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Marie-Clarisse Bonzia, la « CongoPreneuse » qui veut promouvoir une chikwangue de qualité dans les assiettes parisiennes

Par Harley Kenguéléwa le 21 Juin 2016


Alors que les consommateurs se tournent de plus en plus vers le discount, Marie-Clarisse Bonzia, une Congolaise de 48 ans, veut surfer sur l’excellence et l’authenticité dans la commercialisation des chikwangues.



Marie-Clarisse Bonzia, la « CongoPreneuse » qui veut promouvoir une chikwangue de qualité dans les assiettes parisiennes
Marie-Clarisse Bonzia, mère de deux filles, est l’exemple parfait de la battante fonceuse, confortant au passage la conviction selon laquelle il n’y a pas d’âge pour entreprendre. Elle lance le projet Chic-Kwanga – Chic pour associer l’idée de raffinement au « Kwánga », qui signifie chikwangue en lingala : un aliment à base de manioc moulé dans des feuilles de bananier et cuit à l’eau, qui se consomme entre autres en accompagnement de viandes et sauces, et est particulièrement apprécié en Afrique centrale.
 
Issue d'une fratrie de 6 enfants, cette entrepreneuse est née d'un père agriculteur et d’une mère commerçante, à Brazzaville où elle a passé toute son enfance et son adolescence. Au cours de ses études secondaires, elle se prend à rêver d’une carrière juridique. Mais ses parents estiment que leur progéniture peut faire mieux que de se lancer dans le métier d’avocat – une profession pourtant prestigieuse, et aspirent plutôt à ce qu’elle devienne expert-comptable. Contre son gré, Marie-Clarisse Bonzia intègre donc le Lycée technique du 1er mai situé dans la capitale politique et administrative congolaise, où elle obtient le Baccalauréat G2, équivalent de l’actuel Bac STMG (sciences et technologies du management et de la gestion), option gestion et finance. Titulaire en 1995 du diplôme d'études supérieures en management, finances et comptabilité aux Hautes études commerciales du Congo, elle décroche cinq mois plus tard un poste de commerciale chez Saint-Jean Communication, une entreprise spécialisée dans la fabrication de panneaux publicitaires où elle se sent plutôt à l’aise.
 
Déjà passionnée par l’entrepreneuriat, elle envisage de créer une société agroalimentaire qui fournirait tous les marchés de Brazzaville en légumes jugés trop rares et trop chers. Malheureusement, ce projet ne verra jamais le jour, car le Congo s’enlise entre temps dans une grave guerre civile. Contrainte de fuir son pays, Marie-Clarisse Bonzia rejoint le père de ses enfants à Soisy-sous-Montmorency en Ile-de-France, en décembre 1998.
 
C’est pour elle le début d’un véritable calvaire professionnel, où elle enchaîne les petits boulots payés bien en-deçà du minimum syndical : équipière de vente dans quelques grandes surfaces, préparatrice de commande etc. Gagnée par la lassitude, elle décide d’arrêter ces « jobs d’appoint » pour reprendre le chemin de l’école, et s’inscrit au CFAS Institut pour parfaire ses connaissances en comptabilité, en vue de s’adapter aux exigences réglementaires françaises, ce qui lui permet d’occuper à partir de 2002 divers postes administratifs dans le monde associatif, où elle apprend à travailler en équipe et se familiarise avec d’autres aspects du management.
 
Victime d’un licenciement économique en 2013, elle se consacre alors pleinement à sa passion. Adepte des cuisines du monde et amatrice de bonne chère, elle ne renie pas pour autant la richesse et les saveurs de son héritage culinaire. Elle affectionne particulièrement la chikwangue, un met consommé notamment au Congo-Brazzaville, en RD Congo, en Centrafrique et au Cameroun… mais déplore que celles qu’elle se procure chez l’épicier de son quartier ou dans les magasins d'alimentation « exotique », ne semblent pas conçues dans des conditions de salubrité et de conservation optimales. Elle fait le même constat lorsqu’elle assiste de temps à autre à des buffets ou des cocktails dînatoires au cours desquels des chikwangues sont proposées.
 
Un état des lieux bien décevant pour Marie-Clarisse, qui confie avoir « été élevée dans le respect de la valorisation d’ingrédients frais, sains et de bonne qualité ».
 
C’est de là que part l’idée de concevoir et d’écouler sur le marché européen des chikwangues pour la pléthore d’amateurs de cuisine africaine. Toutefois, la concurrence est rude, d’autant qu’il faut tenir compte d’un marché parallèle dynamique, extrêmement difficile à estimer. Afin de se démarquer de la multitude d’acteurs opérant déjà dans ce commerce, y compris ceux présents dans le secteur informel, elle fait le pari de tout miser sur la démarche-qualité : les chikwangues sont ainsi méticuleusement contrôlées durant toutes les phases de la production, en conformité avec l’hygiène alimentaire préconisée par les normes en vigueur, ce qui permet d’offrir à la clientèle un standard de qualité élevé dans un emballage garantissant une durée de conservation plus longue.
 
Marie-Clarisse Bonzia décide alors d’incuber son projet Chic-Kwanga − Chic chez Résonances Nord-Sud, une structure d’incubation et d’accompagnement des entrepreneurs ancrée sur le double territoire Île-de-France et Afrique, afin de bénéficier de conseils et d’expertise. Le succès ne se fera pas attendre longtemps, et le bouche à oreille fonctionne si bien chez les restaurateurs et les traiteurs implantés à Paris que son activité tourne désormais à plein régime.
 
La poussée d'adrénaline que lui ont procuré l’obtention de ses deux trophées (le label « catégorie création » au sein de Résonances Nord-Sud en 2015 et, plus récemment, le prix She for Africa du concours ABC Innovation en 2016), lui  a donné envie de poursuivre son aventure entrepreneuriale. A l’issue de la période d’incubation de son projet, elle compte relever un défi de taille, à savoir approcher les instances françaises de certification et de contrôle dans le but d’obtenir une mention valorisante sur ses produits. Un tel label apposé sur les chikwangues permettrait aux consommateurs d’avoir la garantie d’une qualité gustative supérieure à celle d’un produit « lambda ».
 
Aujourd’hui, Marie-Clarisse Bonzia ne regrette pas d’avoir emprunté ce chemin. Quant à son rêve d’autan de devenir juriste, elle le vit par procuration à travers l’un de ses filles, Edith-Deborah, qui mène des études de droit.
 
 
 
 
 


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