Classements

Villes d’Afrique : une compétition riche de promesses

Par PASCAL DE RAUGLAUDRE le 14 Octobre 2016


84 % de la population sera présente dans le villes à l’horizon de 2060. Pour ce faire, celles-ci doivent être dotées d’infrastructures indispensables et donc être en mesure d’attirer les investissements nécessaires, étant donné que le soutien financier des gouvernements nationaux et des bailleurs de fonds ne peut suffire.



L'’urbanisation massive sera la transformation la plus importante de l’Afrique au XXIe siècle», selon le directeur du développement durable Afrique à la Banque mondiale. Moteurs de la croissance africaine, les villes du continent vont poursuivre leur formidable développement tout au long du siècle, et le pourcentage d’habitants vivant en ville devrait atteindre 84 % en 2060, contre 40 % en 2010, d’après un rapport de la Banque africaine de développement (AFB). Certaines d’entre elles connaissent déjà des taux de croissance urbaine spectaculaires, de l’ordre de 250 à 350 %, et nul doute que cette urbanisation transformera à court terme la vision du reste du monde sur le continent.

Gérer cet aux de population sans précédent historique ne sera pas possible sans un minimum de planification. Or, à ce jour, la plupart des villes, administrées directement par les gouvernements, ne disposent pas d’autonomie suffisante pour l’anticiper, comme Dakar l’a expérimenté à ses dépens en tentant de lancer la première émission d’obligations du continent. En dehors de l’Afrique du Sud, seuls quelques pays laissent les autorités locales avoir la main sur plus de 5 % du budget national, observe le cabinet de conseil Oxford Analytica, ce qui explique leur sous-financement récurrent malgré leur forte croissance. Dar es Salaam, par exemple, qui connaît une expansion fulgurante, ne reçoit que l’équivalent de 29 dollars par an et par habitant, Dakar, 22 dollars, et Accra, pourtant la capitale de l’un des pays les plus riches, à peine 12,50 dollars. 

Le soutien financier des gouvernements nationaux et des bailleurs de fonds internationaux ne pouvant su re, les villes doivent plus que jamais être en mesure d’attirer les investissements indispensables pour construire les infrastructures qui permettront d’accueillir ces centaines de millions d’habitants nouveaux. Mais, dans la grande compétition qui s’annonce, comment ces villes se distinguent-elles les unes des autres aux yeux des investisseurs ? Pour la deuxième année consécutive, Forbes Afrique propose donc un classement de quarante villes d’Afrique en fonction de leur attractivité.
 

DIX INDICATEURS POUR DÉFINIR L’ATTRACTIVITÉ

Pourquoi 40 villes, alors que l’Afrique en possède aujourd’hui 47 de plus d’un million d’habitants, réparties dans 54 pays ? Tout d’abord, nous n’avons choisi qu’une seule ville par pays (sauf l’Afrique du Sud, qui en a deux, Johannesburg et Cape Town), avec un seuil minimal de population de 700 000 habitants (à l’exception de Port-Louis, à l’île Maurice, et de Gaborone, au Botswana). Enfin, les villes du classement ne sont pas nécessairement des capitales politiques et administratives, mais avant tout des villes ayant un rayonnement économique et financier (Lagos et Casablanca plutôt qu’Abuja ou Rabat) – même si les deux se confondent dans la plupart des Etats. 

Classer les villes d’Afrique comporte des difficultés, dont la moindre n’est pas 
de trouver des données pertinentes. Pour garantir la cohérence du classement, nous avons pris, cette année encore, le parti de nous appuyer sur les séries statistiques existantes, constituées par la Banque mondiale et des cabinets de conseils, comme Mercer ou PricewaterhouseCoopers. Les méthodologies de ces séries sont éprouvées, mais plusieurs d’entre elles, comme les réformes économiques, l’évaluation de la corruption ou l’état de l’environnement, concernent les pays. Faute de mieux, nous les avons étendues aux villes. Le résultat reste cohérent dans la mesure où les villes d’Afrique jouissent de peu d’autonomie.

