La vie Forbes

Nice, capitale estivale de l’Art Contemporain Béninois

Par Harley McKenson le 16 Juin 2017


Située à Nice, la Villa Arson accueille du 4 Juin au 17 Septembre l’exposition « Stop Ma Pa Ta », une manifestation culturelle dédiée aux œuvres d’art du Bénin.



©Loïc Thebaud
©Loïc Thebaud
A Nice, les visiteurs auront le loisir de découvrir une multiplicité de formes d’expression réalisées par 14 artistes béninois, sous le thème de l’environnement, de l’urbanisme, des dérives de la surconsommation ou de la culture Vodun. Ces œuvres d’art sont magnifiées au sein de la Villa Arson, bâtie sur un lieu chargé d’histoire, riche par son patrimoine architectural et culturel aux influences italiennes du courant du XIXème, et redynamisé au début des années 60 sous l’impulsion d’André Malraux, ministre chargé des Affaires culturelles sous la présidence du général de Gaulle.

Le « Dîner des Fantômes » ; de Julien Vignikin. ©Justine Bosquier
Le « Dîner des Fantômes » ; de Julien Vignikin. ©Justine Bosquier
armi les jeunes talents béninois, Julien Vignikin nous fait partager son œuvre nommée le « Dîner des fantômes ». Pour réaliser sa création, il a eu la particularité de planter des clous dans une chaise et sur la quasi-totalité de la surface d’une table sur laquelle sont disposés une assiette et un verre vide, une image représentative d’une sous-alimentation chronique. Par cette représentation artistique susceptible de frapper les esprits des personnes les plus indifférentes aux causes sociales, ce diplômé de l’école des Beaux-Arts de Dijon souhaite dénoncer l’existence de la faim dans une grande partie de l’Afrique, et d’autre part la surconsommation et le gaspillage de la nourriture en Occident, ce qui a pour effet un accès inégal de l’alimentation entre le Nord et le Sud.
 
« Il existe une surabondance alimentaire au Nord et une famine ou une carence nutritionnelle au Sud » constate-t-il « La nourriture devrait être accessible à tout le monde ».

« La vie en filigrane. Où voulons nous aller » d’Edwige Aplogan. ©Loïc Thebaud
« La vie en filigrane. Où voulons nous aller » d’Edwige Aplogan. ©Loïc Thebaud
Edwige Aplogan incorpore dans sa démarche artistique un discours politique porté par un état d'esprit très activiste : Son œuvre « Bienvenue en Afrique-France » recouvre la façade et les murs intérieurs de la Villa Arson de drapeaux africains, symboles de l’indépendance politique, et revêt parallèlement les sols de billets de Franc CFA, la monnaie de 15 pays africains arrimée à l’Euro. Cette ancienne avocate prend en considération les aspirations extrêmement fortes des peuples africains estimant que le franc CFA constitue un frein au développement économique des Etats ayant adopté cette monnaie, et que la France, en tant qu’ancienne puissance coloniale, a une grande part de responsabilité dans la marginalisation des pays francophones de l’Afrique subsaharienne dans le commerce international depuis la date de leur indépendance. « J’ai puisé mon inspiration créative dans l’une des actualités brulantes du moment en Afrique », confie t’elle.

Article connexe :Détacher le franc CFA de l’Euro, une chance ou une catastrophe ?

« Dessins de la série Migrants » de Didier Viodé. ©Loïc Thebaud
« Dessins de la série Migrants » de Didier Viodé. ©Loïc Thebaud
A travers cet « aménagement artistique », Edwidge Aplogan pose directement la question de la réelle souveraineté économique et monétaire de ces états africains.
Sans jamais chercher à tomber dans la compassion excessive ou à culpabiliser les opinions occidentales, Didier Viodé veut toutefois faire prendre conscience, à travers ses « Dessins de la série Migrants » du fait que de centaines de milliers d’Africains prennent le chemin de l’exil dans des conditions abominables.

« Le Bonheur » d’Euloge Glèlè. ©Loïc Thebaud
« Le Bonheur » d’Euloge Glèlè. ©Loïc Thebaud
« La plupart des Africains n’abandonnent jamais leur pays par plaisir. Ils le font pour fuir la guerre ou la misère », explique-t-il.
 
Dans sa démarche artistique, Didier Viodé s'offusque aussi qu’un occidental travaillant à l’étranger pour offrir à sa famille et à lui-même un cadre de vie meilleur, soit qualifié « d’expatrié » alors qu’un africain sera lui qualifié de « migrant ». Les Béninois sont fiers de leur identité culturelle et plusieurs d’entre eux, exerçant en tant qu’artistes, trouvent leur inspiration dans les divinitésdu culte Vodun ou pour façonner leurs sculptures, à l’instar d’Euloge Glèlè, un descendant des rois d’Abomey.

L’exposition « Stop Ma Pa Ta » n’est pas une initiative
isolée. On peut désormais parler de véritable montée en puissance de la représentation de la création béninoise.Grace aux efforts sans relâche menés par le galeriste Robert Vallois pour faire rayonner les artistes de ce pays, le Château de Tanlay avait déjà rendu hommage, l’été dernier, aux grands noms et aux jeunes espoirs de la scène artistique béninoise.
 
A lire aussi : L’Art contemporain béninois à l’honneur au Château de Tanlay

Une œuvre de Kifouli Dossou, représentant une scène de la vie quotidienne. ©Justine Bosquier
Une œuvre de Kifouli Dossou, représentant une scène de la vie quotidienne. ©Justine Bosquier
Cet événement est une occasion unique pour les passionnés et les novices en la matière, qui souhaitent passer un agréable moment en période estivale dans la ville de Nice, de se faire une idée de la diversité de la création contemporaine africaine et de découvrir des œuvres d’une qualité exceptionnelle réalisées par d’autres artistes béninois tels que Kifouli Dossou, imprégné du culte Gélèdé qui rend hommage au rôle des femmes dans l’organisation sociale parmi le peuple Yoruba, Daavo qui sensibilise le grand public sur les conséquences d’une urbanisation sauvage par le biais de maquettes conçus à partir de matériaux de récupération ou Prince Toffa, qui défile dans des costumes faits de matières recyclés (boites de conserve vides, canettes,capsules etc..), effigies d’une mondialisation soutenue par des multinationales occidentales qu’il fustige ardemment pour leur volonté d’imposer leur modèle de consommation à l’ensemble du continent africain.

INFOS PRATIQUES :

Exposition « Stop Ma Pa Ta » du 4 Juin au 17 Septembre 2017
Ouvert tous les jours de 14h à 18h (de 14h à 19h en juillet et août) sauf le Mardi.
Exposition ouverte le 14 Juillet 2017.
Entrée libre.
Villa Arson, 20 avenue Stephen Liégeard – Nice
Visite accompagnée : RDV / Point de vue tous les jours d’ouverture à 15h.
Informations et réservations pour les visites de groupes et les ateliers jeune public :
Tel : +33(0)4.92.07.73.84
servicedespublics@villa-arson.org


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