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L'Afrique, destination préférée des investisseurs indiens ?

Par Par Emmanuelle Sodji le 9 Novembre 2015


​Le continent africain est en train de devenir le partenaire privilégié de l’Inde, qui voit dans son développement et sa croissance spectaculaires des opportunités uniques à ne pas manquer.



L'Afrique, destination préférée des investisseurs indiens ?
Si on devait décerner une palme d’or au pays qui croit le plus en l’élan économique que connaît le continent africain, elle reviendrait sans hésitation à l’Inde. Officiellement, le gouvernement indien en est si convaincu qu’il affirme qu’il est en train d’écrire une nouvelle page de l’histoire dans ces relations bilatérales avec l’Afrique. « Il faut rappeler dans un premier temps que l’Afrique n’est pas une terre inconnue pour l’Inde. De nombreux Indiens s’y sont établis bien avant l’indépendance de la plupart des pays africains au début des années 1960. Notamment en Afrique de l’Est (Tanzanie, Ouganda) et en Afrique australe. Le Mahatma Gandhi, sans doute l’Indien le plus célèbre, a vécu en Afrique du Sud entre 1893 et 1914. Il y a défendu les Indiens contre la discrimination raciale. C’est en Afrique du Sud qu’il a élaboré sa doctrine de l’action non violente », explique Valentin Hodonou, journaliste indépendant spécialiste de l’Afrique. « Accusés de complicité avec la Grande-Bretagne et de sabotage de l’économie du pays, la plupart des Indiens avaient été chassés de l’Ouganda dans les années 1970 par l’ubuesque dictateur Idi Amin Dada. Mais beaucoup y sont retournés après sa chute », poursuit-il. Ensuite, les Indiens ont essaimé dans toute l’Afrique, d’est en ouest et du nord au sud. « Depuis des décennies, il est vrai que de nombreuses firmes indiennes, publiques et privées, se sont engagées dans de grands projets d’infrastructures. Mais à présent, elles cherchent à investir en Afrique dans des secteurs commerciaux émergents, en reproduisant les modèles de business qui fonctionnent en Inde », explique Adi Godrej, le président de la Confédération de l’industrie indienne, la CII. Pour concevoir et consolider une nouvelle approche avec l’Afrique, le pays a mis en place une politique et un cadre institutionnel destinés à favoriser le commerce et les affaires. Et il a organisé en avril 2008 le premier Sommet du forum Inde-Afrique, suivi d’une deuxième édition en mai 2011 à Addis-Abeba, en Ethiopie, et des conclaves sur des partenariats de projets. Tant se faisait sentir la nécessité, des deux côtés, au niveau des gouvernements et des industriels, de repenser la coopération. Et puis les Africains ne craignent plus d’agiter des arguments solides face au nombre de pays étrangers qui se pressent aux portes du continent : un vivier de ressources naturelles, dont certaines n’existent nulle part ailleurs sur la planète, un énorme marché de consommateurs – sans compter une classe moyenne en pleine émergence – avides de produits manufacturés, peu chers, mais de meilleure qualité que ceux de fabrication chinoise. 

Plus de coopérations bilatérales

Bref, un gigantesque potentiel qui suscite l’envie à l’étranger et dont l’heure est venue de tirer profit. Jamais l’Afrique, qui connaît une dynamique de croissance sans précédent, n’a autant été courtisée. Selon des chiffres publiés par le Fonds monétaire international, 6 économies africaines sont parmi les 10 pays les plus rapides au monde en termes de croissance économique entre 2001 et 2010, et 7 le seront à l’issue de la période 2011-2015. Et les réformes économiques en cours dans de nombreux pays africains ne laissent pas les investisseurs indifférents. En clair, en Inde comme ailleurs, il est fini ce temps où les forums d’affaires se limitaient à faciliter la vente des équipements de transformation des ressources naturelles. Aujourd’hui, ce sont de véritables plates-formes de dialogue, qui servent également à identifier des opportunités afin de booster la coopération bilatérale en matière de commerce et d’investissement. Pays occidentaux, Chine et Inde font les yeux doux à cette nouvelle puissance économique en gestation. Du coup, le rendez-vous annuel qui réunit à New Delhi des chefs d’Etat et des représentants de gouvernement africains, des chefs d’entreprise de tous les secteurs, des banquiers, et d’autres acteurs désireux d’élargir leur savoir-faire technologique et leurs projets est de plus en plus prisé et reflète cette nouvelle tendance dans la relation bilatérale indo-africaine. Lors de la dernière rencontre, qui s’est tenue du 17 au 19 mars 2013, tous les discours officiels avaient la même tonalité : trouver la meilleure voie possible pour que ces opportunités d’affaires se traduisent en un développement durable pour l’Inde et l’Afrique. « Au total, en neuf ans d’existence, ce conclave a déjà permis de conclure 1 508 projets bilatéraux, pour un montant d’un peu plus de 103 milliards de dollars, claironne Syamal Gupta, le président de Tata International Ltd et conseiller spécial de la CII, organisateur de l’événement. Et d’ici à 2015, nous espérons 90 milliards de plus en termes de commerce bilatéral. » Mais que l’on ne s’y trompe pas. Dans le monde des affaires, il n’y a pas de place pour la philanthropie : l’Inde cherche, avant toute chose, des débouchés pour ses exportations et la sécurisation de l’origine des matières premières dont elle a besoin. Ce qui arrange l’Afrique, qui cherche aussi à diversifier ses partenaires. « L’idéal serait de tendre vers une relation équilibrée entre l’Afrique et l’Inde. Mais à mon avis, pour l’instant, la balance penche nettement en faveur de l’Inde. Et ce pour plusieurs raisons : son poids économique, politique et diplomatique, non seulement en Asie, mais aussi dans le monde, son avance technologique et son rôle de véritable challenger de la Chine au sein des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) », temporise le journaliste Valentin Hodonou. Toutefois, même s’il reste beaucoup à faire, le continent peut se positionner dans une logique de partenariat gagnant-gagnant, après avoir servi d’économie de comptoir pendant trop longtemps. Car consciente de ses propres limites et bien au fait du réveil africain, l’Inde s’ajuste en lançant un plan massif de soutien à ses exportations, faute d’alternative, en raison d’un déficit commercial de près de 191 milliards de dollars pour l’année fiscale 2012-2013. 


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