L'éditorial de Steve Forbes

Pourquoi la « GOP-CARE » n'a-t-elle pas convaincu le public ?

le 31 Octobre 2017




Numéro 48, daté Octobre 2017.
Numéro 48, daté Octobre 2017.
Pourquoi les parlementaires républicains battent-ils l’air quand il s’agit d’abroger et de remplacer l’Obamacare ? Sur une question qui fut aussi décisive pour le parti républicain dans son accession au pouvoir au Sénat, à la Chambre des représentants sans parler de la présidence, pourquoi l’opinion publique leur fait-elle barrage? Cette loi adoptée il y a plus de sept ans s’était pourtant révélée d’emblée éminemment impopulaire.
    La réponse est simple. Le GOP [Grand Old Party, le parti républicain] a commis une bévue monumentale en laissant ses adversaires définir les termes du débat. Tout à coup, il s’est agi de savoir combien de millions de personnes seraient privés d’assurance maladie. Le public a fini par être convaincu que les républicains s’intéressaient avant tout à l’ampleur des malheurs qu’ils allaient infliger. En un rien de temps, les malades et les personnes souffrant d’affections chroniques se verraient privées de couverture, contraintes de faire le pied de grue dans des services d’urgence bondés, dans l’espoir d’obtenir de l’aide.
    A force de rabâcher son antienne sur les centaines de milliards de dollars qu’il extirperait de Medicaid [programme commun fédéral et national couvrant les frais médicaux des personnes aux ressources et revenus limités], le GOP n’a fait que renforcer l’impression générale selon laquelle l’Obamacare, aussi néfaste soit-elle, représentait une solution préférable à toute proposition républicaine. Voilà pourquoi tous les projets de loi présentés par le GOP ont fait pire que l’Affordable Care Act [l’Obamacare] en matière de suffrages.
L’état d’esprit avait changé : on parlait de réparer au mieux l’atrocité créée par Obama plutôt que de se montrer cruels et d’appauvrir des millions de concitoyens américains. Le GOP est devenu synonyme d’avarice.
     Les accusations lancées par les démocrates confinaient pour la plupart à l’absurde, mais elles avaient marqué les esprits. Ajouta à la confusion le «chiffrage» avancé par le Congressional Budget Office [le CBO, bureau du Congrès américain chargé d’évaluer l’impact budgétaire des textes soumis à discussion]. Un organisme dont les prévisions ne se sont jamais, de mémoire, avérées exactes et qui fourmillait de progressistes d’extrême gauche lorsque le Congrès était aux mains des démocrates. La loi adoptée par la Chambre des représentants et le projet de loi avancé par les leaders du Sénat ont tous deux empilé des milliards pour veiller à ce que les personnes atteintes de maladies chroniques ne soient pas exclues. Les questions de l’élargissement considérable de la couverture Medicaid voulu par M. Obama, et des enveloppes budgétaires versées par l’Etat fédéral pour soudoyer les Etats et les amener à se rallier au programme (couverture à 100 % jusqu’en 2016, diminution progressive à 90 % d’ici 2020) ont été abordées avec grande circonspection par les rédacteurs du Sénat.
     Mais même sur ce chapitre, les démocrates sont parvenus à amener quelques gouverneurs RINO (surnom employé pour désigner les membres plus modérés du parti républicain) à se faire leur porte-parole et l’écho de leurs offensives démagogiques.
    Medicaid est le régime d’assurance maladie le plus mal conçu du monde libre : si les dépenses sont sans mesure, les fruits récoltés sont pourtant désastreux pour les bénéficiaires. La seule façon de renverser la vapeur est d’accorder aux gouverneurs la souplesse nécessaire pour élaborer les réformes qui amélioreront la couverture – aujourd’hui, 30 % des médecins refusent tout nouveau patient relevant de Medicaid, car il leur faut attendre plusieurs mois avant de se voir – faiblement – remboursé. Si le Rhode Island, l’Indiana ainsi que d’autres Etats ont mis en oeuvre des ajustements bénéfiques, ils ont dû pour cela batailler contre les bureaucrates de Washington pour obtenir les «dérogations» nécessaires.
    La Maison-Blanche a attendu quelques jours à peine avant un vote du Sénat pour organiser un événement auquel étaient présentes quelques victimes de l’Obamacare – qui se comptent par millions. Et pourtant, on n’a vu ni diffusion massive de publicités ni campagne d’envergure sur les médias sociaux pour attirer l’attention sur la réalité des affres de l’Obamacare ou pour faire l’article des actions menées par le GOP. La guerre de la communication était terminée avant même d’avoir commencé. Et ne comptez pas sur les républicains pour faire mieux par la suite.

