Techno

La FinTech : un secteur en ébullition

Par OJU BABAYARO le 16 Juin 2016


La FinTech est l’application des nouvelles technologies dans le domaine de la finance. Porté par des entreprises du secteur technologique et non par les institutions financières traditionnelles, ce phénomène avance à grands pas sur le continent africain.



L’univers africain de la FinTech (technologie financière) était en pleine effervescence au mois de janvier dernier. En effet, l’enthousiasme monta très haut quand, de sources bien informées, on apprit l’introduction imminente d’Interswitch dans la liste des cotations du London Stock Exchange. Interswitch est l’un des fleurons de l’industrie numérique africaine. Si la nouvelle se confirme, l’entreprise nigériane de FinTech deviendrait la première start- up africaine à s’inscrire sur un marché financier de référence. Pour Mitchell Elegbe, fondateur et CEO d’Interswitch : « L’introduction à la Bourse de Londres et
à la Bourse de Lagos est une option sur la table. » Cerise sur le gâteau, elle y ferait son entrée en s’appuyant sur une valorisation de 1 Md de dollars, un montant inédit et un tournant majeur dans l’histoire des start-up africaines. 

LE PARADIS PERDU DES OPÉRATEURS DE TÉLÉPHONIE MOBILE

L’histoire de la FinTech commence
en Afrique en 2007 avec le lancement de M-Pesa, le service de paiement et de transfert d’argent par téléphone portable introduit par Safaricom, le premier opérateur de téléphonie mobile (OTM) kenyan en termes de parts de marché
(80 % de parts de marché). C’est en e et la première fois qu’une entreprise de télécommunication, en s’appuyant sur son propre réseau et sa propre infrastructure, permet à ses clients de s’échanger de l’argent sans passer par un compte en banque.
 
Le succès de M-Pesa est désormais un cas d’école, et tous les grands opérateurs du continent lui ont rapidement emboîté le pas. En 2008, MTN lance son MTN Mobile Money – il faut tout de même préciser que MTN avait lancé son premier service de finance mobile dès 2005 en partenariat avec Standard Chartered Bank, mais les opérations restaient adossées à un compte en banque détenu par l’utilisateur, à la différence du MTN Mobile Money actuel. La même année Orange entre dans la danse avec le lancement d’Orange Money en Côte d’Ivoire... Tous les OTM (Optivity Telephony Manager) africains, grands et petits, disposent aujourd’hui d’une ou de plusieurs plateformes de transactions financières et en tirent une part substantielle de leurs revenus.
Mais les choses vont très vite... Alors même que les OTM africains commencent seulement à savourer les délices de leur ingérence sur le territoire des banquiers, au point qu’on se demandait s’ils ne finiraient pas par remplacer ces derniers, on assiste déjà à une transformation et à une transition rapide dans le secteur. Fini le temps des OTM, voici venues les start- up avec leurs équipes de développeurs. En Afrique, la marché en avant de la FinTech prend désormais le visage de centaines d’applications pour Smarthphone et de sites web spécialisés. 

