Que valent les agences africaines pour la promotion des investissements ?

Un peu partout en Afrique, des agences nationales pour la promotion des investissements ont vu le jour pour renforcer l’attractivité des pays concernés. Une intention louable mais quel est le bilan de ces structures étatiques ?


Destinées à attirer les investisseurs, notamment internationaux, les agences pour la promotion des investissements (API) font de plus en plus partie de l’arsenal économique mis en place par les états africains. Une démarche estimable quand on sait que nombre de pays du continent ont encore souvent un environnement peu propice aux affaires.
 
Le rapport Doing Business 2017, établi par la Banque mondiale, relève ainsi que quatre des cinq économies les moins accueillantes du monde sont africaines (Somalie, Erythrée, Libye, Soudan du Sud). Quant aux nations du continent les plus avancés en la matière (Maurice, Rwanda, Maroc, Botswana), aucune ne figure dans le TOP 40 mondial. Un constat sans complaisance qui rappelle encore un peu plus la nécessité de changer la donne au moyen d’outils étatiques appropriés.
 
Mais au-delà des effets de manche et des bonnes intentions affichées par les pouvoirs publics, les résultats obtenus demeurent souvent en deçà des attentes.

Faiblesses

Les API en Afrique, particulièrement dans la sphère francophone, semblent s’emmêler les pinceaux entre leur vocation principale, qui est de promouvoir leurs villes, leurs régions ou leur pays auprès des investisseurs étrangers, et les « guichets uniques » qui se limitent au cadre strict de la création d'entreprises. Plusieurs déclarations et des rapports rendus publics permettent de tirer la conclusion selon laquelle les instances dirigeantes de ces structures se penchent davantage sur les problématiques liées aux stratégies de simplification administrative pour la création d’entreprises, plutôt que de s’intéresser aux études de marché et de faisabilité pour faciliter l’accueil, l’orientation et l’encadrement des investisseurs
 
Autre handicap majeur : l’absence d’un réseau international d’agences de prospection ou de bureaux répartis à travers l’Asie, l’Europe et l’Amérique, qui seraient chargés de prospecter les investisseurs et d’organiser des voyages d’affaires.
 
« Notre agence ne dispose pas d’antennes extérieures permettant d’assurer un marketing de proximité », reconnait un haut responsable de l’ANAPI basée à Kinshasa (Agence Nationale pour la Promotion des Investissements), sous couvert de l'anonymat.
 
Le Burundi, dont le niveau d’IDE a également chuté de façon spectaculaire, doit aussi faire face à des problèmes financiers récurrents.
 
« Le Burundi est un petit pays assez peu connu des investisseurs étrangers. Des efforts énormes de promotion, de publicité et de marketing doivent être menés pour replacer notre Etat sur la carte du monde. Pour le moment, l’Agence Burundaise de Promotion des Investissements fonctionne avec des moyens extrêmement limités », explique Esaie Ntidendereza, chef de la Division stratégique « Promotion des Investissements ».
 
De même, l’insuffisance et la dégradation des infrastructures, les problèmes d'approvisionnement chroniques en électricité et l’étroitesse des marchés de consommateurs locaux font souvent figure de repoussoirs pour nombre d’investisseurs potentiels. Sans parler de l’instabilité politique ou de l’insécurité qui peuvent parfois régner dans les zones de conflit.
 
Plus anecdotique, mais révélateur de profondes insuffisances qu’ils restent encore à corriger,  nombre de sites web des API sont dépourvus de pages multilingues. Dans certains cas, ces plateformes numériques, de pays francophones notamment, ne sont même pas dotées de rubriques traduites en anglais ! Un comble à l’heure de la mondialisation. 
 

Bons élèves

Certains pays du continent ont néanmoins réussi à mettre en place des structures d’accompagnement aux investisseurs qui portent aujourd’hui leurs fruits. La mise en place du CEPICI (Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire) a pu ainsi produire les effets escomptés. Sur la période 2012-2015, les flux d'IDE ont augmenté de 30 %  alors qu’avant la création de l’agence- de 2009 à 2012-, les flux avaient accusé une baisse de 17%. Il convient toutefois de noter que la Côte d’Ivoire sortait alors d'une crise politique.
 
Calqué sur le modèle du Singapore Development Board, le Rwanda Development Board (RDB), né de la fusion entre une agence pour la création d'entreprises, un service dédié à la promotion des investissements et une structure d’accompagnement des PME à l’international, a quant à lui permis au pays des Mille collines d’améliorer considérablement son climat des affaires. Cet acteur public a d’ailleurs fait des émules presque partout en Afrique francophone.
 
La Tunisie a pour sa part très vite compris l’importance du Net dans sa stratégie de communication, avec un site web complet, doté de plusieurs sections et mis à jour régulièrement. Mais au-delà du cadre strict de l’aspect « digital », FIPA-Tunisia dispose également d’antennes déployées en Europe, au Qatar et en Turquie. En somme, d’une véritable force de frappe commerciale pour drainer des investissements étrangers.

Leçons venues d’ailleurs

En dehors du continent, à Singapour, l’EDB (Economic Development Board) a su tirer son épingle du jeu mieux que d'autres, en tenant compte pleinement des besoins et des attentes des investisseurs internationaux. Ces derniers disposent ainsi d’informations fiables et précises sur les conditions d’implantations d’une firme, les dispositions fiscales en vigueur réservées aux étrangers et les secteurs d’activité les plus porteurs à Singapour. Mais le bon fonctionnement du EDB tient également au fait que le conseil d’administration abrite en son sein des patrons de multinationales américaines, chinoises, japonaises, allemandes, britanniques, hollandaises et indiennes, très actifs dans le processus d’élaboration des politiques publiques visant à attirer les investissements étrangers vers la Cité-État. Une stratégie payante dont pourraient s’inspirer les API en Afrique.

Harley McKenson
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