Management

La Barclays va-t-elle à contre-courant ?

Par Par Romain Fontes le 15 Mars 2016


Jes Staley, président du groupe bancaire britannique Barclays, a annoncé le 1er mars la cession prochaine de la filiale africaine du groupe, Barclay Africa Group. Un choix qui semble aujourd’hui légitime, mais pourrait s’avérer regrettable à moyen terme.



Crédits : AFP
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Plombé par un scandale d’assurance crédit (près de 3 milliards d’euros provisionnés pour faire face) mais également par la probable participation à des manipulations sur le marché des changes (enquête en cours) le groupe se met en position de défense. La banque poursuit donc ainsi son recentrage sur la Grande-Bretagne et les États-Unis.
 
Cette décision est lourde de sens. En effet, aujourd’hui, l’Afrique est en passe de prendre la place de l’Asie des années 1980-1990 dans le cœur (ou le portefeuille) des banques et financiers. Avec ses risques et périls, certes, mais tout en demeurant le marché où les retours sur investissements sont les plus spectaculaires. Il n’est qu’à voir les couteaux qui s’aiguisent déjà pour la reprise des actifs africains de la Barclays, et l’appétit croissant des banques - de réseaux et d’investissement - qui montrent un intérêt grandissant pour le continent. En effet, avec 20 à 30 % de la population (selon les pays) en possession d’un compte bancaire (Afrique subsaharienne hors Afrique du Sud), les perspectives semblent infinies.

Les classes moyennes ciblées

Selon une étude du cabinet Roland Berger, après s’être centrées dans un premier temps sur les grandes fortunes, les banques visent de plus en plus une clientèle de classe moyenne et de PME, avec à la clé un doublement de leurs revenus attendu sur les 4 à 5 prochaines années. Un autre chiffre témoigne de l’une des particularités du marché africain : 3,2 agences pour 100 000 habitants contre 69/100 000 en France. Conséquence logique : l’Afrique subsaharienne est la région du monde qui compte le plus grand nombre d’utilisateurs de services financiers sur mobile. CQFD...
 
La BPCE (groupe Banque Populaire - Caisse d’Epargne) par exemple, très présente en Afrique francophone avec ses filiales dédiées aux particuliers, mais également avec Natixis pour la banque de financement et d’investissement, s’inscrit dans ce mouvement. Tout comme d’autres grands réseaux, dont le groupe marocain Attijariwafa, premier groupe bancaire sur la région, la BNP Paribas ou la Société Générale.

De nouveaux concurrents

Autre point : l’émergence de groupes bancaires africains se confirme. Le panafricain Ecobank a par exemple triplé de taille (1 300 agences) et affiche aujourd’hui une présence sur l’ensemble des métiers de la banque. À mentionner également l’UBA (United Bank for Africa, du Nigéria), qui confirme son ancrage bien au-delà de l’Afrique anglophone.
 
D’autres entités se penchent également sur le continent : les fonds d’investissement.
Le leader et doyen américain KKR (Kohlberg Kravis Roberts & Co.) a récemment débauché l’ancien directeur Afrique de Bolloré Africa Logistics, Dominique Laffont, pour en faire son conseiller Afrique. Le capital-investisseur démontre ainsi son appétit grandissant pour le continent, où il a déjà posé quelques banderilles, en Éthiopie ou en Égypte.
 
Cette opération prouve l’intérêt grandissant des plus grands fonds d’investissement qui multiplient les achats et prises de participation partout en Afrique. Ces investisseurs gardent les yeux rivés sur les courbes de croissance du PIB (5 % annuels en moyenne) et les fondamentaux macro-économiques à l’échelle du continent. Outre KKR, des géants du secteur comme Templeton ou Carlyle étoffent eux aussi leurs équipes, affûtent armes et arguments afin de diversifier leurs investissements, et parient sur des secteurs traditionnels (mines, transports, énergie) mais aussi sur un marché intérieur qui s’étoffe et se structure chaque jour un peu plus (pharmaceutique, grande distribution, éducation).
 
Dans la tempête, Barclays a donc décidé de faire le dos rond, se désengageant d’un continent où le groupe était présent depuis plus d’un siècle. Certes Barclays doit aujourd’hui se refaire une santé financière et gommer les erreurs du passé, mais Jes Staley ne vient-il pas par cette décision de priver ses actionnaires d’un marché où les bonnes places à prendre se feront plus rares, et partant, plus chères ? Si aujourd’hui ce choix peut sembler légitime, à moyen terme, il n’est pas impossible que les regrets commencent à poindre.


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