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L’Afrique de l’Est, région la plus performante du continent

Par Patrick Ndungidi le 8 Juin 2017


Dans tous les classements et les rapports publiés sur les économies du continent, l’Afrique de l’Est se positionne comme le maillon fort, grâce notamment à une forte croissance du PIB des pays de cette région.



Dans la 16ème édition du rapport « Perspectives économiques en Afrique », publié par la Banque africaine de développement (BAD), l’Afrique de l’Est s’impose comme la sous-région la plus performante, avec une croissance moyenne du PIB réel de 5,3 %, tirée par les bonnes performances de l’Éthiopie, de la Tanzanie et de Djibouti. Elle est suivie par l’Afrique du Nord avec une croissance moyenne de 3,3, l’Afrique australe (1,1 %) l’Afrique centrale (0,8 %) et l’Afrique de l’Ouest (0,4 %).  Même si son taux de croissance est en recul par rapport à 2015 où son PIB était de 6.5 %, l’Afrique de l’Est maintient sa domination. Dans cette région, Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya, le Rwanda et la Tanzanie ont tous connu des taux de croissance du PIB supérieurs à 6 % en 2016, l’Éthiopie affichant même un solide 8 %. Le même constat de la solidité économique de l’Afrique de l’Est est dressé par l'institut des comptables agréés en Angleterre et au pays de Galles (Institute of Chartered Accountants in England and Wales - ICAEW), dans son rapport publié le 13 avril dernier. Malgré les effets néfastes de la sécheresse dans cette région, explique l’ICAEW, la croissance économique reste forte dans cette région car les autorités des pays ont tenté d'atténuer les effets de la sécheresse en stimulant l'activité économique par d’autres voies. « Le Rwanda et l'Ouganda ont affaibli la politique monétaire au cours du premier trimestre de l'année, alors que l'Éthiopie a contrebalancé les effets de la sécheresse par des stimulants budgétaires substantiels, et le secteur de la construction aurait augmenté de 25% au cours de l'exercice financier 2015-2016 », précise l’Institut. Ce dernier constate également que le développement de l'infrastructure continue de stimuler l'industrie dans toute la région, tandis que l'expansion des services sur les marchés en grande partie non desservis reste le moteur de la croissance. Au regard de cette performance, Oxford Economics, partenaire de l’étude, prédit notamment que des pays de la région devraient bénéficier d’une amélioration de la croissance de leurs PIB respectifs malgré la sécheresse : Tanzanie (6,9 %), Ouganda (6,8 %), l'Éthiopie (6,7 %), Rwanda (6,6%) et Kenya (6,4 %). L’édition de juin 2017 de « perspectives pour l’économie mondiale » de la Banque mondiale prévoit notamment que l’Éthiopie devrait enregistrer un taux de croissance de 8,3 % en 2017 et la Tanzanie de 7,2 %. Mais qu’est-ce qui justifie ce « petit miracle » économique que connaît la région orientale en Afrique, malgré les crises ?

Des économies diversifiées

Selon la BAD, les économies qui se diversifient gagnent en performance sur le plan régional. L’Afrique de l’Est a su réaliser cette performance, contrairement à certains pays de l’Afrique de l’Ouest et Centrale qui ont construit leur puissance économique sur les hydrocarbures. Ainsi, les innovations technologiques par exemple, particulièrement dans les services financiers, ont stimulé la croissance dans certains pays d’Afrique orientale. A ce sujet, note la BAD, en 2015, 45 % du PIB du Kenya ont été réalisés par le biais de M-Pesa, service de transfert de fonds et de financement basé sur la téléphonie mobile. Bien plus, la majorité des Etats de l’Afrique de l’Est (Ethiopie, Kenya, Rwanda, Tanzanie) ont fondé leurs économies sur l’agriculture. Ainsi, en Ethiopie, ce secteur emploie actuellement 80 % de la population active et représente environ la moitié du PIB et 60% des exportations. En Tanzanie, l’agriculture représente environ 50% du PIB et 85% des exportations. Au Kenya, elle représente 30% des exportations.

