Rédigée le 16 Octobre 2015

Roulez tambours

Ils transmettent des messages que les vents portent loin et leur langage est universel. Rythme entraînant qui fait danser nos jambes, leur musique réjouit les cœurs.


Chronique parue dans le n° 28 de Forbes Afrique
Chronique parue dans le n° 28 de Forbes Afrique
Atumpan, tam-tam, djembé, tabla, bongos, steel-drum, odaïko, darbouka, cuica, congas, sabar… Leur nom, leur forme, leur taille et le son qu’ils émettent varient selon leur origine. Mais partout, le roulement du tambour annonce toujours un événement, une célébration, des cérémonies. D’une voix grave ou aiguë, il appelle et raconte les joies, les peines, la fierté, le courage, l’Histoire... Il se fait complice du danseur. Il s’anime sous les mains du virtuose pour offrir au public une performance d’une intensité hors pair. Parfois, le joueur de tambour devient une légende absolue. Le 
19 août dernier, l’une de ces étoiles s’est éteinte en la personne de Doudou N’diaye Rose.
Grand maître contemporain du sabar, né dans une famille de griots au Sénégal, ce fils d’agent comptable développe très jeune une passion intarissable pour les percussions. L’appel du sabar, si fort chez lui, le pousse à faire l’école buissonnière. Envers et contre tout, il préfère aller s’initier à l’art de faire parler les tam-tams. Au fil des décennies, il ne cesse de sillonner le Sénégal et l’Afrique à la recherche de rythmes authentiques. Il bouscule les tradi-tions et innove. D’abord, en créant un ensemble musical comportant un nombre inhabituel d’instruments. Sa rencontre avec Julien Jouga, le célèbre maître de chœurs, le mène à promouvoir les rythmes et chants traditionnels du Sénégal. A la de-mande du Président Senghor, il crée un nouveau rythme pour africaniser les majorettes.
Doudou N’diaye Rose participe aussi à la création de l’hymne national de son pays, contribue à l’essor du Théatre Daniel Sorano de Dakar, compose et joue la musique du défilé d’ouverture du Festival mondial des arts nègres (FESMAN) en 1966, 1977 et 2010. Professeur de rythme à l’Institut national des arts, chef tambour majeur du ballet national du Sénégal et batteur attitré de Mudra Afrique, l’école de danse lancée par Maurice Béjart et Germaine Acogny, Doudou N’diaye Rose compose également le générique du JT de la Radio télévision sénégalaise (RTS). 
Rien n’est impossible pour ce père de 42 enfants􀀁! En 1981, il va encore plus loin dans l’avant-gardisme 
en mettant sur pied Les Rosettes, premier groupe de percussionnistes féminines, avec ses quatorze filles et ses neuf belles-filles. C’est suite au film réalisé sur lui en 1984, par Béatrice Soulé et Eric Millot, que Doudou N’diaye Rose connaît une renommée internationale et enchaîne les tournées mondiales. Il défile sur les Champs-Elysées avec son groupe lors du bicentenaire de la Révolution française en 1989. Il reçoit nombre de décorations et de reconnaissances. En 1996, il crée le groupe Les Roseaux, avec ses petits-fils, afin de leur léguer sa passion et son art.
Doudou N’diaye Rose s’en est allé sans tambour ni trompette. Il nous laisse en héritage ses enfants, ses petit-enfants et les disciples qu’il a formés. «􀀁Roulez tambours􀀁»… Sur cet air d’Edith Piaf, rendons lui hommage.
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