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Seydina Moussa Ndiaye ou l’incarnation de l’afro-optimisme

Par JULIEN CHONGWANG le 9 Juillet 2016


Le promoteur de SeySoo, éditeur de logiciels 100 % sénégalais, a travaillé longtemps comme cadre dans plusieurs entreprises en France. Faisant son bilan un matin, il conclut que son savoir-faire n’y est d’aucune utilité pour l’Afrique. Il plie alors bagages et retourne dans son pays où il réalise depuis 2008 un vieux rêve : concevoir des produits informatiques adaptés à l’Afrique.



Seydina Moussa Ndiaye ou l’incarnation de l’afro-optimisme
Ce n’est pas tous les jours que l’on croise sur son chemin un jeune Africain qui a choisi délibérément de quitter l’Europe, qui plus est, en abandonnant un emploi confortable pour revenir s’établir en Afrique. Et ce au moment où tant de jeunes du continent donneraient tout pour gagner la rive nord de la Méditerranée. C’est pourtant ce qu’a fait Seydina Moussa Ndiaye, promoteur à Dakar de SeySoo, un éditeur de logiciels.
Lorsqu’en 2006, cet informaticien quitte la société Pertinence Data Intelligence basée Paris où il est ingénieur de recherche et responsable du personnel, il suscite une certaine incompréhension au sein de son entourage. En Afrique, compter un de ses membres “chez les Blancs” renforce la fierté et l’influence d’une famille. « Je travaillais en France depuis 1995. Mais je ne me sentais utile ni pour mon pays ni pour l’Afrique en général », déclare-t-il.

Avant de poser ses valises à Pertinence Data intelligence en 2002, il a travaillé au sein de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) entre 1995 et 2000, puis chez SDC Informatique (2000 – 2002), deux établissements basés dans la capitale française. «Depuis toujours, je nourrissais l’ambition de contribuer au développement du continent africain », assène-t-il.

Animé par ce désir de servir la terre qui l’a vu naître il y a quarante-quatre ans, Seydina Moussa Ndiaye décide d’effectuer un retour au pays natal, même si c’est pour gagner le tiers des revenus qu’il avait à Paris. Il débarque à Dakar chez PCCI (une société internationale dédiée à l’offre de solutions informatiques pour ses clients) comme directeur technique adjoint. Mais, le séjour dans cette entreprise, elle aussi créée par des Sénégalais, ne durera pas plus d’un an.

ÉDITION DE LOGICIELS

Seydina Moussa Ndiaye a suivi ses premières leçons d’informatique en 1994 
à l’université Paul Sabatier de Toulouse (France), poursuivant des études supérieures commencées à l’université Gaston Berger (UGB) à Saint Louis au Sénégal. « A l’époque, j’avais écrit une lettre à plusieurs de mes anciens camarades de l’UGB pour que nous réfléchissions à la conception de produits informatiques adaptés à l’Afrique », se souvient-il.

Le temps de boucler les procédures administratives et de régler certains détails, il porte SeySoo sur les fonts baptismaux en 2008. La première réalisation de cette société, qui a pour activité principale aujourd’hui l’édition de logiciels, aura été Juriscompanion – une base de données sur le droit sénégalais, où l’internaute peut consulter textes de 
loi, jurisprudence, journal officiel… Cette plateforme est interactive puisqu’il permet de poser une question en ligne et d’en obtenir une réponse. « Nous nous étions rendu compte qu’il était facile de se perdre dans la multitude des textes législatifs et de leurs amendements au point de ne pas savoir quel était, à un moment précis, le texte en vigueur », indique Seydina Moussa Ndiaye.

Fort du succès de Juriscompanion dont les étudiants, les professionnels du droit 
et les entreprises ont rapidement apprécié l’utilité, SeySoo se lance en 2011 dans l’édition proprement dite de logiciels. « 100% sénégalais », aime-t-il à préciser, soulignant que tout est fait à Dakar, du début à la fin, et tous les codes sources sont aussi conçus sur place par des développeurs locaux. Quatre ans plus tard, l’entreprise compte cinq logiciels phares dont elle a déjà écoulé quelque 40 exemplaires au total. Il s’agit de Farin’is qui permet la gestion d’une chaîne de boulangeries ; Vent’is qui aide à accroître la force de ventes d’une société ; Client’is qui est utilisé pour entretenir et gérer la relation clients ; Keur i Keur qui est une plateforme de suivi des projets immobiliers ; et surtout Medic’is, un programme qui gère les dossiers patients, les rendez-vous et la facturation dans un établissement sanitaire. « Ce dernier a été utilisé au tout début par un cabinet 
de radiologie. Depuis, son usage tend à se généraliser…», informe le patron de SeySoo qui prospecte désormais aux Etats-Unis.