Les poltrons républicains

L’assurance maladie n’est pas l’unique chantier de grande ampleur avec lequel se débat péniblement le GOP. La fiscalité, étrangement, en est un autre. Lorsque les démocrates accusent les républicains de «servir les riches» avec leurs projets de réduction d’impôt, trop nombreux sont les membres du parti républicain qui verdissent, prennent peur et se mettent à couvert. Ainsi, parmi les nombreux impôts créés par l’Obamacare figurent des surtaxes sur les gains en capital et les dividendes, qui l’une comme l’autre entravent la création de capital et l’investissement productif. Sans investissements, point de développement, et les niveaux de vie stagneront avant de décliner. Les sénateurs républicains ont pourtant fait le choix de conserver ces prélèvements qui étouffent la croissance, craignant qu’on leur reproche de «privilégier les nantis».
    Depuis plusieurs années, certains républicains qui se prétendent «populistes» se sont faits les colporteurs de mesures censées servir les classes moyennes et les Américains à plus faible revenu, et, dans le même temps, ont étrillé «les riches» et pris de haut «les élites».
    La rumeur veut que les républicains comptent augmenter les taux de l’impôt sur le revenu des «très grandes fortunes» pour rallier les démocrates à leur cause et montrer aux électeurs qu’ils sont du côté de la classe moyenne. «Les progressistes de la Silicon Valley vont nous adorer», se prennent-ils à rêver.
    Triste constat pour un parti qui nous dit révérer Ronald Reagan encore aujourd’hui.
    Le président Reagan aurait eu des hauts le coeur devant cette position populiste. Il avait compris que les électeurs souhaitent voir leur économie prospérer et, dans son sillage, leur salaire augmenter. Ils se moquent éperdument que Bill Gates s’en sorte bien; ils souhaitent simplement qu’on garantisse la revalorisation soutenue de leur salaire net, et que les Etats-Unis redeviennent une terre dynamique d’opportunités.
    Les républicains sont stupides de jouer sur la jalousie entre les classes. Ils échoueront à tous les coups face aux Bernie Sanders et autres Elizabeth Warren. Les électeurs veulent des résultats et non une mouture républicaine du socialisme «light» [sorte d’Etat providence]. Si dans les mois à venir, on parvient à extirper l’économie de l’ornière dans laquelle elle s’enlise depuis une décennie, les gens n’auront cure des critiques teintées de «pseudo-marxisme» proférées par médias et démocrates.
    La recette de la prospérité est éprouvée : combiner des taux d’imposition plus faibles à une monnaie saine.
    Le GOP devrait faire fi de toute prudence et proposer une réforme fiscale assortie de réductions draconiennes. Faire chuter de 35 à 15 % le taux d’imposition sur les sociétés, un véritable tue-l’emploi. Il devrait s’abstenir de taxer les profits générés à l’étranger (les Etats-Unis figurent parmi les quelques pays ayant adopté ce système, ce qui explique pourquoi les entreprises américaines ont conservé plus de 2 000 milliards de dollars à l’étranger). Il lui faudrait doubler les exonérations pour les contribuables. Les républicains devraient instaurer une réduction générale d’au moins 10 % de l’impôt sur le revenu, à la manière des présidents Reagan et Kennedy. Et songer à sabrer la taxe sur les revenus du capital – une mesure qui permet toujours d’augmenter d’emblée les recettes.
    Autre point très important, le GOP doit faire en sorte que ces réductions aient un effet rétroactif au début de l’année 2017. Ce projet de loi de finances doit doper au plus vite l’économie américaine. Et ce ne serait pas du luxe si les Américains pouvaient obtenir un remboursement d’impôts substantiel en avril prochain.
    Le CBO poussera des cris d’orfraie en pointant du doigt le déficit budgétaire. Faisons la sourde oreille à ces paroles ignares. Seule une économie en plein essor permettra au GOP de véritablement résorber le déficit de l’Oncle Sam. Si les Etats-Unis avaient bénéficié d’une croissance économique normale ces dix dernières années, au lieu de ce ridicule taux inférieur à 2 %, le déficit budgétaire serait aujourd’hui inexistant.

La croissance accomplit des miracles

Voici ce que ces républicains, ô combien sensibles, devraient comprendre : qu’importent leurs actions, tant qu’ils ne capitulent pas totalement devant Elizabeth Warren, ils seront vilipendés comme les laquais de Wall Street, des grandes banques, des grandes entreprises et des riches. Prenez-en votre parti et faites ce qui est juste. Puis observez la dislocation du parti démocrate.
    Quant à la refonte radicale de l’impôt sur le revenu fédéral, n’y comptez pas. Il est trop tard.
    Vous avez commis deux graves erreurs. En premier lieu, vous vous êtes d’abord attaqués à la santé, aveuglée par la foi que vous accordiez aux prévisions de recettes présentées par le CBO. L’écrasante majorité des électeurs préférait voir la question de l’imposition traitée en priorité, mais après tout, qu’y connaissent-ils? Puis, vous avez été retardés par l’étrange obsession de Paul Ryan [le président républicain de la Chambre des représentants] pour l’instauration d’une taxe d’ajustement aux frontières de 20 % qui aurait éreinté les familles ouvrières qui, à chaque fin de mois, se démènent pour joindre les deux bouts.
    En conclusion, appliquez dès aujourd’hui les réductions fiscales les plus simples, et attaquez-vous à la grande réforme fiscale après les élections de mi-mandat prévues l’an prochain.


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Mardi 31 Octobre 2017 - 14:52 Bagages

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