Pourquoi le port d’Anvers va investir en Afrique de l’Ouest ?

Vers la fin de l’année 2016, le port d’Anvers a annoncé qu’il allait investir pour la première fois de son histoire dans une infrastructure maritime en Afrique de l’Ouest. Via sa filiale Port of Antwerp International (PAI), il a signé un accord avec la port Autonome de San Pedro en Côte d’Ivoire pour développer les capacités de ce dernier. Forbes Afrique s’est intéressé à cette coopération à venir.


Alors qu’elle n’a jamais été présente dans cette partie du continent auparavant, pourquoi la société portuaire anversoise a-t-elle décidée de se rapprocher de la Côte d’Ivoire et de vouloir investir, conjointement avec la firme belge active en Afrique Sea-Invest, près de 6 millions d’euros pour aider le port de San Pedro à faire croître son activité? L’un des éléments de réponse se trouvent certainement dans le chocolat.

Ce n’est pas un secret, les européens adorent ce produit. En effet, sur 10 les pays consommant le plus de chocolat au monde, 8 sont issus du vieux continent et certains sont voisins de la Belgique, comme l’Allemagne dont une personne mange 9.7 kilogramme en moyenne par an ou les Pays-Bas avec 4.7 kilogramme par tête d’habitant. De plus, c’est dans cette région du monde que nous trouvons aussi les plus gros producteurs et les plus gros exportateurs.

D’un point de vue des exportations, l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas se hisse aux trois premières places avec des parts d’exportations qui représentent respectivement 17.1%, 11% et 6,7% du total des exportations des produits chocolatiers à travers le monde, selon le classement du site « World Top Exports » publié le 30 novembre dernier. Quant à la production, Berlin et Bruxelles, qui sont les respectivement les 2èmes et 4èmes plus gros producteurs sur la planète,fabriquent des bouchées qui rapportent des dizaines de milliards de dollars à leurs industries. Dans le cas de l’Allemagne par exemple, on estime que la production chocolatière est un business qui pèse 10 milliards de dollars par an. Pas étonnant dès lors que les dirigeants de la PAI ont cherché à intensifier une collaboration avec un acteur majeure dans l’exportation d’un des éléments essentiels du chocolat, le cacao.

Considéré comme l’un des points les plus importants en matière d’exportation de fèves de cacao, le port de San Pedro des attributs à faire valoir. Entre 2014 et 2015 par exemple, l’exportation de« l’or brun » a connu une progression de 10,4% passant de 580.400 tonnes à 641.179 tonnes, selon de récentes statistiques douanières ivoiriennes. Toutefois, celui-ci a récemment atteint sa capacité maximale avec 4.9 millions de tonnes de marchandises traitées annuellement.

Dans ce contexte, les autorités portuaires ivoiriennes ont élaboré un vaste plan d’investissement qui consiste notamment dans la construction de terminaux polyvalents, l’extension du terminal de containers, la création d’une zone industrielle de 150 hectares et la mise en place d’une plate-forme logistique, dont l’édification débutera au début de cette année grâce à l’apport matériel des deux partenaires belges. Mais, est- ce que le cacao représente la seule raison ?

Le poids croissant de l’Afrique dans les échanges du port d’Anvers

Lors de l’année 2015, le port d’Anvers a, pour la première fois de son histoire, dépassé la barre de 200 millions de tonnes de marchandises traitées. Dans ce record, le continent africain a pris une place particulière avec des échanges s’élevant à 12% du trafic maritime, plus que le trafic chinois qui est pourtant un acteur global d’envergure dans le secteur du transport de bateaux. Sur les 24 millions de tonnes de marchandises traitées entre l’Afrique et Anvers, le Togo, l’Algérie et l’Afrique du Sud ont occupé respectivement les 1ères, 2èmes et 3èmes places du classement des plus importants partenaires commerciaux de la cité flamande et portent essentiellement sur les vracs liquides et les conteneurs.

Dans ce contexte qui a vu les échanges et plus particulièrement les importations en provenance d’Afrique augmenter à raison d’1% par an jusqu’en 2014, les leaders portuaires anversois ont lancé plusieurs initiatives visant à renforcer des liens économiques déjà existant avec le continent, comme le lancement récent du ‘Club Afric’ qui réunit des acteurs maritimes belges et africains ou l’apport de son savoir-faire dans le développement des ports congolais. Toutefois, Ils embrassent aussi une autre ambition, à savoir devenir un point de connexion maritime important entre l’Europe du Nord, le Québec ainsi que l’Amérique d’une part, et l’Afrique de l’autre.

L’investissement des dirigeants anversois à San Pedro n’est pas anodin. La ville côtière ivoirienne est considérée comme le premier exportateur mondial de cacao. De plus, Il traduit certainement une volonté de positionner le port flamand en tant que hub majeure pour la distribution et le transport d’une denrée nécessaire à la production d’un produit, le chocolat, dont le marché à encore des beaux jours devant lui en Europe. De plus, cet investissement traduit une volonté anversoise de se placer comme partenaire de choix entre plusieurs régions du monde désireuses de développer des relations commerciales avec l’Afrique. Peut-il y arriver ? Il est probable que oui car le port d’Anvers entretien des rapports économiques étroits et intenses avec le continent. Toutefois, ce statut n’est pas encore acquis car il devra faire face à la concurrence d’autres acteurs qui ont certainement le même objectif, comme le témoigne l’accord de partenariat signé en 2015 entre les autorités du port de San Pedro et ceux d’Amsterdam.

Szymon Z. Jagiello
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