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Morocco Today Forum : focus sur l’entreprenariat social

Par Szymon Jagiello le 24 Juillet 2017


Organisé sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Morocco Today Forum (MTF) s’est focalisé cette année sur l’entreprenariat social. La Directrice scientifique du MTF, Bouchra Rahmouni-Benhida, rencontrée à Casablanca, revient sur l’évènement pour Forbes Afrique.



Bouchra Rahmouni-Benhida (deuxième en partant de la gauche), Directrice scientifique du Morocco Today Forum (MTF) lors d’un panel du MTF.
Bouchra Rahmouni-Benhida (deuxième en partant de la gauche), Directrice scientifique du Morocco Today Forum (MTF) lors d’un panel du MTF.

Pourquoi avoir choisi la thématique de l’entreprenariat social ?

Bouchra Rahmouni-Benhida : Parce qu’elle fait résonnance aux discussions qui se sont déroulées lors de la COP 22, organisée au Maroc en novembre 2016. Les débats ont notamment porté sur les alternatives au modèle économique dominant, de façon à encourager une autre manière d’entreprendre qui allie rentabilité, utilité sociale et protection du climat. Une manière qui place l’humain, la solidarité et l’environnement au cœur de tous les projets. Autant de caractéristiques propres à l’entreprenariat social et qui feront l’objet d’une réflexion approfondie dans le cadre du «Casablanca Institute for Positive Peace and Inclusive Prosperity (CIPPIP)», un think-tank lancé avec l’aide du Groupe médiatique le Matin.

Une étude de la Banque africaine de développement (BAD) mentionne qu’en Afrique, « la plupart des entrepreneurs sont davantage motivés par la nécessité que par les opportunités.» Pourquoi ?

B.R.B. : Tout d'abord, il importe de définir au préalable les deux grands types d’entrepreneuriat. Grosso modo, il existe en effet un entrepreneuriat de nécessité et un autre, plus orienté sur les opportunités. L’entrepreneuriat de nécessité concerne des individus poussés à créer leur propre emploi pour trouver une source de revenus tandis que l’entrepreneuriat d’opportunité correspond à des projets dotés d’un fort potentiel de développement et initiés par des individus très motivés pour les concrétiser.Sans aucun doute, la plupart des entrepreneurs en Afrique aujourd'hui sont davantage motivés par la nécessité que par les opportunités. L’Afrique a néanmoins besoin de beaucoup plus d’entrepreneurs motivés par des opportunités, à savoir des individus qui innovent afin de mettre pleinement à profit des opportunités de marché.

Des obstacles demeurent néanmoins. Comment surmonter ces barrières ?

B.R.B. :Pour assurer un climat propice au développement de cette forme d'entrepreneuriat, plusieurs mesures devraient être prises. Je pense qu’il s’avère nécessaire d’inciter les pouvoirs publics et les représentants du secteur à tout faire pour aider ce formidable mouvement à se développer, à différentes échelles, locales et nationales. Il est important d’instaurer un partenariat solide dans un esprit de complémentarité afin d’assurer la cohérence entre les initiatives du secteur privé, du secteur public et de la société civile. De plus, il faut créer un levier qui permet de changer la mentalité des citoyens pour créer de la valeur sociale et inclusive d’où la nécessité de  privilégier l’apprentissage de la culture entrepreneuriale dès le très jeune âge et de la culture de la cohésion sociale.

Dans les panels du Forum, il a été fortement question de la nécessité de l’émergence d’un écosystème propre à l’entreprenariat social. Quels sont les éléments qui seraient susceptibles de contribuer à l’émergence de cet écosystème ?

B.R.B. : Il faut en premier lieu une collaboration institutionnelle, autrement dit,  il faut qu’on arrive à établir une équivalence entre les différents maillons de la chaîne de l’entrepreneuriat social -la société civile ; les acteurs publics ; les entreprises opérant dans le secteur privé- et la capacité de construction, de façon à assurer un climat propice au développement de cette forme d’entrepreneuriat.

Quels rôles les secteurs publics et privés peuvent-ils jouer dans le développement de cet écosystème ?

B.R.B. : L’entrepreneuriat social ne peut pas se développer sans l’appui du gouvernement
et de la société civile, il faut l’appui de tous. Société civile, acteurs publics et entreprises opérant dans le secteur privé doivent conjuguer leurs efforts afin d’assurer un climat propice au développement de cette forme d’entrepreneuriat. En effet, les entités de la société civile sont appelées à appuyer et soutenir les plans et les stratégies du gouvernement. Il en va de même pour le gouvernement. Par ailleurs, le recours aux partenariats public-privé est nécessaire. Il permettrait notamment  d'encourager l'esprit entrepreneurial chez les jeunes, de faciliter l'accès au financement et d’alléger la fiscalité ou encore de simplifier les procédures administratives et réglementaires, pour ne citer que ces éléments. Enfin, le secteur privé doit aussi faire preuve de mécénat de compétences, les responsables des petites et moyennes et grandes entreprises doivent donner de leur temps aux jeunes en vue de les accompagner sur la voie de la réussite de leurs projets et en vue de leur servir de modèle. Il est notoire qu’un modèle reste toujours une source d’inspiration et un levier de motivation.

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