Rédigée le 16 Novembre 2015

L'été 2015, une saison bien africaine


L’événement marquant de cet été en terre africaine – là-bas c’est l’hivernage ou saison des pluies –, c’est sans conteste la péripétie burkinabaise. Un militaire qui essaie de prendre le pouvoir en Afrique, ce n’est rien d’autre qu’une de ces tumultueuses péripéties dont parlait le poète. Mais c’est ce que révèle cette péripétie qui mérite d’être analysé.
Un jour, des enfants gavés de slogans venus d’ailleurs, via le Net et la télévision, sont descendus dans la rue pour bouter hors du palais un homme dont ils ne voulaient plus. Sous toutes les latitudes, c’est des rangs des révolutionnaires que surgit la révolte. Tel n’était pas le cas ici, pas plus qu’hier en Tunisie ou en Egypte. Alors, la révolution est reprise par une oligarchie qui tient son origine du même sérail que le prince détrôné. Tel a été le cas en Tunisie et en Egypte. Puis, petit à petit, le désordre s’installe. Ici, c’est un militaire qui tente sa chance. Ailleurs, ce sont les frères musulmans.
L’Afrique est-elle prête pour cette démocratie vendue à travers les ondes„? Le miracle ne s’est pas produit au nord du Sahara. Se produira-t-il au sud„? N’oublions pas qu’aux indépendances, 3 % des Africains allaient à l’école. Cela ne fait pas des dialecticiens en cinquante ans. Les nations africaines, comme la Chine, ne devraient-elles pas trouver une voie intermédiaire qui corresponde plus à leur histoire„? Encore faut-il que les intellectuels sortent du copier-coller occidental qui leur sert de mode de pensée et se mettent vraiment au travail.
L’été a été meurtrier et plus que jamais la Méditerranée a prélevé sa dîme dans cette misère du monde que l’Occident et la France ne peuvent accueillir en totalité. L’Afrique n’a pas été la plus grande contributrice. Les moutons de ce vaste holocauste sont souvent venus d’Asie. Néanmoins, dans ce tohubohu de la misère, essentiellement humanitaire – la majorité de ces migrants viennent de pays en guerre –, on entendait ici quelques “ébéniques” appels.
On ne s’est jamais posé la bonne question sur les migrants d’Afrique noire. Le plus souvent, ils ne sont ni économiques ni humanitaires. Cette migration est idéologique. L’enfant qui part du Sénégal ne fuit pas fondamentalement la misère, encore moins la guerre. Il va à la quête du Graal. Toute la création, élites africaines en tête, lui apprend que l’Occident est au bout de toute initiation africaine. Si l’on n’a pas foulé cet Eden idéologique, on est un être inachevé.
J’écris cette chronique de Conakry, invité par mon ami Chantal Colle à l’inauguration du barrage hydro-électrique de Kaleta. Cette œuvre est une prouesse sous toutes ses formes. D’abord, il s’agit d’une promesse de campagne du président Alpha Condé. Il a fait mentir la jurisprudence de Charles Pasqua, si chère à nos politiques, selon laquelle, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. L’homme a dit, l’homme a fait : première prouesse. Ensuite, il n’y a eu aucun recours aux habituels financements pièges des institutions mondiales : la Chine 75 % et la Guinée 25 %. N’est-ce pas une prouesse„! Et ce n’est pas tout. Cette œuvre titanesque est sortie de terre en trois ans, doublant la production électrique du pays. Enfin, nous dit-on, au pic de la production des 240 mégawatts, la Guinée en vendra 30 % à ses voisins, notamment le Sénégal et le Mali. Je suis Guinéen„!
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