Rédigée le 30 Novembre 2016

Qui connaît Lucy !

L’on se souvient de l’interjection sarcastique que lança Ségolène Royal alors candidate socialiste à l’élection présidentielle française de 2007. Elle visait Eric Besson qui, la veille encore, expert socialiste de la campagne de Royal, venait de rejoindre entre les deux tours le camp adverse et son champion Sarkozy. On imagine les sentiments qui animaient les amis « trahis », qui se consolaient vaille que vaille en disant que le félon était un illustre et inutile inconnu. « Qui connaît Besson ?», avait lâché Ségolène Royal.


Numéro 40 Décembre-Janvier 2016-17
Numéro 40 Décembre-Janvier 2016-17
Qui connaît Lucy ! Lucy est le nom donné au fossile australopithèque de trois millions d’années, découvert en Ethiopie en 1974 par une équipe de recherche internationale codirigée par le paléontologue français Yves Coppens. La petite histoire voudrait que cette dame doive son nom au hasard qui a fait que pendant qu’on la découvrait, la chanson des Beatles Lucy in the sky with diamonds passât
à la radio. Alors quelqu’un se serait écrié …: on l’appellera Lucy !
Cette anecdote paraît sans importance. Mais ne rejoint-elle pas le destin de beaucoup de merveilles africaines ! Il fut un temps où les trésors de l’art nègre étaient déportés systématiquement vers les collections privées et les musées occidentaux. On pourrait se réjouir qu’ils aient été sauvés d’une destruction presque inéluctable. Mais aujourd’hui, quelle oreille prête-t-on aux Africains qui réclament le retour de ces biens inestimables? Je me réjouis d’avoir interpellé les
offi•ciels français dans un livre sur le sort réservé aux restes de Saartjie Baartman et sur la réponse que l’on donnait alors au peuple sud-africain qui les réclamait… : « C’est propriété française». J’ai rappelé au ministre que les restes humains ne sauraient êtres propriété d’un état, comme explicitement énoncé dans les textes français. Mais je me réjouis surtout de la conclusion apportée à cette a™aire. Saartjie, dite Venus Hottentote à cause de l’exceptionnelle “callipygie” des femmes de son peuple, qui gisait en pièces détachées comme vulgaire cobaye dans des boîtes de formol, a été restituée à sa tribu pour être rendu à la terre. Le ministre m’a adressé une lettre d’excuse. Le grand homme ! Il en va de même pour Lucy. «… Bring back our girl! » Elle doit être restituée à sa réalité ; débarrassée de ce sobriquet circonstanciel et revêtue d’un nom plus digne d’elle, plus conforme à ses origines, qui mette en valeur la terre qui a eu le bonheur d’être son berceau. Je n’imagine pas qu’un nouveau Lascaux soit baptisé Makossa parce que le tube de Manu Dibango serait passé à la radio pendant les fouilles. Je ne souhaite pas qu’un fossile sibérien devienne Woyaya ou Shakara, parce que le découvreur serait un amateur de Arthur Garfunkel ou de Fela Kuti. Toumaï, le trisaïeul de Lucy, a eu plus de chance …: son nom correspond à la région tchadienne où il a été découvert. Ces restitutions que j’appelle de tous les voeux sont moins symboliques qu’il n’y paraît. Elles sont essentielles pour le développement de l’Afrique, processus qui commence par une reconstruction des identités nationales, étape qui a pour nom renaissance. Les nations africaines y sont en plein.
Découvrez le sommaire des derniers numéros du magazine

Inscription à la newsletter
Facebook