L'éditorial de Steve Forbes

Vers une seconde guerre de sécession, les folles chimères de la Californie

le 3 Mai 2017




La campagne qui bat son plein en Californie et qui plaide pour que l’Etat fasse sécession des Etats-Unis –une doctrine baptisée Calexit par ses partisans – suscite de plus en plus d’intérêts, voire de soutiens. Un sondage révèle que 32% des démocrates se disent prêts à voter «ŒouiŒ» lors d’un référendum sur le retrait. Les signatures sont en ce moment collectées pour que la question de la séparation de la bonne vieille Amérique soit admissible au su‘ffrage. Un comité de défense pro-sécession bénéficie même de l’appui financier de –Œje vous le donne en milleŒ– la Russie.
    Le projet relève de l’absurde. On ne peut comparer les Etats-Unis à l’Union européenne. L’union de ces Etats se voulait d’emblée indissoluble, et même les citoyens d’aujourd’hui, soumis à l’épreuve de l’Histoire, pourraient se rappeler cet épisode de 1861, lorsque 11Etats optèrent pour une vue divergente [et se constituèrent en Confédération]. Tout cela témoigne des crispations –voire de l’hystérie– qui a‘ffectent aujourd’hui la politique américaine. (D’ailleurs, le monde tout entier, et surtout l’Europe, semble voler en éclats.)
    Dans l’intervalle, qu’il y ait ou non sécession, le Golden State [l’Etat doré, surnom de la Californie], mené par le gouverneur démocrate Jerry Brown, menace de suspendre ses paiements à Washington si le gouvernement Trump concrétise sa promesse et coupe les vivres aux «Œvilles sanctuairesŒ», qui refusent de coopérer avec les autorités fédérales et d’appliquer les lois sur l’immigration, notamment d’identifier les auteurs présumés d’actes criminels. M. Brown a proclamé haut et fort que si Washington s’essayait à une telle chose, l’Etat de Californie tout entier serait sanctuarisé.
    Cette désobéissance tendancieuse –ignorer les lois nationales qui déplaisentŒ– affichée par M. Brown et consorts plonge ses racines dans un épisode assez abject de l’Histoire. Cette doctrine, un temps désignée sous le terme «ŒnullificationŒ», fut popularisée dans les années 1820 par John Caldwell Calhoun, chantre de l’esclavagisme qui déclara qu’un Etat était en droit de nullifier les lois fédérales tenues comme odieuses et attentatoires. Si M.Calhoun voyait en la nullification une arme garantissant le maintien de l’esclavage, cette théorie avait été d’abord évoquée en réponse à une loi sur les droits de douane promulguée par le Congrès, qui avait écrasé toute une variété d’articles importés de nouvelles taxes et de taxes plus élevées. Les sudistes, bien plus dépendants des importations que les industriels du Nord, furent scandalisés et surnommèrent la mesure le «ŒTari‘ of AbominationsŒ» [la taxe de toutes les abominations]. M. Calhoun, alors vice-président des Etats-Unis, ne se borna pas à faire opposition verbale et incita l’Etat dont il était originaire, la Caroline du Sud, à déclarer la loi nulle et non avenue au sein de son territoire. Les agents de douane a‘ffectés au port de Charleston refuseraient dorénavant de percevoir les nouveaux droitsŒ; la «Œcrise de nullificationŒ», ainsi que la baptisèrent par la suite les historiens, était ouverte.
    Connu pour ton tempérament bilieux (il tua un homme au cours d’un duel), le président Andrew Jackson, et supérieur (de façade) de M. Calhoun, menaça de pendre lui-même ce dernier et de dépêcher des troupes fédérales en Caroline du Sud afin de faire exécuter la nouvelle législation, tout comme le fit le président George Washington dans les campagnes pennsylvaniennes en 1794, où des e‘ectifs furent déployés pour faire appliquer les –Œtrès impopulairesŒ– droits d’accise sur le whisky, tout juste entrés en vigueur. L’honneur fut sauf grâce à un accord par lequel M. Calhoun et ses compagnons revinrent sur leur position après révision mineure de ces tarifs. M. Calhoun échappa au gibet, la Caroline du Sud n’eut pas à a‘ffronter une armée fédérale hostile (jusqu’aux derniers mois de la guerre civile, en 1865), et le président Jackson préserva l’intégrité de l’Union.
    L’Histoire des Etats-Unis est marquée par deux autres mouvements majeurs en faveur de la nullification, et de quelques campagnes secondaires. Le premier a, malheureusement, rencontré plusieurs décennies de succès. Au sortir de la guerre de Sécession, les Afro-Américains de sexe masculin obtinrent le droit de vote dans les Etats du Sud. Mais jusqu’à la fin des années 1890, la plupart de ces hommes avaient été, en toute illégalité, privés de ce droit. Il fallut attendre 1965 et l’adoption de la loi «ŒVoting Rights ActŒ» pour que soit réparée cette grave injustice.
    La seconde campagne en faveur de nullification fut la fameuse stratégie «ŒMassive ResistanceŒ» [résistance de masse], adoptée en opposition à une décision rendue en 1954 par la Cour suprême, laquelle établissait l’inconstitutionnalité de la ségrégation raciale imposée dans les écoles. Les opposants furent mis en échec, à commencer par le président Eisenhower, qui en 1957 fit intervenir l’armée fédérale à Little Rock (Arkansas) pour faire appliquer une décision visant la déségrégation d’une école.