​OUVERTURE À L’INTERNATIONAL

SeySoo compte aujourd’hui parmi ses clients de référence des structures sérieuses et de grande envergure. Ainsi Axa assurances Sénégal pour lequel SeySoo a conçu un progiciel d’envoi automatisé de SMS aux clients; USAID Sénégal pour lequel il a développé un logiciel de suivi et d’évaluation ; ou encore l’Etat sénégalais qui lui a confié, entre autres, la conception et la réalisation d’un logiciel permettant d’assurer la traçabilité des semences agricoles depuis leur création jusqu’à leur utilisation finale en passant par leur multiplication.

Mais, ce que le promoteur de SeySoo considère jusque-là comme le plus important succès de sa société, c’est l’ouverture sur le marché international, notamment africain –sa priorité. Cette ouverture a commencé avec le Gabon, pays pour lequel l’entreprise a mis en place un système de télé-déclaration permettant au contribuable gabonais de déclarer et de payer ses impôts en ligne.
« Ce contrat avec le Gabon est notre plus grande fierté parce que notre équipe a été sélectionnée au terme d’un appel d’o−re international », se félicite encore Seydina Moussa Ndiaye. Seysoo s’apprête à réaliser la même opération au Burkina Faso.
Avec cette progression, les résultats financiers de la structure ont connu un grand bond. « Entre 2008 et 2011, nous avons triplé notre chiffre d’affaires. Et celui de 2014 représente quatre fois celui de 2011 ; mais, nous n’avons pas encore atteint le milliard de francs CFA », confie ce père de trois enfants ; se gardant toutefois d’avancer un chiffre. Mais, le luxe, l’ordre et la propreté qui caractérisent les locaux de cette structure située sur le bord de la voie de dégagement nord (VDN) de Dakar sont un témoignage suffisant de cette bonne santé financière de l’entreprise et de la discipline qui y règne. Entraîné par cette dynamique, l’effectif lui aussi a été multiplié par sept ; passant de deux ingénieurs en 2008 à une quinzaine aujourd’hui. D’ailleurs, c’est l’unique profil des employés de cette boîte.

DIFFICULTÉS

Ce qui ne veut évidemment pas dire que l’entreprise ne rencontre pas de problème. Le plus important étant les difficultés financières, comme c’est généralement le cas pour les jeunes entreprises. « Pour développer nos produits, nous avons besoin d’argent pour couvrir les différentes charges. Or, il est plus facile pour les banques de prêter de l’argent à un tailleur qu’à nous autres », regrette-t-il. Il croit savoir que la raison vient du fait que dans les banques, il n’y a pas toujours de spécialistes pour évaluer les risques liés à son activité. A ces difficultés financières, s’ajoute une insuffisance de ressources humaines du fait que « l’université Cheikh Anta Diop de Dakar par exemple forme moins de 70 ingénieurs informaticiens par an contre moins de 10 pour l’UGB ; ce qui est insuffisant pour l’ensemble du marché ». Seydina Moussa Ndiaye est bien placé pour en parler ; lui qui mène parallèlement une carrière d’enseignant-chercheur à l’UGB 
et de responsable d’un certain nombre de programmes informatiques du ministère sénégalais de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Face à ces difficultés, le boss de SeySoo s’est souvenu que « l’union fait la force ». Aussi il a fait appel à des amis pour participer au challenge. L’un de ces associés n’est autre que Baïdy Thiongane, un ami d’enfance qui occupe les fonctions de directeur technique de la société. Il décrit Seydina Moussa Ndiaye comme « un têtu ». Et précise: « C’est une qualité dans le domaine professionnel. C’est un atout dont on a besoin pour surmonter les obstacles et relever les défis. » Une description qui convient parfaitement à Seydina Moussa Ndiaye qui convie les jeunes Africains à « croire en leurs idées », à rester sur le continent pour réaliser leurs rêves en veillant à « écouter ceux qui les motivent plutôt que ceux qui les découragent ». Car, dit-il, « on peut émerger même dans un environnement difficile ». Il en incarne la preuve.

Publié dans le numéro de Décembre 2015/ Janvier 2016


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