Techno

Zoom sur Afrobytes, la conférence sur la tech africaine

Par Patrick Ndungindi le 19 Mai 2017


Véritable pont entre la Tech africaine et européenne, la seconde édition de la conférence Afrobytes se tiendra à Paris les 8 et 9 juin, au Medef. Objectif : connecter les grands acteurs mondiaux aux écosystèmes africains. Rencontre avec Haweya Mohamed et Ammin Youssouf, fondateurs de l’événement.



Quelle sera la particularité de cette deuxième édition d’Afrobytes ?

Haweya Mohamed : Plus qu’une conférence, Afrobytes sera pendant deux journées une « MarketPlace » proposant le meilleur de la Tech Africaine. Les participants pourront accélérer leur networking avec toute la chaîne de valeur du numérique et de l’innovation. La rencontre sera totalement tournée vers l’opérationnel, entre les acteurs Tech des marchés les plus dynamiques (Nigeria, Afrique du Sud, Rwanda, Kenya, Cote d’Ivoire..) et les acteurs de la Tech mondiale, à la recherche de nouveaux relais de croissance. Elle s’effectuera autour d’ateliers, de rencontres B2B et de sessions de networking. Les attentes et les usages des consommateurs Africains seront au cœur des échanges sur les business models qui proposeront les produits et services innovants les plus adaptés aux besoins d’une classe moyenne en plein boom.Les thématiques iront de l’étude de marché effectuée via téléphone mobile jusqu’au paiement via mobile. C’est donc tout le parcours client mobile et digital qui sera détaillé avec ses divers champs d’application : Fintech, AgriTech,  E-commerce, Smart Cities...

Quelle est aujourd’hui la cartographie de la Tech africaine ?  

Ammin Youssouf : La dernière étude de la Globale Mobile Association (GSMA) dénombre 314 hubs, actifs dans 92 villes et dans 42 pays. Selon une étude de Partech Ventures, les sommes investies dans les entreprises du secteur des nouvelles technologies en Afrique ont bondi de 30% l'an dernier, passant en un an de 276 à 366,8 millions de dollars (hors « mega deals », du type Jumia).Dans ce domaine, le Nigeria reste le leader incontesté. La première économie du continent représente à elle seule 30% (109 millions de dollars) de la totalité des investissements. Elle est suivie de l’Afrique du Sud (96 millions de dollars) et du Kenya (92 millions), qui représentent tous les deux environ 25% des investissements.Ces trois pays seront fortement représentés lors de l’événement.

Quelles sont les opportunités qu’offre le secteur de la Tech africaine ?

Ammin Youssouf : Des pans entiers de l’économie africaine ont désormais pour suffixe le mot « Tech  ( Agritech, Fintech, EdTech..) ou le préfixe M- (m-Health, m-Finance…). L’Afrique est le continent de la transformation digitale. Prenons deux cas emblématiques. L’agriculture Africaine va accélérer sa révolution verte en se dotant de smartphones, d’objets connectés et de drones. Imagine-t-on où en serait l’Inde aujourd’hui si elle avait bénéficié des mêmes outils lors de sa révolution verte dans les années 60 ? Les poches de productivité créées par la Tech sont immenses en Afrique.Avec la croissance démographique, il est impossible de construire autant d’écoles que d’enfants à éduquer. A l’instar du Mobile money qui s’est fortement développé sur l’absence de réseaux de banque de détails, il y a fort à parier que l’Ed Tech sera un des secteurs à très  forte croissance en Afrique. On  pourrait aussi évoquer la Santé, l’Energie et tant d’autres domaines encore… Nous voulons envoyer un signal fort avec notre conférence : les acteurs qui seront présents ont dépassé le débat du plaidoyer sur l’Afrique et veulent à présent parler uniquement action, saisir les opportunités business et prendre le leadership de leurs secteurs.

Quels sont justement les secteurs où la Tech est la plus développée ?

