Portrait

Mamadou Sakho, fondateur de la plateforme écologique Janna

Par FLEUR-JENNIFER NTOKO MOUSSIO le 22 Juin 2017


Mamadou Sakho est devenu incontournable lorsqu’il s’agit d’écologie au Sénégal. A seulement 32 ans, il est le CEO de Janna, une plateforme qui a pour vocation de devenir le site écologique de référence au pays de la Teranga. Entretien avec un entrepreneur ambitieux.



Mamadou Sakho.
Mamadou Sakho.

Janna, une plateforme multi-services

C’est en 2015, avec 20 000 euros en poche, obtenus en économisant et en empruntant à un ami qui croyait en son projet, que ce jeune diplômé d’un Master en gestion des entreprises de l’IDRAC à Lyon (France) a décidé de monter sa boite. La structure, dont les activités ont commencé au cours du deuxième semestre 2016, est composée de plusieurs pôles distincts. L’entretien paysager, département principal, est développé majoritairement grâce aux vacataires et journaliers dont le nombre évolue selon les missions. Ces agents, diplômés de l’école d’horticulture de Dakar, travaillent à entretenir les espaces verts d’une quinzaine de clients réguliers et d’une vingtaine d’occasionnels. La commercialisation de produits annexes, tels que des cache-pots en wax ou des mangeoires pour oiseaux, est une branche que le jeune chef d’entreprise tient à enrichir dans les prochaines années.

D’ici à 5 ans, Janna prévoit de développer ses services et obtenir une centaine de clients fidèles, créant ainsi un chiffre d’affaires d’environ 50 millions de francs CFA pour cette seule activité de jardinage. La société vise également les clients professionnels. En lien avec plusieurs agences immobilières bien implantées, Janna obtient de nouveaux clients particuliers et professionnels par ce biais de mise en relation. Ce dernier marché lui rapporte en moyenne 800 000 CFA par contrat. Depuis le début de son exploitation, OLAM est son principal client professionnel. Le groupe a fait appel au savoir-faire de Janna pour donner une nouvelle allure à tous ses espaces verts.

L’influence de Janna s’étend également au domaine éducatif. Au travers le livre « La terre des enfants », co-écrit avec Ngoné Hélène Diop, Mamadou Sakho  fait «  un appel à la fraternité, pour lutter pour une cause qui nous concerne tous », explique-t-il. Vendu 10 000 CFA, l’objectif de Mamadou Sakho est d’écouler 300 000 exemplaires. Un projet prometteur qui verra certainement le jour maintenant que le Ministère de l’éducation sénégalais a validé la démarche et que plusieurs librairies, Harmattan, le musée de la femme ou encore Didactika s’intéressent à la commercialisation de celui-ci.

La commercialisation de vêtements représente aussi une partie du volet artistique. Le logo, simple mais éloquent, représente deux feuilles entrecroisées qui forme un « V » la première lettre du nom de la marque « Vert ».  De plus, Janna Entertainement a produit un court métrage intitulé « Green Movie », qui prône une vision urbaine et moderne de la prise de conscience du drame écologique. Le film a rencontré un franc succès lors de sa projection officielle, sponsorisée par le groupe Eiffage, le 24 février dernier.  Sur cette lancée, le pôle divertissement compte réaliser d’autres vidéos afin de poursuive la sensibilisation.

Elaboration d’actions de proximité

Parti de rien pour monter son entreprise, Mamadou Sakho a toujours eu en tête de rentrer vivre et entreprendre au Sénégal, son pays d’origine. Bien que les débuts de son périple aient été difficiles- « j’ai eu une première expérience sur le continent qui n’a pas été concluante », explique t’il-, son envie de se lancer dans le bain de l’entreprenariat est venu du constat qu’il y était difficile de trouver un emploi.

Concevoir et faire vivre le continent, c’est ce à quoi s’attèle le chef d’entreprise : « l’Afrique regorge de jeunes talents qu’il faut mettre en avant et c’est aussi le but de Janna. » Une partie de la conception des vêtements de la marque est ainsi réalisée au Sénégal. De même, la production et la réalisation de son court-métrage a été faite grâce à une équipe de jeunes sénégalais.  

Autre projet qui lui tient à cœur, avec son ami d’enfance et acolyte Ibrahim Konté, Mamadou Sakho s’est évertué à électrifier le village de Maradan, au sud du Sénégal. Après une campagne de crowdfunding et un complément en fonds propres, ils ont réussi à apporter des kits solaires et des lampes de la marque Nadji Bi « made in Sénégal » à toute la population du village.

Le CEO de Janna s’applique à effectuer des actions de proximité auprès des jeunes et des moins jeunes. Sponsor de l’équipe de basketball de Mermoz, l’un des plus anciens clubs de Dakar, les joueurs ont pour devoir de penser écologie au quotidien. Par ce biais, ils doivent soit se fournir en lampes écologique, faire le tri sélectif des ordures ou encore se mettre au co-voiturage. En distribuant gratuitement des poubelles aux anciens des quartiers et aux commerçants principaux de la capitale, Mamadou assure une sensibilisation auprès d’un large public.

Un précurseur

Le choix du nom parle de lui-même. Janna, une contraction des prénoms de ses grand-mères, a pour signification jardin ou encore paradis. Un jardin où Mamadou Sakho sème un grand nombre de graines pour voir germer une mentalité responsable écologiquement. Pas étonnant dès lors que ses prises de position aient été saluées par les conseillers du président sénégalais Macky Sall. En effet, son action aide à la vulgarisation d’un mode de pensée peu répandu et l’entreprise dépoussière l’image de cet univers manuel qu’est le jardinage tout en lui apportant une dimension professionnelle. Au final, en inversant la dynamique d’une société africaine tributaire des avancées écologiques occidentales, Janna se positionne sur un créneau peu exploité et parfois dénigré sur le continent.



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