    Jerry Brown aura-t-il davantage de succès avec le président Trump que ne l’eût M. Calhoun avec le président JacksonŒ? Probablement pas. Un gouverneur de la Louisiane lança un jour, railleur, à un résistant de masse: « La bombe est aux mains des fédéraux.Œ» Mais un authentique face-à-face serait lourd de conséquences, car il exacerberait encore les tensions et briserait tout espoir de parvenir à un consensus sur les réformes en matière d’immigration.
    Quand bien même il y a peu de chances qu’intervienne une sécession pure et simple, toutes les conditions sont réunies pour que la Californie fasse preuve de non-sens démagogique. L’Etat s’est toujours considéré comme une terre à part du reste du pays, se targuant d’être à l’avant-garde des tendances sociales, économiques et culturelles. Des millions d’Américains y ont vu une terre d’abondance et s’y sont installés, séduits par sa beauté, la douceur de son climat, sa croissance économique soutenue et son mode de vie éclectique. Rien ne lui faisait défaut: Hollywood, les hautes technologies, les industries, les transports, l’aérospatiale, le pétrole, une agriculture féconde, et les logements, nombreux et abordables.
    Mais il y a peu, la Californie s’est muée en un désert grevé d’impôts et de réglementations, mimant les pratiques les plus nuisibles adoptées par la stagnante Europe et les puissances telles que l’Argentine. A Sacramento [la capitale de l’Etat], les bureaucrates ont oeuvré d’arrache-pied pour élaborer des règlements ineptes et coûteux qui ont broyé les petites entreprises, tels que l’obligation d’octroyer aux employés un temps de repos après une plage de travail de quatre heures. On ne compte plus le nombre de lois irréalistes sur le salaire minimum. Aucune loi, aucun règlement en faveur de l’environnement n’est trop absurde, qu’importe qu’ils ne se fondent ni sur des faits scientifiques ni sur les conditions du monde réel. De tels décrets mènent l’agriculture à sa perte. Impassibles, les organismes de contrôle publient des décisions arbitraires pour diminuer les effl‘uents issus des élevages de bovins, au prétexte de prévenir la surchauff’e de la planète.
    L’Etat est lui-même responsable de la raréfaction des ressources en eau: des milliards de gallons sont déversés dans l’océan pour préserver un tout petit éperlan en voie de disparition, on ne construit plus aucun réservoir et les réservoirs artificiels existants sont pointés du doigt. Alors qu’Israël a rapidement bâti des usines de dessalement de pointe, la Californie a lambiné pendant quinze ans avant d’ouvrir les portes d’une installation plus coûteuse et de bien plus petite envergure. Il est notoire que des villes comme San Francisco ont banni les sacs en plastique, imposent les sacs en papier et envisagent d’interdire les boissons gazeuses gratuites à volonté dans les restaurants.
     En raison de sa réglementation, la Californie est passée d’eldorado du logement pour la population active à un enfer ruineux. Son système éducatif, autrefois l’un des meilleurs des Etats-Unis, est à présent la risée du pays.
   Avec ses seuils peu élevés, le régime de l’impôt sur le revenu en Californie éreinte brutalement les travailleurs. Une personne qui ne gagne pas plus de 41š000 dollars par an se situe dans une tranche plus élevée que celle des plus fortunés dans la quasi-totalité des autres Etats appliquant l’imposition sur le revenu. La Californie aœffiche le taux de l’impôt sur le revenu étatique le plus haut du pays: 13,3%. En 2016, le «šouiš» l’a emporté dans trois référendums favorables à une mesure de fiscalité.
    D’autres transgressions économiques ont été commises parmi lesquelles l’interdiction de la fracturation hydraulique, alors que l’Etat abonde en gaz naturel, tandis que certains envisagent de construire une ligne de train à grande vitesse nord-sud qui pourrait coûter bien plus de 100Mds$ pour transporter un nombre de passagers bien inférieur que celui prévu à l’origine.
    Il y a quelques années, les électeurs ont approuvé l’adoption d’un système électoral aussi étrange que celui de la Louisiane. En 2016, les deux candidats américains au poste de sénateur qui se sont présentés à l’élection générale étaient des démocratesš; aucun républicain ne figurait sur le bulletin de vote.
    Pas étonnant que la plupart des entrepreneurs préfèrent s’installer ailleurs. Pour la toute première fois, l’Etat subit une vague d’émigrations. La classe moyenne se réduit comme peau de chagrin.
    Grâce à la Silicon Valley et à quelques autres oasis, la Californie bénéficie d’une légère embellie économique. Hélas, il ne s’agit que d’une reprise liée à la tendance baissière. Fiscalité médiocre, environnement réglementaire exécrable et système politique dysfonctionnel.
    Dieu merci, la Californie ne sera pas en mesure de faire sécession des Etats-Unis. La résolution ruinerait ses citoyens et l’Etat ne serait plus qu’une mouture nord-américaine de la Grèce.