LES GRANDS PÔLES DE LA FINTECH EN AFRIQUE

Grâce à l’étendue et la qualité de son infrastructure Internet, l’Afrique du Sud est le leader continental en matière de FinTech. L’industrie sud-africaine de la FinTech a che une grande diversité.
Parmi les services les plus en vue, on peut citer : RocMyPeer, une application lancée
en mai 2014 qui permet des prêts d’argent de particulier à particulier. Dans le même registre, on trouve Lendico, soutenu par le groupe allemand Rocket Internet ; 22seven, un service d’aide à la gestion financière personnelle, et In Venture, qui boxe dans la même catégorie que 22seven, et a bénéficié en 2013 d’un financement de 1,2 M de dollars de la part des investisseurs Google Venture et Mumbai Angels.
Basée à Lagos, Interswitch est l’un des piliers de la FinTech au Nigeria. Fondée
en 2002, la compagnie propose plusieurs solutions de paiement électronique et a déjà commencé à étendre sa toile sur le reste du continent, avec des antennes au Kenya, en Ouganda, en Gambie et à l’île Maurice. Interswitch est l’heureux propriétaire de Quickteller, une application de paiement en ligne dont le volume de transactions s’élève aujourd’hui à 2,4 Mds de dollars. Interswitch est aussi le promoteur de la carte à puce Verve qui permet d’e ectuer diverses opérations financières en ligne. Au début de l’année, Verve comptait 32 millions d’utilisateurs.
Parmi les autres poids lourds nigérians, on retrouve ReadyCash. Le service est développé par Parkway Projects et propose des solutions de paiement mobile centrées sur des clients non bancarisés. Citons encore CashEnvoy, lancé en 2009 par l’entreprise Electronic Settlement Limited, le service eTranzact,
et Paga qui comptabilise pas moins de
1,6 million d’abonnés. On ne saurait clore le chapitre nigérian sans évoquer VoguePay, le système de paiement de Vogue Web Solution.
Dans une étude sommaire intitulée « Rising Stars : A short overview of the
great opportunities of FinTech in Africa », publiée en juillet 2015, le cabinet britannique Fintech Circle Innovative et le bureau d’études Banking Report dressaient une
liste des dix FinTech africaines à surveiller de près dans les années à venir. Le Nigérian Vogue-Pay occupe la tête de liste, viennent ensuite l’Ethiopien Sifiyah avec sa solution de paiement mobile, l’Egyptien Shekra, l’agent de change sud-africain en ligne Fourex, le service de paiement mobile
Smart Money en Tanzanie, FarmDrive, la plateforme kenyane dédiée aux agriculteurs, Remit, le service ougandais de transfert d’argent, la plateforme de financement ghanéenne Family Investments, MyMoneyMobile au Cameroun, Clenzics en Côte d’Ivoire, Gevid en Angola, le service
de microcrédit Future In Our Hands en Zambie, la banque virtuelle zimbabwéenne Virtual Bank, la microfinance malawite en ligne Green Root Finance, le Tunisien ClobForex, le service béninois de paiement de factures Facture Xpress, le Rwandais Atikus, et enfin Nomad Oasis au Togo. 

LE CAPITAL-RISQUE EST DANS LE COUP

Derrière la dynamique de la FinTech africaine se cachent des acteurs du capital- risque bien décidés à tirer profit de cette nouvelle manne.
Helios Investment Partners, avec une présence dans le capital d’Interswitch, apparaît comme l’un des fonds les plus actifs dans le développement des start-up et des FinTech africaines. Dans l’ombre d’Interswich, on trouve également Adlevo Capital, par ailleurs l’un des principaux soutiens financiers de la plateforme Paga. La présence de ces investisseurs donne une grande marge de manœuvre à l’entreprise et lui permet d’assurer son expansion. En février dernier, Interswitch a racheté Vanso pour 15 Mds de nairas, environ 50 M de dollars. Créée il y a treize ans, Vanso fournit aux banques nigérianes des solutions de paiements pour mobile et pour l’Internet. Les observateurs y ont vu un prélude à son entrée en Bourse qui devrait se faire cette année.
Basé à l’île Maurice, Adlevo Capital investit massivement dans le secteur technologique en Afrique subsaharienne. Le fonds Goodwell West Africa est lui aussi présent dans le capital de Paga, et la liste est loin d’être exhaustive.

PERSPECTIVES

320 millions de Smartphone ont été vendus en Afrique depuis le début des années 2000. D’ici 2025, ce sont plus de 600 millions de Smartphone qui seront en circulation.
La pénétration rapide du Smartphone fait des Africains des demandeurs et des consommateurs de technologies. Les fonds d’investissement se trouvent ainsi sur un terrain qu’ils affectionnent : un marché à croissance forte et rapide, laissant entrevoir des retours sur investissements dans les délais les plus courts.
Le 13 octobre 2016 se tiendra le forum Fintech Africa. Cette rencontre qui aura lieu à Johannesburg apportera sans doute de nouveaux éclairages sur l’évolution et les perspectives du secteur de la FinTech en Afrique.
 
 Publié en Avril 2016             


Dans la même rubrique :
< >

Jeudi 16 Mars 2017 - 08:41 Johanne Raharinosy, fondatrice de Teknet

Mardi 14 Mars 2017 - 14:58 Rubicon, « Uber des déchets » ?

Facebook



Découvrez le sommaire des derniers numéros du magazine


Inscription à la newsletter