L'éditorial de Michel Lobé Ewané

Rédigée le 31 Août 2017

Le FMI, la dévaluation ou la sortie du Franc CFA…

Le FMI est de retour sur le continent avec ses plans d’ajustement structurel. Même si la potion que la fameuse institution de Bretton Woods vient d’imposer à plusieurs pays d’Afrique centrale est loin d’être aussi douloureuse que les thérapies radicales des années 1980/90, elle n’est pas sans raviver de mauvais souvenirs. Elle souligne la fragilité de la croissance qu’ont connue ces dernières années les pays africains et met en évidence un constat.


Ce sont les pays dotés de riches matières premières, en particulier les pays pétroliers, qui sont le plus affectés par la crise. Et les plus mauvais élèves sont ceux d’Afrique centrale, les pays de la Cémac. Ils sont affectés par la chute des cours du pétrole qui a entraîné des déséquilibres insoutenables: déficits budgétaires et des comptes courants, chute vertigineuse de leurs réserves de change. Fin 2016, les réserves de change ne pouvaient assurer qu’à peine deux mois d’importations. Ce qui a fait monter des spéculations sur une possible dévaluation du franc CFA. Une menace qui est toujours présente.
    «ˆ Discipline budgétaire ˆ», «ˆ relance vertueuse et durable ˆ», «ˆréduction des dépensesˆ», « ˆdiversification économique ˆ», telle est aujourd’hui la sémantique des experts et des responsables politiques pour résumer la feuille de route à suivre.
   Mais cette crise et la décision des gouvernements d’accepter de se soumettre à nouveau à l’ajustement structurel interviennent à un moment historique singulier. Les chefs d’Etat de la région ont accepté l’ajustement pour éviter la dévaluation, alors que les opinions publiques, des économistes et des intellectuels de renom dénoncent le maintien du franc CFA et appellent à créer une monnaie africaine. Le débat a atteint une telle intensité que le président français, Emmanuel Macron, a challengé les chefs d’Etat africains, en leur demandant de prendre leurs responsabilités et de créer leur propre monnaie s’ils ne veulent plus du CFA. La question qui se pose désormais aux pays de la zone franc est simple et claireˆ? Sont-ils prêts à franchir le Rubiconˆ?
    Un document anonyme qui circule sur les réseaux sociaux, mais qu’aucune personnalité, ni des milieux «ˆautorisésˆ» ni des milieux intellectuels, n’assume à ce jour élabore un schéma qui constitue une sorte de guide pratique pour la création d’une monnaie africaine. Intitulé «ˆPrésentation de la nouvelle monnaie en remplacement du franc CFAˆ», le document se décline en douze points. Parmi ceux-ci: la «ˆdélimitation de la nouvelle zone monétaireˆ» qui serait une fusion de la BCÉAO et la BÉACˆ; la centralisation des réserves de change («ˆla nouvelle banque centrale jouera le rôle actuel joué par la France et le Trésor françaisˆ»). Parmi les autres points, il y a la présentation des coupures, la garantie de la convertibilité et de la transférabilité («ˆle fonctionnement sera analogue au système actuelˆ»), la stabilisation de la valeur de la nouvelle monnaie («ˆNous utiliserons avec la nouvelle monnaie 50% de nos recettes externes pour garantir sa stabilité à travers exclusivement des investissements industriels.ˆ»)
    Les auteurs du document se réfugient dans un mystérieux anonymat qui laisse songeur. Mais que ce scénario existe et soit aussi détaillé et explicite devrait pousser les dirigeants d’Afrique francophone à cesser de spéculer et à prendre leurs responsabilités. Désormais, il faut qu’ils aient leur scénario, avec un agenda et une feuille de route claire. L’heure a sans doute sonné pour la quête de la nouvelle indépendance: économique, financière et monétaire, celle-là.
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