Techno

Le pari industriel de Vérone Mankou

Par Par Alex Mun'Ekombo le 29 Avril 2016


Après le succès d’estime et les éloges engrangés pour avoir créé la première tablette africaine, Vérone Mankou manifeste désormais l’ambition de réussir un pari industriel. Il a lancé une unité de fabrication de smartphones et de tablettes à Brazzaville.



Le pari industriel de Vérone Mankou
La décision de Vérone Mankou de «rapatrier» au Congo l’usine qui, jusqu’à récemment, fabriquait en Chine les tablettes et les smartphones de sa société VMK marque un tournant dans la trajectoire du jeune prodige congolais. Inventeur de la première tablette africaine, celui qu’on surnomme «le Steve Jobs africain» veut désormais gagner le pari du business et de l’industrie. «Nous avons décidé de rapatrier notre usine au Congo pour créer de la valeur dans ce pays», explique-t-il. «Ce qui se passait jusque-là, c’est que, lorsque nous avons monté notre prototype, nous l’amenions chez les Chinois, qui formaient des gens pour les fabriquer. J’estime que nous pouvons faire la même chose au Congo. Aussi, nous avons décidé de lancer notre usine de production de tablettes, de smartphones et de téléphones basiques, ici, au Congo. L’usine va démarrer avec cinquante personnes et pourra atteindre cent, voire plus, en fonction des commandes. Produire ici va nous coûter 15 à 20% moins cher qu’en Chine», soutient Vérone Mankou. 

Ainsi, deux ans après avoir testé son modèle économique au Congo, et réussi à atteindre un chiffre d’affaires d’un million de dollars, VMK ambitionne de produire et de commercialiser directement ses appareils en Afrique. «Nous pouvons multiplier par quatre notre chiffre d’affaires au Congo en misant sur un catalogue plus rempli, nos VMK stores et un marketing plus agressif. Nous pensons que le modèle est assez fiable et mature pour pouvoir l’exporter hors des frontières du Congo […] Le matériel et l’équipement de l’usine seront fournis par nos partenaires chinois de même que les cabinets qui vont nous conseiller dans ce projet», précise le Congolais.

Financement public

Jusqu’à présent, VMK a bénéficié d’un financement public, sous la forme de subventions du gouvernement congolais, à travers les ministères des Finances et de l’Industrie. «Lorsque j’ai mis au point le premier prototype de notre tablette, le coût de l’opération se chiffrait à 406 M de francs CFA de bout en bout, sans la production. A ce stade-là, il fallait de l’argent pour la production. Lorsque le ministre de l’Industrie de l’époque a découvert le projet, il m’a appelé dans son bureau. J’avais le prototype sur moi, il l’a pris et m’a informé qu’il allait me rappeler, qu’il avait rendez-vous avec son collègue, le ministre des Finances, et m’a dit : c’est lui qui pourra te trouver l’argent dont tu as besoin. Il fallait 100 M de francs CFA pour lancer la production et j’ai pu avoir cette somme qui a permis de fabriquer notre première tablette», se souvient Vérone Mankou. Les premiers modèles sortent en 2011 et remportent un vif succès. «On espérait vendre en trois mois la première production de 1 000 pièces. En fait, nous l’avons vendue en une semaine. C’était la folie», s’exclame-t-il. «A l’époque on les vendait à 150 000 francs CFA. Au début, on en a vendu en France, au Congo et en Côte d’Ivoire. J’étais fier de ça ! Nous en avons également vendu en ligne.» 

De la tablette VMK au smartphone VMK, le passage s’est fait presque naturellement. «Pendant que nous étions en train de travailler sur la tablette, je me suis rendu compte qu’entre la tablette et le smartphone la différence était au niveau de la taille de l’écran. Du coup, on a commencé à travailler sur un projet de smartphone en partant de la tablette. Un an après la tablette, notre prototype de smartphone était prêt. Là, encore, nous avons sollicité l’aide du ministère de l’Industrie et nous avons obtenu un financement de 500 000 dollars.» Aujourd’hui, VMK travaille sur une tablette éducative fort du succès de l’expérience qu’il a eu avec le Niger. La filiale locale d’Orange a en effet acheté une bonne quantité de ses tablettes pour les écoles. «Orange a vidé notre stock pour distribuer les tablettes dans des écoles du Niger», s’enthousiaste Vérone. Le produit annoncé, qui doit être livré en septembre prochain, est destiné aux élèves, pour un usage pédagogique.

Convaincre les investisseurs

Vérone Mankou est aujourd’hui conscient que le financement public qui l’a soutenu jusqu’ici a ses limites. S’il a permis au business de démarrer et à son promoteur de se faire connaître, il ne peut constituer une source de financement pérenne. La difficulté aujourd’hui est de passer ce cap pour prendre la dimension d’une véritable entreprise innovante dans un secteur où le financement privé est la règle. C’est dans la capacité de VMK à convaincre les investisseurs que réside l’équation de ses réussites à venir. En juin 2012, VMK est devenue une société anonyme avec un capital de 250 M de francs CFA. Le promoteur est majoritaire et il s’est entouré d’actionnaires congolais. Mais la levée de fonds est loin d’être une partie gagnée. «Nous avons beaucoup de mal à lever les fonds, même après nos investissements», reconnaît Vérone Mankou. «On nous a toujours plutôt proposé le rachat de l’entreprise. Les banques congolaises ne comprennent pas notre combat, elles nous ont clairement dit que si nous voulions un crédit pour un immeuble, elles nous auraient accordé le crédit. Mais cette histoire de nouvelles technologies, elles n’y croient pas du tout.» Aujourd’hui, Vérone Mankou mise sur des fonds d’investissement européens ou américains et assure être prêt à ouvrir le capital de VMK à des investisseurs africains. Encore faut-il qu’il fasse le pari de la transparence, de la rigueur et de la bonne gouvernance.

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