Portrait

Pap'Amadou Ngom, des systèmes et des hommes

Par Par Gaston Kelman le 7 Novembre 2015


Pap’Amadou Ngom est président du Club du XXIe siècle, association de promotion de la diversité, et PDG de la société Des systèmes et des hommes, une entreprise de services informatiques qui emploie près de 200 consultants et ingénieurs en France, en Suisse et en Inde.



Crédits / Jean-Marie Heidinger
Crédits / Jean-Marie Heidinger
La petite cinquantaine, Pap’Amadou Ngom a conservé un enthousiasme juvénile et un physique longiligne. L’homme est né dans une famille de la bonne classe moyenne naissante, au lendemain des indépendances, de parents hauts fonctionnaires. Il les suit dans leurs missions en Tunisie ou en Yougoslavie. A 15 ans, il rejoint un internat français. « J’ai pu me responsabiliser assez tôt, rencontrer d’autres personnes, nouer des contacts. Cela m’a aidé plus tard en entreprise. » Il poursuit des études de gestion et de finance à la Sorbonne, tout en travaillant pour acquérir son indépendance financière. En fin de DEA, il travaille avec son ami Alain Goldman dans le secteur de l’informatique. « Le contexte était révolutionnaire, se souvient-il avec enthousiasme. En 1984, l’informatique quittait les sous-sols pour entrer dans les bureaux. Le PC a modifié le fonctionnement de l’entreprise. Comme c’était nouveau et un peu ludique, les grands responsables de département acceptaient sans difficulté que des jeunes, parfois des étudiants comme nous, leur en expliquent le fonctionnement. À 24 ans, je formais des directeurs. » Cette révolution a un double effet : bien lui faire connaître le milieu de l’informatique et fortifier son envie de devenir entrepreneur.

En 1987, ses études achevées, Pap’Amadou Ngom entre logiquement dans une entreprise Pap’Amadou Ngom Des systèmes, des hommes, et un modèle de réussite Par Gaston Kelman Pap’Amadou Ngom est président du Club du XXIe siècle, association de promotion de la diversité, et PDG de la société Des systèmes et des hommes, une entreprise de services informatiques qui emploie près de 200 consultants et ingénieurs en France, en Suisse et en Inde. d’informatique. Malgré des perspectives de carrière, il la quitte après trois ans pour fonder avec un ami Des systèmes et des hommes, société de services qui assure essentiellement de la formation. Ils sont trois, lui, 28 ans, son partenaire, aussi jeune, et une employée. « Aujourd’hui, nous sommes près de 200. Nous assurons le conseil et la mise en œuvre des systèmes informatiques dans les DRH, la comptabilité et les finances de grands groupes. » Des systèmes et des hommes compte trois filiales, une en France, une en Suisse et une en Inde, et un chiffre d’affaires de 18 millions d’euros en 2012. Si l’entreprise a connu de grosses difficultés lors de la crise française de 1996, elle reste aujourd’hui dans une croissance régulière avec une rentabilité de 6 à 7 %. En France, parmi ses clients, on peut citer Axa, BNP, Alstom, Schneider… En Suisse, elle travaille pour les Nations unies – OMC, OMS, OMPI – et les collectivités locales. Pour ce qui est de l’Inde, la relation est plus complexe. « Nos clients suisses recherchaient des possibilités d’exploitation offshore. Evidemment, nous avons pensé à l’Afrique. » Il se tait un instant, comme pour bien peser ses mots. « En offshore, le marketing pays est déterminant. Quand vous dites au client que votre offshore est en Inde, il trouve cela normal. Mais quand vous parlez de pays d’Afrique, on vous demande si vous êtes sûr de la stabilité politique, des questions d’énergie, de communication… »

Pas adapté aux PME

Justement, quel regard le chef d’entreprise porte-t-il sur l’Afrique ? « Nos services sont destinés à des entreprises avec des effectifs par centaines de milliers », ce qui n’est pas adapté aux PME africaines. « Mais nous étudions une offre destinée à des entreprises intermédiaires, de moins de 5 000 personnes. » Pap’Amadou Ngom pense que l’Afrique noire devrait se positionner plus efficacement sur le marché de l’offshore, générateur d’emplois. « Il faut que les gouvernements en soient conscients et fassent le nécessaire pour rendre leur pays attractif. » Néanmoins, l’homme se dit très optimiste. « Les capitaux considèrent l’Afrique comme un espace prometteur. La croissance est là, grâce au sous-sol pour certains pays. Mais ce qui est important, c’est que ces pays mettent en place des stratégies de développement sur le plan régional et mondial. » Le patron trouve que, malheureusement, à quelques exceptions près, on navigue au hasard des opportunités. « Il faudrait établir un plan détaillé, avec des étapes et une vision globale de son développement. » L’objectif doit être d’assurer une redistribution de la croissance. « Il faudrait que, à travers les infrastructures, l’éducation, la santé, la création d’emplois, toute la population sente que les dividendes du développement arrivent à son niveau. »

Quand on lui parle des relations entre la France et les pays africains, il commence par une anecdote. Au cours d’un sommet européen, un ministre allemand disait à son homologue français que l’intervention au Mali était dans l’intérêt de la France. « Le ministre français se confond en dénégation. La France aurait agi par humanisme. Pourtant, personne ne le lui demande. Pourquoi la France n’agirait-elle pas dans son intérêt ? » L’homme d’affaires pense que l’Hexagone doit banaliser ses relations avec les pays africains. « Parce que les jeunes générations africaines ne sont pas torturées par l’histoire, elles peuvent aider la France à se libérer de ses angoisses. » Au moment où la diaspora occupe une place de premier plan dans les projets africains de développement, Pap’Amadou Ngom, autant par son savoir-faire dans l’entreprise que par son engagement social – il préside le Club du xxie  siècle et est l’un des tuteurs de la première université privée de management au Sénégal –, est l’un de ces ambassadeurs dont la France et les pays africains auraient bien besoin pour des relations plus saines.


Dans la même rubrique :
< >

Mercredi 23 Novembre 2016 - 09:43 Dominique Siby, créateur de produits de luxe

Facebook



Découvrez le sommaire des derniers numéros du magazine


Inscription à la newsletter