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Le plus grand rendez-vous africain de l’entrepreneuriat

Par MICHAEL TOBIAS le 30 Octobre 2017


Ils étaient près d’un millier de jeunes entrepreneurs, venus d’une cinquantaine de pays africains, âgés de 18 à 35 ans, plein d’enthousiasme, d’énergie, d’imagination, d’ambitions et d’appétit. Ces jeunes hommes et jeunes femmes avaient rendez-vous à Lagos, la capitale économique du Nigéria, le 13 et 14 octobre dernier, à l’invitation de la Fondation Tony Elumelu (TEF), à l’occasion de la 3ème édition du TEF Entrepeneurship Forum 2017.



Tony Elumelu entouré des lauréats de sa Fondation
Tony Elumelu entouré des lauréats de sa Fondation
« Le développement de l’Afrique, le type de développement je souhaite voir, qui doit être réalisé par le secteur privé, tiré par l’entreprenariat et qui va déboucher sur la libération économique du continent, sera l’œuvre de jeunes et dynamiques entrepreneurs africains et le fruit de la transformation de leurs idées ». Ces propos de Tony Elumelu, milliardaire et philanthrope nigérian résument parfaitement l’état d’esprit qui a soufflé dans l’enceinte de l’auditorium du Law School de Lagos où s’est tenu la 3ème édition du Entrepreneurship Forum organisé par Tony Elumelu Foundation (TEF). L’endroit vibrait de l’enthousiasme de ces jeunes créateurs de startup, qui avaient en commun de partager l’ambition de construire, de transformer et de développer l’Afrique.

Tony Elumelu Chairman, UBA
Tony Elumelu Chairman, UBA
C’est en 2015 que l’homme d’affaires nigérian, CEO de Heirs Holding et Chairman de UBA (United Bank for Africa) a engagé sa fondation dans un programme aussi ambitieux qu’inédit : investir 100 millions de dollars sur 10 000 jeunes entrepreneurs africains sur une période de 10 ans avec pour objectif de réaliser, à terme, 10 milliards de dollars de revenus pour le continent et créer un million d’emplois. « Nous voulons mettre en incubation une nouvelle génération, soutient Tony Elumelu, de sorte que ces jeunes femmes et jeunes hommes, deviennent eux-mêmes des catalyseurs d’une croissance activée par l’entreprenariat ». L’état d’esprit positif et l’enthousiasme de ces jeunes qui ont embrasé les travées de l’auditorium, ont été rythmés par les moments forts du Forum. Ainsi de la table-ronde sur le thème de l’Africapitalisme. Selon cette philosophie développée par le milliardaire nigérian, « le secteur privé et en particulier les entrepreneurs doivent être les catalyseurs du développement social et économique du continent ». La session malgré un intitulé qui aurait pu faire penser à un débat théorique a été plutôt très concrète, avec par exemple l’intervention de l’homme d’affaires Kola Karim, patron de Shoreline, qui opère dans le secteur pétrolier au Nigéria. Sur le panel se trouvaient notamment le professeur américain David Rice, Edward Kallon, le représentant résident des Nations Unies. Témoignages, conseils, encouragements ont ponctué les interventions auxquels les jeunes ont réagi par de nombreuses questions.
L’un des grands rendez-vous annoncé aura été le panel qui a vu l’intervention d’Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique. L’homme a raconté son histoire mais surtout, il a détaillé la vision panafricaine de son groupe après avoir été introduit par Lionel Zinsou, l’ancien premier ministre béninois.
Entre 2015 et 2017 le programme de la Fondation Tony Elumelu a permis de toucher 158 000 entrepreneurs. 3000 ont été sélectionné et intégré dans les sessions de formation, reçu l’accompagnement d’un mentor et obtenu un financement initial de 10 000 dollars. Parmi les 1000 retenus dans la promotion 2017, on compte 61% d’hommes et 39% soit une progression de 3% chez le genre féminin. 29% des projets sélectionnés viennent du secteur agricole, 11% des TIC, 9% du secteur manufacturier, 9% de l’éducation et de la formation et 7% de la mode, pour ne citer que ceux-là.

