Cover story

Walid Sultan Midani, l’entrepreneur ambitieux

Par Fleur-Jennifer Ntoko Moussio le 20 Juin 2016


Fondateur et PDG de Digital Mania, première entreprise de jeux vidéo tunisienne, Walid Sultan Midani, diplômé en systèmes et réseaux informatiques, entend bien vivre une longue et belle aventure avec sa société.



Walid Sultan Midani, l’entrepreneur ambitieux
Digital Mania porte son nom à merveille. Cette entreprise de jeux vidéo basée à Tunis, née il y a plus de trois ans, est portée par des «fous furieux» de la créativité et des jeux vidéo, tous animés par l’envie de se surpasser, dans un écosystème où les parts de marché des grandes entreprises telles qu’Ubisoft, Electronics Arts, Nintendo ou encore Sony sont incontestables. Son patron, Walid Sultan Midani, compte bien apporter sa pierre à l’édifice et faire parler de son entreprise. 
Avec un chiffre d’affaires atteignant les 500 000 dollars en 2015, il est à la tête d’une équipe de quatorze personnes qui vit et respire jeux vidéo. Cet homme de 33 ans a atterri dans le monde des jeux vidéo un peu par hasard. 

DU CŒUR À L’OUVRAGE

Des débuts difficiles, mais une persévérance à tous crins, voici qui donne de l’attrait à cette start-up qui fait parler d’elle sur la Toile. Son premier jeu phare −DefenDoor–, sorti le 12 décembre 2012 a pourtant été un échec. Malgré une sortie qui a connu un succès certain les premiers jours, l’intérêt des joueurs pour ce produit 100% Digital Mania a fini par s’estomper quelques semaines plus tard. Toutefois, l’équipe a su tirer leçon de ses erreurs.
Une soif de connaissance anime ces « forcenés » qui ont débuté leur aventure avec seulement 5 dinars par jour chacun en guise de rémunération. Malgré cet échec cuisant, le buzz autour de la start-up a fonctionné.
Des obstacles, il y en a eu sur le parcours et quelques-uns persistent. Quelques campagnes de levée de fonds et de crowdfundings pour financer leurs projets n’ont pas eu l’effet escompté. « A l’époque, peu de personnes étaient prêtes à investir dans le domaine des jeux vidéo en Tunisie », explique le gérant. Aussi, pour réaliser les premières étapes du modèle économique freemium que l’équipe souhaitait mettre en place, il fallait pouvoir avoir accès aux paiements en ligne et à la monétisation des jeux. 
La société étant localisée en Tunisie, il était impossible de vendre du contenu payant via Facebook ou Google. Une lumière au bout du tunnel : en juin 2015, le paiement en ligne via Apple a été autorisé dans le pays ! 

SE MAINTENIR À FLOT

« Il était très difficile de trouver du personnel qualifié en Tunisie, peu de gens savaient faire des jeux vidéo, explique Walid Sultan Midani. L’équipe s’est formée sur le tas.»
WSM réussit pourtant à réunir quatorze personnes assez performantes pour tenir le projet à bout de bras. Dans un premier temps, il fallait générer des revenus. Monter des sites Internet, lancer des applications, voilà ce qui a notamment permis à Digital Mania de tenir jusqu’à ce que son nom arrive aux oreilles de studios plus importants.
Ces derniers leur ont proposé de faire de la sous-traitance pour leur compte en 2013.
« Ce n’était pas le plan initial, raconte WSM. Nous, ce que nous voulions, c’était faire nos propres jeux, générer des revenus, afin d’en créer de nouveaux… » L’équipe a tout de même tenté l’expérience de la sous-traitance, ce qui lui a permis de faire un transfert de connaissances et de gagner en compétences.
D’autres sociétés, comme Citroën ou encore le site satirique jordanien Kharabeesh, ont contacté la société pour des collaborations. L’équipe a également adapté la série d’animation 3D Tunis 2050 −vrai phénomène de société en Tunisie–, diffusée pendant le ramadan.

En deux ans, cette activité leur a permis de dégager près d’un million de dollars, qui on été réinjectés dans des projets propres à la société.
Digital Mania a élargi ses activités en proposant également de la coproduction de jeux. «Plus de 3% de notre CA est fait par des particuliers qui souhaitent investir dans une idée de jeu qu’ils ont», explique le PDG.

 

PREMIERS INVESTISSEURS

Sur le modèle des start-up américaines, Walid Sultan Midani a créé un environnement de travail pour lui et ses employés où les heures dédiées à la détente et à la pratique des jeux mènent toujours à l’amélioration de leurs propres prototypes. L’équipe travaille dans une maison située sur les Berges du Lac, non loin du quartier d’affaires de Tunis. WSM occupe les lieux de jour comme de nuit.
Le PDG a personnellement pris un crédit bancaire de 260 000 dinars (130 000 dollars) pour démarrer le projet. Il joue gros, mais les efforts de l’équipe paient.

Les investissements ne se font plus attendre, Digital Mania lève près d’un demi-million de dollars.
En effet, en 2014, Digital Mania compte son premier investisseur, Ingenium Fund, un fonds d’investissement dédié notamment aux start-up. En 2015, Qatar Friendship Fund est le deuxième investisseur à rejoindre l’équipe. Toujours en 2015, les douze jeux Digital Mania annoncés sur le site de la société ont bel et bien été créés, et un treizième nouveau-né a vu le jour.

L’expérience de jeu Digital Mania est centrée sur l’hypersocial avec une touche d’humour. Après l’erreur faite avec leur premier jeu DefenDoor, trop axé arcade et dédié aux « hard-core gamers », l’équipe de Digital Mania a travaillé à améliorer sa réalisation, le design et l’expérience de jeu, bien avant de se focaliser sur la monétisation de celui-ci. Le marché tunisien étant un marché de fans, les clients de Digital Mania se trouvent en majorité en Amérique, en Asie du Sud, dans les autres pays d’Afrique du Nord, mais aussi dans tous les pays francophones et tend à s’étendre en Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
 

UN ENTREPRENEUR NÉ

Walid Sultan Midani, diplômé de l’école Tunis Esprit, a toujours baigné dans le business. Très tôt déjà, il marchande des jeans. Il tombe dans le jeu vidéo « un peu par hasard, mais aussi par obligation », avoue-t-il. En 2004, il monte sa première entreprise et pas des moindres, la Tunisia Game. De 2004 à 2008, celle-ci organise la Coupe nationale de jeux vidéo de Tunisie, dans l’espoir d’être un jour le pays hôte de la Coupe mondiale. Du peu de temps libre qu’il s’accorde, il ne s’éloigne jamais très loin du monde de l’entrepreneuriat. Il a lancé deux initiatives. La première, « Tunisia for all », aide les entrepreneurs à structurer leurs idées durant la phase de réflexion de leur projet. La seconde, « Boost attitude », est un
accélérateur de croissance pour des sociétés qui ont quelques années d’existence, mais qui ne parviennent pas à décoller. « Aider les autres à avoir un meilleur business, c’est vraiment mon hobby », lâche-t-il.

Publié en Février 2016


Dans la même rubrique :
< >
Facebook



Découvrez le sommaire des derniers numéros du magazine


Inscription à la newsletter