FDA — stop à l'enfumage

S’il est un domaine miné par les abus auquel le gouvernement Trump devrait s’attaquer, c’est la croisade contre la cigarette électronique. Le «švapotageš» est une bénédiction pour ceux qui tentent d’arrêter la cigarette. Les utilisateurs reçoivent le même coup de fouet qu’avec la nicotine, sans toutefois inhaler les goudrons et autres substances qui font la dangerosité de la cigarette classique. Les organismes de réglementation en matière de santé et les militants fanatiques antitabac font pourtant preuve d’un esprit retors. Ignorant toutes les preuves scientifiques sérieuses, ces derniers assimilent le vapotage au fait de fumer de vraies cigarettes. Ils prétendent, sans autre motivation plausible, que la cigarette électronique ne fait que dresser un pont vers la vraie cigarette.
    En août 2016, la Food and Drug Administration (FDA) –šagence américaine du médicamentš– a émis un règlement qui entrave gravement le perfectionnement continu des dispositifs de vapotage. Tous les appareils conçus après février 2007 sont désormais assujettis à une autorisation réglementaire, ce qui représente un surcoût colossal et un frein à l’innovation. La qualité des dispositifs actuels surpasse de loin celle des produits fabriqués il y a dix ans.
   Si les collaborateurs de M.šTrump oeuvrent déjà à l’émancipation réglementaire, il leur faut aussi appuyer la suppression de deux autres règlements. L’un porte sur la production de cigares «špremiumš» ou en série limitée par de petits fabricants. Les répercussions entraînées par ce règlement décuplent les coûts pour ces petites entreprises, qui se voient contraintes de soumettre tout nouveau mélange à un processus d’autorisation totalement superflu.
L’autre diktat capricieux concerne de nouveaux règlements imposant aux marchands de tabac qui mélangent le tabac à pipe dans leur boutique de se plier à une procédure d’enregistrement auprès de la FDA, comme s’il s’agissait de fabricants de tabac.

Vengeance contre Harry, cet ami qui vous veut du mal

Alors qu’il était en poste au Sénat américain, Harry Reid (sénateur démocrate du Nevada) a bloqué l’ouverture du site de stockage de déchets nucléaires de Yucca Mountain, destiné aux entreprises de services collectifs et au gouvernement fédéral. Les installations ont passé avec succès tous les tests de sécurité requis, mais M. Reid s’est tout de même acharné à faire enterrer le projet, préférant stocker les matières radioactives à travers tout le pays. Par chance, aucun raid terroriste n’a été lancé sur ces déchets létaux.
    Le gouvernement de M. Trump devrait maintenir les installations de Yucca Mountain en ordre de marche – puis demander qu’on le surnomme dorénavant le Site de stockage de déchets nucléaires Harry M. Reid.


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