Rédigée le 3 Mai 2017

Le cimetière des pères blancs

«Les escapades africaines», c’est en ces termes épicés qu’un journal parisien définit le recyclage d’anciennes gloires politiques françaises. Poussées par le destin vers une retraite qu’elles jugent précoce, elles s’offrent à l’Afrique devenue la nouvelle frontière du développement, à qui l’on assigne la noble mission d’être l’avenir de l’humanité, à défaut d’assurer le sien. Il y a ces experts tous azimuts au coût exorbitant. Au moins, les choses sont claires. Nul ne parle de philanthropie. Le plus emblématique, dans la logique missionnaire, a été sans conteste Jean-Louis Borloo, avec son projet Electrification de l’Afrique que le Canard enchaîné a appelé le grand bluff ! Avec ce projet, l’homme se voyait déjà un destin afroprométhéen. Promettez ! Promettez !


Numéro 44, daté Mai 2017.
Numéro 44, daté Mai 2017.
Au plus fort de son odyssée messianique, j’avais fait un pari avec un ami qui se pâmait devant tant d’altruisme. Si un jour, tu me montres une ampoule Borloo –pas un groupe électrogène, une simple ampoule électrique– sur le continent, je me répandrai en plates excuses sur mon manque de foi. Peut-être l’homme y a-t-il cru ! Hélas, comme bien d’autres, il ne sait pas que le développement d’une nation, et a fortiori celui d’un continent, ne peut se résumer à un acte de foi, d’espérance et de charité.
    Il existe divers modèles de prise en charge de l’électrification par les pouvoirs publics. L’électricité étant l’indicateur du développement, ces modèles reflètent le niveau de prise de conscience des peuples. On a le modèle des petits peu et des petits pas. 2015, on inaugure le barrage Kaleta à 150 kilomètres de Conakry. 250 mégawatts. Le chantier n’est pas pharaonique, mais on assiste à une petite révolution. Pas de lourdes décennies d’études complexes et inutiles. Pour le financement, ni aide au développement ni tortueux dispositif des institutions mondiales. La durée prévisionnelle des travaux sur quatre ans est revue à la baisse, l’ouvrage réalisé en trois ans. Un succès fort appréciable si l’on ajoute que les familles déplacées ont été relogées à deux pas, dans de belles maisons en matériaux solides, auxquelles elles n’auraient jamais rêvé, avec des équipements publics de qualité. Elles ont aussi été privilégiées à l’embauche. Amélioration des conditions de vie sur toute la ligne !
    Il y a aussi le bien nommé barrage de la Renaissance en Ethiopie. 6 000 MW, la plus grande installation d’Afrique, une authentique révolution, entièrement financée par les Ethiopiens du pays et de la diaspora à travers des dons et des obligations barrage (« Dam bond »). Toujours pas d’aide au développement, juste la prise de conscience d’un peuple de la charge qui lui incombe. Fanon disait: « Si vous apprenez à pêcher à quelqu’un, ne lui donnez pas la canne à pêche. Il faut qu’il la conçoive et en assume le coût. S’il ne prend pas conscience que la canne a un coût, il la brisera pour se réchauffer et tendra la main pour en recevoir une autre. »
    Il y a enfin le modèle messianique qui descend en droite ligne du docteur Schweitzer, le grand blanc de Lambaréné. Mais de plus en plus, les Africains comprennent que l’on n’aide pas un peuple à se développer. Aide-toi et le ciel, qui fait tomber son soleil et sa pluie sur tout le monde, t’aidera. C’est le seul verset qui doit désormais guider les espérances africaines.
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