Emmanuel Boris et son associé, co-fondateurs de Coredoo Sarl.
Emmanuel Boris et son associé, co-fondateurs de Coredoo Sarl.
Parmi les jeunes entrepreneurs qui ont fait le déplacement de Lagos, le camerounais Emmanuel Boris Melong, 25 ans, créateur avec son associé Berand Bissaï, 24 ans, de la société Coredoo Sarl qui a mis au point une application permettant de commander des repas à des restaurants sans se déplacer. « Le soutien de la Fondation au-delà du financement initial m’a avant tout été utile pour l’accompagnement à travers la formation, explique Emmanuel Boris. Ce training est déterminant, car non seulement il m’a permis de gagner confiance en moi, de savoir comment discuter avec des partenaires, notamment financiers, mais surtout il m’a aidé à avoir une vision claire de notre stratégie de développement. Et puis la fondation vous intègre dans un écosystème qui est un puissant network. L’apport du mentoring est également capital. Finalement au-delà des 10 000 dollars de seed funding que nous recevons, ce qui est déterminant c’est que tout l’accompagnement et l’encadrement qui nous est proposé ».
Etim Uwem, lui est un des 57% de nigérians sélectionnés dans le programme de la fondation. Il a lui aussi créé une société dans le secteur des TIC, AnkkleAPP qui a mis au point une application pour les médias. « Nous avons développé un algorithme qui entre autre fonctionnalités, permet aux éditeurs, en fonction de leur cible et leur positionnement, de savoir avec précision, quelles sont les sujets accrocheurs qui peur permettraient de réaliser les meilleures ventes ou d’avoir un plus grand taux de fréquentation sur internet ». Etim a également mis au point un service – bloogeeria.com -  qui permet aux acteurs de e-commerce (boutiques, restaurants, artisans, etc) ainsi qu’aux bloggers de booster le taux de fréquentation de leurs sites web.
 

Cynthia Nwachuku, propriétaire de la boutique Zips & Buckles à Lagos.
Cynthia Nwachuku, propriétaire de la boutique Zips & Buckles à Lagos.
Parmi les jeunes présents dans l’auditorium, certains n’étaient pas (ou pas encore) membres du programme de la Fondation. C’est le cas de la nigériane Cynthia Nwachuku, qui a ouvert à Lekki, un quartier huppé de Lagos, une boutique de fringues, de chaussures, sacs à mains et d’accessoires pour femmes, Zips & Buckles. Cynthia rêve de bénéficier du soutien de la Fondation. « En tant que jeune entrepreneure, j’apprécie le fait que le TEF Forum nous offre une plateforme de networking, pour développer des partenariats de business transfrontaliers et d’échange de connaissance. Il nous permet aussi d’avoir des connections avec des investisseurs, des dirigeants de grands groupes et des décideurs influents », affirme-t-elle. Et elle ajoute : « J’estime que les décideurs politiques pourraient apprendre beaucoup des jeunes entrepreneurs en appuyant leurs idées, en les cultivant pour les aider à grandir dans l’intérêt du pays ».
Aujourd’hui la TEF s’active à renforcer son réseau et ses connections dans la planète business. Dans un message adressé aux milieux d’affaires, Parminder Vir, la Directrice générale de la Fondation Tony Elumelu a lancé une invitation solennelle : « Nous invitons les grands groupes africains et les multinationales, les sociétés de capital-risque et les gouvernements qui ont des relations commerciales avec le continent de prendre avantage de notre réseau, de notre écosystème et de notre connaissance de la réalité du monde des affaires en Afrique pour accéder aux entrepreneurs en Afrique et contribuer à transformer le marché africain. Nous vous invitons à vous joindre à nous dans notre ambition de transformer l’Afrique à travers l’entreprenariat ».
On peut dire que son message a commencé à avoir un impact. Pendant le Forum, l’Agence française de développement a signé une convention avec TEF visant à mettre en place une ligne de crédit auprès de banques commerciales africaines pour financer les projets des lauréats de la Fondation. Le même jour une convention similaire était signée par le PNUD (Programme des Nations Unis pour le Développement) et la TEF.


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