Rédigée le 31 Août 2017

L’Afrique, nouvelle frontière des investisseurs

A l’heure où les principaux indices boursiers de Wall Street et d’Europe sont à des niveaux jamais vus, c’est LA question qui agite la planète Finance : les marchés occidentaux sont-ils dans une phase de bulle spéculative, qui pourrait exploser à tout moment ?


Les avis divergent mais une chose est sûre : après plus de cent mois de marché haussier (un «bull market» dans le jargon boursier) et près de 400 % de progression pour certains indices (Nasdaq), les «bonnes a­ffaires» se sont considérablement raréfiées sur ces marchés matures. Le moment idéal pour aller voir ailleurs. Or, dans la chasse au rendement, les marchés africains ont aujourd’hui deux grands atouts dans leur manche. Il y a tout d’abord l’actuelle fenêtre de tir conjoncturelle, favorable à un positionnement sur les grandes valeurs de la cote africaine. Après les printemps arabes et la menace terroriste au Maghreb, qui ont plombé jusqu’en 2013-2014 les marchés de la région, et après la chute des cours des matières premières qui a a­ffecté, entre 2014 et 2016, les deux premières places continentales, Johannesburg et Lagos, la situation s’est sensiblement améliorée : à l’exception de la Libye, la stabilité politique a été retrouvée en Afrique du Nord et la reprise des cours des «commodities» est entamée. Résultat, les marchés actions du continent repartent globalement à la hausse : +21 % pour la Bourse nigériane, +24 % pour le MASI marocain et jusqu’à 83 % et 102 % de hausse pour les indices égyptiens et zambiens au cours de l’année écoulée! Ensuite, et c’est probablement l’aspect le plus décisif à long terme, il y a les réformes significatives mises en oeuvre par les Etats africains au cours des dernières années pour améliorer le climat des aff­aires, et qui commencent aujourd’hui à porter leurs fruits. Dans ces conditions, pas étonnant que les investisseurs institutionnels lorgnent de plus en plus sur les marchés africains, la multiplication récente des fonds estampillés «panafricains» en étant la meilleure illustration. Un engouement qui ne concerne du reste pas que la sphère des entreprises cotées. Dans le «private equity», c’est plus de 3 Mds$ qui ont ainsi été levés depuis le début de l’année, uniquement pour des opérations en Afrique.
La principale difficulté rencontrée par les gros investisseurs sur les places africaines – l’absence de liquidité – demeure cependant toujours bien présente. Johannesburg (300 M$ de transactions quotidiennes), Lagos (20 M$) et Nairobi (9 M$) ont beau faire nettement mieux que la Bourse régionale des valeurs mobilières d’Abidjan (1 M$ en moyenne de volume journalier), elles restent encore des naines comparativement à leurs grandes consoeurs des pays émergents (Brésil, Inde, Chine). Mais dans un monde qui croule sous les liquidités et où les rendements réels sur certains actifs (obligations) sont parfois négatifs, on comprend que l’exotisme potentiellement rémunérateur des valeurs africaines soit attrayant. Ce ne sont pas les investisseurs positionnés depuis le début des années 2000 sur des valeurs telles que Yeshi à la BRVM d’Abidjan (cours multiplié par 20) ou Naspers à Johannesburg (cours multiplié par 90) qui diront le contraire. Qui plus est, ces valeurs n’ont jamais été aussi nombreuses : de 66 en 2000, les entreprises cotées en Afrique subsaharienne sont désormais plus d’un demi millier (522 à fin 2016) ! Nul doute que parmi elles, se trouvent les futures pépites de demain.
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