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Stefano Manservisi : « L’UE est le premier investisseur direct en Afrique subsaharienne »

Par Patrick Ndungidi le 8 Décembre 2016


Stefano Manservisi est Directeur Général de la Direction Générale de la Coopération internationale et du Développement (DG DEVCO) à la Commission européenne. Il soutient que l’Union européenne (UE) et ses partenaires africains travaillent pour rendre l’activité économique africaine plus compétitive au niveau mondial.



Stefano Manservisi : « L’UE est le premier investisseur direct en Afrique subsaharienne »

Beaucoup d’observateurs estiment que l’aide publique au développement octroyée par l’UE n’a rien apporté aux pays africains. Comment évaluez-vous cette aide ? Quel est son impact réel sur les économies africaines ?

Stefano Manservisi : La demande d’aide européenne par les pays et les gouvernements africains reste extrêmement élevée. Rien qu’en 2015, la commission européenne a déboursé la somme 4,5 milliards d’euros d’aide à l’Afrique. Nous avons permis à des Etats d’avoir des finances publiques qui puissent boucler le cycle budgétaire annuel. Nous avons aidé des Etats à combattre des fléaux comme le trafic des êtres humains. En matière de lutte contre la pauvreté, l’aide de l’UE a été fondamentale. Cette aide a été la plus importante et parfois la seule dans certains pays « abandonnés » par d’autres donateurs. L’UE reste le plus grand donateur d'aide au monde. Depuis quelques années, nous avons mis en place des instruments pour favoriser les investissements. Nous avons des plateformes de mixage de fonds d’aide et des capitaux publics ou privés. Ainsi, l’aide servira à boucler financièrement des projets techniquement déjà finalisés. Nous avons ainsi pu aider à la construction de plusieurs infrastructures en Afrique subsaharienne. Ce que nous faisons reste très important pour le développement en Afrique. Ceux qui disent le contraire doivent le démontrer. Certainement, nous, comme d'autres, pouvons améliorer la qualité de notre action.

Quel est aujourd’hui le niveau des relations économiques entre l’UE et l’Afrique ?

L’UE est le premier partenaire commercial des pays de l’Afrique subsaharienne. Notre balance est plus ou moins équilibrée mais légèrement supérieure en faveur de l’UE en ce moment. On parle ici de 77 milliards d’euros d’échange contre 73 milliards d’euros d’exportation. L’UE est le premier investisseur direct en Afrique subsaharienne. Les capitaux ou encore les prises de participation sont encore de loin les plus élevés. L’Afrique est un continent d’opportunités économiques, où on peut faire du business « win-win ». Nous souhaitons que les entreprises africaines soient plus compétitives au niveau mondial.

Pensez-vous que les accords de partenariat économique (APE) signés entre l’UE et certains pays africains permettront ce business « win-win » ? Quels sont les avantages et les inconvénients de ces APE pour les pays africains ? Beaucoup d’entreprises du continent considère que c’est une manière de tuer les économies africaines ?

Cet argumentaire est largement usé et n’a jamais correspondu à la réalité. Mais il est vrai que l’UE a mis du temps à se faire comprendre et à comprendre les pays africains sur la question de la protection des économies fragiles et de la nécessité d’accompagner un processus de réformes. Mais actuellement, vu le nombre de pays et de régions qui ont conclu un APE, cette façon de voir les choses est dépassée.
La principale question était celle de créer un système dans lequel, par le biais des APE, on se met en conformité avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais surtout, par cette libéralisation asymétrique, c’est de faire en sorte que les Etats, les entreprises et les opérateurs économiques africains accélèrent la création de marchés intégrés sous régionaux. C’est la raison pour laquelle l’Afrique de l’Est, l’Afrique australe et l’océan indien ainsi que l’Afrique de l’Ouest, ont signé les APE. Nous allons travailler ensemble pour la création d’une industrie africaine compétitive. Dans le commerce international, on a toujours fait référence aux recettes douanières. Ce qui est important. Mais, dans une économie globale, dans laquelle c’est la mobilité des facteurs de production qui crée la compétitivité, on ne peut pas penser raisonnablement qu’on devient compétitifs sur le marché mondial par une protection douanière. Personne ne peut croire que le futur soit basé sur encore plus de protection. Le vrai problème était de savoir comment articuler une sortie progressive de cette protection, accompagnée par des transformations, des réformes à faire en Afrique pour qu’il y ait plus de compétitivité et plus d’accès au marché global et non seulement au marché européen.

Quelles relations l’UE entretient-elle avec le secteur privé en Afrique ?

Nous entretenons des relations intenses mais qui doivent davantage être développées. Avec les investissements, nous travaillons de plus en plus avec le secteur privé. Nous finançons des réseaux de systèmes financiers au niveau africain. Nous finançons des projets portés par des agences mais dont bénéficie l’activité économique. Ces projets génèrent de l’emploi privé et non pas public. On travaille également sur le « Business environment » c’est-à-dire les conditions dans lesquelles se font les investissements. Un sommet Europe-Afrique sera organisé dans la deuxième moitié de l’année prochaine. Nous souhaitons, pendant ce moment, avoir une discussion structurée et concrète sur les business européen et africain notamment dans le domaine des énergies renouvelables, des technologies de l’information et de la communication et dans la création d’emplois.  Nous travaillons à créer un pôle où les businessmen discutent entre eux, mais avec un soutien constant, institutionnel et financier de l’UE et des pays africains eux-mêmes car c’est une priorité commune.


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