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Top 100 des capitalisations boursières : un cru 2015 en retrait

Par JACQUES LEROUEIL le 20 Juin 2016


Un millésime 2015 difficile pour les géants des Bourses africaines : c’est le principal message de cette 3e édition consacrée aux 100 premières capitalisations boursières du continent. En douze mois, les grandes valeurs africaines ont vu leur valorisation globale fondre d’un quart. Entre des places boursières aux performances souvent négatives et des monnaies touchées par la dégradation de la conjoncture économique mondiale, les poids lourds boursiers ont sou‚ffert l’année dernière. Mais de bonnes surprises existent.



Après des années de progression soutenue des cours, la volatilité a fait son grand retour sur les places financières mondiales en 2015, signe d’une anxiété grandissante chez les investisseurs. Les motifs d’inquiétude n’ont, il est vrai, pas manqué au cours de l’année écoulée. Entre la fin de la politique monétaire des taux zéro aux Etats-Unis, l’instabilité des marchés émergents et la dégradation des perspectives économiques mondiales, les opérateurs du marché sont le plus souvent restés dans l’expectative. De quoi faire dire au célèbre financier américain George Soros, en début d’année, que la configuration actuelle des marchés était « une situation sérieuse qui lui [rappelait] la crise de 2008 ».Une tonalité morose qui, par effet de contagion, a aussi touché la plupart des places financières du continent : - 2 % pour l’indice élargi JALSH de la Bourse de Johannesburg,- 8 % pour le MASI marocain, - 12 % pour le SEMDEX mauricien, et même des chutes supérieures à 20.% pour les indices boursiers des places nigérianne (- 20 % pour l’indice All Share), égyptienne (- 25 % pour l’EGX 30) ou zambienne (- 26 % pour le LuSE All Share Index).

Et encore, ne s’agit-il que d’une moyenne. Sur la place de Lagos, c’est d’abord le plongeon des
valeurs bancaires (jusqu’à- 40 %) qui retient l’attention  des établissements financiers particulièrement fragilisés par la contraction des revenus pétroliers (80 % des recettes d’exportation du pays) et par la dégradation de la conjoncture dans la première puissance économique du continent. Même Dangote Cement, plus grosse capitalisation boursière d’Afrique de l’Ouest (14 Mds$) et navire amiral de l’empire d’Aliko Dangote, n’a pu entièrement contenir la pression baissière (- 5 %), malgré une profitabilité record (40 % de marge nette après impôts).


DES MONNAIES MALMENÉES

Une contre-performance qui, par-delà la déprime des places boursières africaines, doit aussi beaucoup au recul sensible de nombre de grandes devises du continent par rapport au dollar, la monnaie de référence de notre palmarès : - 8 % pour la livre égyptienne, -10 % pour le dirham marocain, - 11% pour le naira nigérian, -18 % pour le franc CFA et jusqu’à -23 % pour le rand sud-africain ! Touchée de plein fouet par la baisse continue des prix des matières premières (pétrole, minerais…) et par la dévaluation surprise de la monnaie chinoise au second semestre 2015, la devise de la nation arc-en-ciel aura bu le calice jusqu’à la lie, entraînant dans son sillage la plupart des grandes valeurs de la première Bourse du continent. Kumba Iron Ore, Exxaro Resources, Anglo American, Impala Platinum, Gold Fields : autant d’entreprises cotées actives dans l’extraction minière et qui auront vu leur valorisation boursière être divisée par plus de deux en l’espace de douze mois.! Une hécatombe. Et quand les mastodontes de la cote sud-africaine s’enrhument, c’est tout le palmarès des 100 premières capitalisations boursières africaines qui éternue.

Mais, même affaibli, un géant reste un géant. Avec 67 sociétés cotées du top 100 issues de ces rangs et une valorisation cumulée de 480 Mds de dollars (81 % du total des 100 plus grosses capitalisations boursières continentales), l’Afrique du Sud continue de dominer de la tête et des pieds la planète finance africaine. Vingtième capitalisation boursière du pays, Nedbank, et ses 7,5 Mds de dollars de valorisation, pèse ainsi plus lourd que la Guinée et ses 11 millions d’habitants (7 Mds de dollars de PIB). Quant au géant des médias Naspers (66 Mds de dollars de capitalisation boursière, lire p..54), qui accède pour la première fois de son histoire au sommet de la hiérarchie des capitalisations boursières africaines, en remplacement du brasseur SABMiller (racheté en 2015 par AB InBev pour 107 Mds de dollars), sa valorisation est égale au PIB de l’Ethiopie (65 Mds de dollars de PIB pour 90.millions d’habitants). Il n’empêche, avec 587 Mds de dollars de capitalisation, les reines africaines de la cote ont dans leur ensemble vu leur valorisation dévisser de 25 %, la pire performance annuelle depuis le lancement en 2014 de notre premier classement. Idem pour le chi.re d’a.aires global (341 Mds de dollars en 2015 contre 424 Mds de dollars en 2014) et les bénéfices (38 Mds de dollars contre 50 Mds de dollars en 2014), en baisse sensible une fois retraités en dollars.


RÉSILIENCE ET BONS FONDAMENTAUX

Top 100 des capitalisations boursières : un cru 2015  en retrait

Une conjoncture exécrable qui s’apparente en somme à une double peine (chute des marchés et devises sous pression) pour les grandes valeurs boursières africaines. Dans ces conditions, la bonne performance de la BRVM d’Abidjan (+17 % pour l’indice composite élargi) est d’autant plus remarquable. Une solidité qui a tout naturellement profité aux grandes capitalisations de l’espace CFA, la Sonatel en tête (+13 % à 4,2 Mds de dollars de valorisation). Un espace monétaire qui, au final, est la seule zone du continent a avoir vu sa valorisation boursière globale en dollars progresser en 2015 (+5 %). Ailleurs en Afrique, les poids lourds des cotes nord-africaines (- 20 %) et est-africaines (- 21 %) ont en revanche souvent été à la peine, et ce en dépit de parcours boursiers individuels parfois spectaculaires. 

Entre la belle progression (+ 28 %) de la filiale marocaine du groupe énergétique emirati Taqa (1,4 Md de dollars de capitalisation) et les hausses impressionnantes du spécialiste égyptien de la logistique Alexandria Containers & Goods (+ 52 % à 983 M de dollars) et de son compatriote Edita Food Industries (+ 78 % à 1,5 Md de dollars de capitalisation), actif dans l’agroalimentaire, les investisseurs habiles dans l’art du stock picking s’en sont donné à coeur joie. Crise ou pas, il y a toujours de bonnes opportunités à saisir. Car, au-delà des ressacs passagers et des mouvements boursiers cyclothymiques, il reste l’essentiel : à la cime d’un capitalisme africain en pleine ascension, les grandes capitalisations du continent continuent dans leur immense majorité (96 sociétés sur 100 ont été profitables au cours du dernier exercice) d’être des modèles de rentabilité (11 % de marge nette en moyenne) et de croissance dans la longue durée. En somme, à rester de belles valeurs boursières.

Publié en Mars 2016

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