Le classement est bâti sur dix indicateurs, dont neuf d’entre eux ont été actualisés en 2015 ; certains sont strictement économiques, d’autres politiques, environnementaux et sociaux. Par rapport à l’année dernière, nous avons conservé l’évaluation des réformes économiques de la Banque mondiale, plus connu sous le nom de Doing Business ; le niveau de corruption avec Transparency International€; la sécurité avec le Global Peace Index, créé par l’Institute for Economics and Peace, basé à Sydney, et le magazine The Economist ; l’état de l’environnement avec l’Environmental Performance Index de l’Université américaine de Yale (non-actualisé). 

Mais nous avons modifié les autres indicateurs. Plutôt que l’index général de gouvernance de Mo Ibrahim, qui présente l’avantage d’être actualisé et de couvrir l’ensemble du continent, nous l’avons a®né en sélectionnant les sous-indicateurs de gestion publique, de santé et d’éducation. Pour la qualité et le coût de la vie, nous avons choisi les listes actualisées de villes établies par le cabinet de conseil international en ressources humaines Mercer. L’évaluation de l’état des infrastructures provient de l’étude du cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers, paru au début de cette année, Into Africa : The Continent’s Cities of Opportunity, qui ne porte que sur vingt villes.

UN CLASSEMENT STABLE…

A première vue, ce classement des villes surprend par sa cohérence : les villes sont renseignées dans presque toutes les séries, et les résultats, qui occupent tout l’éventail disponible de notes entre 0 et 20, reflètent bien les grandes disparités qui existent entre elles. A l’étudier de près, on en tire plusieurs enseignements. Il reste dominé, et le restera probablement longtemps, par la ville la plus petite de l’échantillon, Port-Louis (1re, note de 15,6), capitale de l’île Maurice. Ses très bons scores dans tous les indicateurs s’expliquent par son économie diversifiée et sa qualité de vie.

Le haut du classement continue d’être trusté par les villes d’Afrique du Nord et du Sud : Tunis (3e ; 14,1), Casablanca (6e€; 13,4), Le Caire (10e ; 12,4) et Alger (13e ; 11,3), d’un côté, Gaborone (2e ; 14,5), Johannesburg (3e ; 14,1), Cape Town (4e ; 14,1), et Lusaka (12e ; 11,5), de l’autre, figurent toujours parmi les treize villes les plus attractives. Ces villes s’appuient sur une histoire urbaine ancienne, d’un siècle pour Johannesburg, ou de plusieurs millénaires pour Le Caire et Tunis. Elles ont eu le temps d’élaborer des règles de vie en commun favorables à l’épanouissement du capital humain, et de mettre en place les infrastructures nécessaires à leur développement. 

Dans la première moitié, les villes francophones restent moins nombreuses que les anglophones, mais il convient de souligner la présence de Dakar (9e ; 12,6), dont le très bon score en matière de gestion publique (8e ; 11,7) récompense les efforts de bonne gouvernance de son maire dynamique ; et d’Abidjan (16e ; 10,9), qui gagne des places grâce à l’ouverture du troisième pont sur la lagune et aux opérations de renouvellement urbain.

Hormis celles qui souffrent de situations nationales conflictuelles, la plupart des villes du classement affichent des développements prometteurs qui leur permettraient de rejoindre le peloton de tête, moyennant une planification plus rigoureuse. Beaucoup d’entre elles sont devenues des hubs régionaux d’importance, ce qui se reflète plus ou moins dans le classement : Accra (8e ; 12,6) dans les télécommunications ; Lagos (23e ; 10,5) dans la culture, la musique et le cinéma ; Nairobi 
(15e ; 11) dans les services financiers ; Dar es Salaam (27e ; 9,8) et Douala (20e ; 10,7) en tant que grands ports, et Douala en particulier comme centre de transbordement. L’excellent score de Kigali (7e ; 13), grâce aux réformes économiques lancées par le gouvernement et à son bon système de santé, lui permet de figurer dans les dix premières villes. Et en inaugurant en septembre 2015 le premier tramway du continent, Addis-Abeba (21e ; 10,5) est couronnée par une 3e place dans l’indicateur des infrastructures, ce qui lui garantit une place honorable dans le classement général.

Retrouvez l'intégralité de ce classement dans le numéro de février 2016 en vente ici


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