Le tourisme, source de recettes

Par ailleurs, la croissance dans les pays de l’Afrique de l’Est est également tirée par les services notamment le tourisme, les télécommunications et les technologies de l’information. En effet, le Kenya notamment bénéficie d’un secteur touristique florissant qui attire des dizaines de milliers de visiteurs par an. Selon le Kenya Tourism Board, en 2016, environ 875.000 étrangers ont visité le pays. Le secteur touristique contribue à plus de 10% du PIB, à 18% des recettes liées aux opérations de change et à 11% du total de l'emploi formel dans le pays, selon des propos tenus récemment par Najib Balala, secrétaire au ministère du Tourisme kenyan, lors d'un forum touristique à Nairobi. En outre, a-t-il ajouté, le secteur contribue à environ 11% des revenus du gouvernement sous la forme de taxes, de droits, de frais de licence et de droits d'entrée dans les parcs. En vue d’accroître le secteur, le pays envisage d’exploiter le marché africain en accordant notamment des visas de transit de court terme afin d’attirer les touristes africains. Pour sa part, en 2015, l’Ethiopie avait été élue meilleure destination touristique du monde par le Conseil européen sur le tourisme et le commerce, une organisation de l'Union européenne à but non lucratif. Le tourisme constitue le 3ème moteur de la croissance du pays. En Tanzanie, Ramo Makani, vice-ministre des Ressources naturelles et du Tourisme, a déclaré que le nombre de touristes étrangers visitant le pays avait augmenté de 12,9% en 2016. Au Rwanda, selon les statistiques du Rwanda Development Board (RDB), le pays devrait générer 444 millions de dollars de recettes touristiques au cours de l'année 2017 (Hausse de 10% par rapport à 2016).

Investissement dans les infrastructures

Les pays de l’Afrique orientale ont également investi dans les infrastructures pour booster leurs économies : routes, autoroutes, chemins de fer, métros, barrages, centrales électriques etc. Ainsi, fin mai, le Kenya a inauguré une ligne ferroviaire reliant la capitale Nairobi à Mombasa positionnant le pays comme porte d'entrée de l'Afrique de l'Est. Il s’agit du plus important projet d’infrastructure construit dans le pays depuis l’indépendance en 1963. La région Afrique de l’Est compte également le premier chemin de fer électrique en Afrique (750 Km) qui relie Addis Abeba, capitale de l’Ethiopie, à Djibouti. Coût de l’investissement : 3,4 milliards de dollars. Pour sa part Djibouti a lancé les travaux de construction de la plus grande zone franche d’Afrique (48 km²) en partenariat avec la Chine. Selon Aboubaker Omar Hadi, président de l'Autorité des ports et zones franches de Djibouti, cette infrastructure créera 15.000 emplois directs et indirects. Le chiffre d’affaires visé est, quant à lui, de sept milliards de dollars d'ici à deux ans. Toujours à Djibouti, le port de Doraleh est également en plein développement et deux nouveaux aéroports sont en construction pour un coût total de près de 1,2 milliard de dollars. Par ailleurs, sur le plan de l’énergie, le grand barrage de la Renaissance en Ethiopie, d’un coût de 4,7 milliards de dollars, et dont la construction devrait s’achever en 2018, sera doté d’une capacité de 6.000 MW et devrait fournir de l’électricité à bas coût à l’Ethiopie et aux pays de la sous-région. Il devrait se positionner comme le plus grand barrage hydroélectrique d'Afrique. En 2015, l’Ethiopie a également inauguré sa première ligne de métro urbain. Sur un autre registre, les Etats-membres de la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE) envisagent d’accélérer la mise en place du marché unique du transport aérien. La libéralisation de ce secteur pourrait rapporter à la région 202,1 millions de dollars par an de PIB, à en croire un rapport, intitulé « Coûts et bénéfices de l'ouverture des espaces aériens dans la Communauté d'Afrique de l'Est » commandé par le Conseil économique d'Afrique de l'Est (EABC) et par le secrétariat de l'EAC. « La libéralisation du transport aérien contribue à accroître le commerce et le tourisme, l'investissement intérieur, la croissance de la productivité, l'augmentation du nombreux d'emploi et le développement économique. De plus ce dynamisme est soutenu par les principaux acteurs régionaux, notamment les trois principales compagnies régionales Kenya Airways, Rwanda Air et Ethiopian Airlines », souligne l’étude. En outre, indique le rapport, la libéralisation des espaces aériens en Tanzanie, au Kenya, en Ouganda, au Rwanda et au Burundi pourrait également conduire à la création de 46.320 emplois.

Le pétrole pas négligé

Néanmoins, même si leurs économies sont diversifiées, certains pays de la région n’ont pas renoncé à la manne que génèrent les hydrocarbures. A l’instar de l’Ouganda qui ambitionne d’exporter son pétrole d’ici 2020. Ainsi, le pays a signé avec la Tanzanie un accord-cadre de 3,55 milliards de dollars pour la construction et l’exploitation de l’oléoduc Hoima-Tanga (1 400 km). Ce dernier permettra de transporter le pétrole extrait en Ouganda vers le marché international en passant par le port de Tanga, en Tanzanie. Ainsi, même si les pays de l’Afrique de l’Est sont encore exposés à de nombreuses difficultés (sécheresse, pauvreté, faible niveau démocratique dans certains cas, etc.), leurs économies, peu exposées à la baisse du prix des matières premières et diversifiées, leur permettent de résister aux chocs extérieurs et de se maintenir à la première place des régions du continent.



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