Rédigée le 30 Novembre 2016

Le secret des milliardaires ? Un bon monopole

A tous les ambitieux qui liront ces lignes, une bonne nouvelle : devenir millionnaire en Afrique n’a jamais été aussi facile.


Numéro 40 Décembre-Janvier 2016-17
Numéro 40 Décembre-Janvier 2016-17
Portés par la croissance des dernières années, les détenteurs de patrimoine à neuf chiffres (en dollars) seraient aujourd’hui 165000 sur le continent, selon le dernier décompte de l’Africa 2016 Wealth Report établi par le cabinet New World Wealth. Presque trois fois plus qu’en 2000. Quant aux facteurs décisifs pour parvenir un jour à ce niveau de fortune respectable, ils sont connus† : bien gagner sa vie, épargner avec discipline et redéployer de manière opportune ses économies dans des investissements profitables. Tout est dit. Mais si le confort bourgeois d’une vie de millionnaire vous semble un tantinet modeste et que vous visez plutôt les yachts, les jets, les tableaux de Van Gogh et les îles privées aux Seychelles, autant le dire tout net, ces recettes de bon père de famille ne suffi–ront pas.
Alors, quel est le secret des milliardaires ? La jouissance d’un monopole. Et de préférence sur un très gros marché. C’est en tous cas la thèse défendue avec brio par Sam Wilkin dans son essai Wealth Secrets- How the Rich got Rich (Les secrets de la richesse-comment les riches sont devenus riches). L’auteur, quiconnaît bien l’univers des hyperriches pour avoir côtoyé un certain nombre d’entre eux, explique ainsi qu’à la base de toute grande fortune, il y a souvent le bénéfice d’une position dominante, dissimulée ou non. Une affi–rmation osée, mais qui semble se vérifier parmi nombre de milliardaires actifs sur le continent. A commencer par le nigérian Aliko Dangote (12,9† milliards de dollars), première fortune continentale. Sa réussite extraordinaire, il la doit à une stratégie très simple† : obtenir du pouvoir politique une protection douanière de ses activités, et viser ensuite l’hégémonie. Dans le secteur du ciment par exemple, coeur ultraprofitable (jusqu’à 50†% de marge bénéficiaire) de l’empire Dangote, le groupe contrôle plus de 60†% des ventes nigérianes de ciment contre 30†% pour son rival LafargeHolcim. Une entreprise qui, du reste, a parfois dû subir les tactiques discutables du leader du marché ; comme en 2014, quand le Nigérian est temporairement parvenu à faire interdire le ciment fabriqué par Lafarge, en faisant modifier en sa faveur les standards de qualité. La première fortune du continent n’est cependant pas la seule à profiter à plein de son pouvoir de marché écrasant. Dans le domaine de la logistique, l’homme d’affaires français Vincent Bolloré (4,8 milliards), très actif en Afrique, bénéficie également d’une position de quasi-monopole sur les ports du golfe de Guinée. Une position très avantageuse et qui explique en grande partie le rôle de vache à lait des filiales africaines au sein du groupe (un quart du chiffre d’affaires, mais les trois quarts des profits réalisés !). Et quand on ne peut viser la suprématie, il paie de savoir s’entendre avec son principal concurrent. Tant que l’essentiel est conservé –†de bonnes marges†–, nul besoin en effet de se bagarrer. C’est la stratégie qu’a longtemps adoptée le brasseur Pierre Castel (10,1†milliards de dollars) avec le Sud-Africain SABMiller et qui lui a entre autres permis de défendre, sans trop de di–fficultés, son pré carré en zone francophone. Une formidable ironie quand on sait que nombre de thuriféraires de ces capitaines d’industrie font l’apologie de la concurrence parfaite ! Mais les principaux concernés, eux, le savent†: moins il y aura de compétition et plus il y aura de profits. Et tant pis si cela va à rebours du discours politiquement correct. C’est ainsi qu’on bâtit dans la durée des empires financiers. †
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