Haweya Mohamed : Sans conteste, c’est sur les FinTech et en particulier le « Mobile Money » que le continent occupe une position de leader mondial. Dans les usages mobiles en général d’ailleurs : en mars de cette année la banque centrale du Kenya a lancé un emprunt obligataire via mobile ! Qui aujourd’hui paie son électricité avec son mobile en France ? C’est monnaie courante dans plusieurs pays d’Afrique. On mesure le décalage des usages avec le Vieux Continent, qui n’a jamais aussi bien porté son nom. La « success story » M-Pesa lancée en 2007 par Safaricom, le premier opérateur de réseau de téléphonie mobile du pays, est utilisée par plus de 18 millions de Kenyans et compte pour environ 25 % du produit national brut du pays. M-Pesa fonctionne désormais depuis mars 2014 en Roumanie ! Et son déploiement devrait se poursuivre en Europe de l'Est. En Afrique, Orange est devenue une banque avec « Orange Money » avant de vouloir répliquer la même idée en Europe. L’Afrique exporte aujourd’hui ses usages à travers le monde entier. La Startup kenyane M-Survey, qui fait du sondage en temps réel via mobile, sera présente en juin prochain et a pour priorité de se développer aux Philippines. Ce qui veut dire que les marchés occidentaux commencent à sortir du radar des innovateurs des pays émergents et çà c’est un sujet qui mériterait à lui un seul un autre article.

Quelle est aujourd’hui la valeur réelle de l’économie numérique sur le continent par rapport à l’économie « classique » ?

Ammin Youssouf : Le numérique pourrait contribuer à 10 % du PIB du continent à l'horizon 2025. Il s’git bien entendu d’une moyenne sur 54 pays. Dans certains cas, on dépassera allègrement les 15%. C’est colossal. Aujourd’hui, environ 16% des africains sont connectés, un chiffre qui devrait passer à 50% en 2025 avec un potentiel de PIB supplémentaire de 300 milliards de dollars d’ici 2025. Rappelez-vous qu’il y a encore 15 ans, nul ne pariait sur le fait que la Chine possèderait aujourd’hui des entreprises comme WeChat, Baidu, Alibaba… Il n’y aucune raison que l’Afrique n’ait pas demain ses futures géants Tech. Comme le dit le milliardaire sud-africain Christo Wiese « A moyen terme, ignorer l’Afrique est à vos risques et périls ».

Comment peut-on intégrer cette économie numérique dans une dynamique de développement des pays ?

Haweya Mohamed : Il est d’abord nécessaire de faire preuve de volontarisme au niveau des Etats. Cette question des politiques publiques sera abordée lors de la conférence avec notamment l’intervention d’Ebele Okobi, qui est responsable des relations institutionnelles de Facebook. Le continent a un certain nombre de défis à relever. Les entreprises fortement créatrices de valeur sont désignées  comme « problem solving companies » (entreprises résolvant des problèmes, ndlr) : chaque problématique qu’elles résolvent, chaque situtation de rente qu’elles remettent en cause en innovant sont autant de valeur créée.  Les nouveaux entrepreneurs africains saisissent les opportunités que leur offre cette nouvelle dynamique et ont bien l’intention de chambouler les marchés traditionnels. L’un des défis majeur qui s’annonce est la croissance démographique. Du jamais vu dans l’histoire humaine, un habitant sur quatre dans le monde sera sur le continent africain en 2050. 40 % des moins de 5 ans seront en Afrique à cette date. Il va falloir, loger, nourrir, transporter, former et éduquer un grand nombre de personnes dans un laps de temps très court. Les nouvelles technologies, les écosystèmes digitaux, qui répondent déjà à de nombreuses problématiques, compléteront et accompagneront les politiques publiques notamment dans les grandes villes… A l’instar des marchés occidentaux, la transformation digitale du continent s’accélère fortement et les acteurs traditionnels seraient avisés de prendre le train en marche plutôt que de subir le changement.


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