Rédigée le 31 Août 2017

L'école africaine et son contenu

L’année scolaire s’annonce un peu partout en Afrique et je ne peux m’empêcher de penser à l’inadéquation des systèmes scolaires par rapport aux besoins locaux. Ma génération a tant vitupéré nos ancêtres les gaulois que l’on se serait attendu que, une fois aux commandes, elle revisite l’offre scolaire. Cet avènement se fait hélas attendre, à tous les niveaux, des plus superficiels aux plus fondamentaux !


J’ai jadis déploré des vacances calquées sur le modèle occidental, alors qu’en France elles sont différentes selon que nous sommes en métropole ou dans un département d’un autre hémisphère. Et, quand ces vacances africaines sont appelées d’été, on se dit que c’est grave. Mais il y a pire. L’école a pour mission de doter l’enfant des savoirs qui lui permettront de s’adapter à son environnement. Est-ce le cas en Afrique ?
    « Pourquoi faut-il apprendre dans des livres/Qui nous parlent des choses qui ne sont point d’ici ? » Vous aurez reconnu la Prière d’un petit enfant nègre de Guy Tirolien. Si le poème est quelque peu satirique, cet extrait est quant à lui plein de bon sens. Quand nous faisions partie de l’empire, on nous apprenait que nos fleuves étaient la Saône, la Loire et la Garonne. Pourquoi font-ils aujourd’hui encore une rude concurrence au Niger, au Congo et au Zambèze! Qu’importent aux enfants de Douala, Brazzaville, Dakar ou Niamey, les quatre saisons de l’hémisphère nord et leurs effets sur les plantes, les animaux et les humains !
    Sur les étagères de ma bibliothèque, un livre˜ : Français : méthodes lycées toutes séries/ préparation au bac, Ed. Nathan (2007). Je consulte l’index des auteurs˜: tous français. Ne vous y trompez pas en voyant ces trois –˜seuls˜– noms dont les porteurs sont mélanodermes˜: Senghor, académicien et poète français, Césaire, élu et poète français, votre serviteur G. Kelman, tout aussi français que Montaigne avec qui je partage l’illustration de l’essai. Je dois avouer qu’il y a un étranger˜: Sophocle. En cette classe préuniversitaire, tous les écrivains enseignés sont français. On imagine ce qu’il en est des classes inférieures. Pourquoi infliger à Mongo Beti, Babacar Khane et Guillaume Oyônô Mbia la concurrence et même la domination des gens qui ne sont pas de chez vous?
    Nous débattions de la qualité de l’enseignement dispensé dans les écoles africaines. Une idée a germé˜: enseigner l’univers primaire à l’école du même nom et le secondaire au collège et lycée. Avec les outils modernes, on initierait les plus petits au monde rural et aux travaux qui vont avec˜: agriculture et élevage; au secondaire, industrie et artisanat. Les décrochages précoces seraient moins tragiques. La valorisation de ces métiers et de leur environnement permettrait d’espérer une main d’oeuvre abondante et bien formée. L’université garderait sa vocation universelle et de haute spécialisation.
    Bien entendu, il faudra libérer du temps pour ce nouveau modèle. Il suffira de virer ces options en forme de pensum que la majorité des élèves n’apprend que pour les notes et qu’on oublie au bout du lycée. Demandez à ce Camerounais qui a fait allemand jusqu’au bac, de vous former une phrase en cette langue, deux ans après son diplôme. Bien d’autres aménagements sont possibles. Bien des objectifs seront atteints.
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