pour avoir le droit de déployer le service, ce qui donne une idée de ce que la 4G va générer pour les gouvernements en termes de revenus. D’ici cinq ans, cette technologie sera déployée dans quelque 50 pays.
 

Qu’apporte la 4G au consommateur ?

S.B.: Comme dans d’autres zones peuplées du monde, les Africains commencent à accéder à l’Internet haut débit via les technologies 4G, la fibre optique, le WiFi ou VSAT, profitant de solutions comme les services de « cloud computing », la smart TV et ses solutions OTT, la vidéo à la demande, l’IPTV (télévision IP) et la Web TV. Grâce à ce haut débit, la 4G permet par exemple de visionner des vidéos et de naviguer très rapidement, ce qui facilite l’accès à des contenus variés, qu’ils soient informatifs, éducatifs, culturels ou ludiques. Il y a tout de même quelques bémols, notamment le manque de clarté des opérateurs concernant les pratiques tarifaires, la qualité encore approximative du service client, les problèmes de facturation, etc.

Pouvez-vous nous parler des coûts d’implémentation ?

S.B.: Concernant les coûts, tout dépend de la configuration du pays – superficie, zones urbaines ou rurales, relief plat ou montagneux, etc.- et des zones de densité de la population. Les montants s’élèvent généralement à plusieurs centaines de millions de dollars. Par exemple au Togo et au Tchad, on est sur du 200 millions de dollars, tandis qu’en Tunisie, où le coût de la licence s’élève à plus de 76 millions de dollars, c’est rien moins que 230 millions de dollars qui ont été déboursés uniquement pour la licence 4G. Les sommes investies par les opérateurs comprennent l’achat de la licence, le déploiement technique (qui peut inclure de la location d’accès fibre, les antennes, un back-up satellite, des data centers…), la commercialisation (distribution, logistique, ventes, marketing, etc.), sans compter les employés, les locaux et la maintenance des infrastructures. 

Quel est l’intérêt de la 4G pour les pays et les Etats ?

S.B.: Ces infrastructures très coûteuses sont essentielles et hautement stratégiques pour les économies des pays concernés. 

Elles permettent un accès universel à l’information ainsi qu’une communication aisée, et génèrent en outre des milliers d’emplois. Bien sûr, il y a aussi des contreparties comme les radiations dues aux ondes, le recyclage des anciens équipements qui ne se fait pas toujours dans les normes RSE, et une importante consommation d’électricité pas très «‹ eco-friendly », sans compter les aléas climatiques et sociaux (vols) qui sabotent parfois les installations. 

En ce qui concerne l’Etat, les gains sont énormes. En France, par exemple, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) a attribué des licences 4G-LTE aux opérateurs fin 2011, puis fin 2015. Les enchères de 2011 ont rapporté à l’Etat plus de 3,5 milliards d’euros et celles de 2015, 2,8 milliards. Une partie de ces gains devrait théoriquement être investie dans la TNT ou dans des priorités urgentes, mais, de fait, ces dossiers sont rarement évoqués en Afrique.

Publié en Mars 2016



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