Rédigée le 5 Juillet 2017

L’Afrique, championne du monde de la résilience !

Publiée fin mai par la Banque africaine de développement, l’édition 2017 des « Perspectives économiques en Afrique » a confirmé ce que les observateurs avertis savaient déjà : l’horizon s’éclaircit pour la croissance africaine.


Après une année 2016 difficile, marquée par la faiblesse des cours des matières premières, la croissance devrait de nouveau repartir à la hausse, à 3,4% en 2017, puis 4,3% en 2018. Mais la bonne nouvelle du rapport n’est pas tant dans ce qu’il dit que dans ce qu’il laisse entendre, à savoir la résilience renforcée de l’économie continentale aux chocs externes. C’est de plus en plus la demande intérieure, soutenue par la vitalité démographique (+2,5% par an) et la montée en puissance des classes moyennes (l’étude précitée évalue celles-ci à 350 millions de personnes en Afrique), qui tire aujourd’hui la croissance. De quoi réduire sensiblement la dépendance au seul filon des ressources naturelles, sujet aux aléas des marchés mondiaux. Cette résilience nouvelle n’allait pourtant pas de soi, l’Histoire est là pour nous le rappeler. Au début des années 1980, la combinaison de la chute brutale et durable des cours des matières premières et de l’explosion des taux d’intérêt du service de la dette avait en son temps fait plonger le continent. L’ère des ajustements structurels, de la décroissance et de la déliquescence des Etats commençait et durerait jusqu’à la fin des années 1990, pesant lourdement sur les populations. Deux décennies plus tard, choc conjoncturel ou pas, plus personne ne nie le caractère soutenable de la croissance africaine. Car, au-delà des fluctuations de court terme, une configuration favorable se dessine progressivement: celle d’une population jeune (40% de la population d’Afrique subsaharienne a moins de 15 ans), de mieux en mieux éduquée*, et de plus en plus exigeante vis-à-vis de ses dirigeants. C’est le fameux «šdividende démographiqueš», tel que l’a connu l’Asie de l’Est à la veille de son décollage, et qui constitue aujourd’hui une fenêtre de tir historique pour le continent. L’Afrique part, il est vrai, de loin: selon la BAD, 544 millions d’Africains sur un total de 1,2 milliard vivent encore sous le seuil de pauvreté, et rien qu’en Afrique subsaharienne, 645 millions de personnes sont privées d’accès à l’électricité. Mais ce qui importe ici n’est pas tant le niveau, faible, que la tendance, favorable. Malgré les ratés constatés encore çà et là, la structure plus résiliente de l’économie continentale fait qu’un tiers des pays africains (18 sur 54) a désormais atteint des niveaux de développement «šmoyens ou élevésš», note le rapport, qui rappelle également une information d’importance: dans les 18 pays africains où les statistiques sont disponibles, les entrepreneurs représentent 11% de la population en âge de travailler, une proportion bien supérieure à celle des Etats-Unis (9%), des pays en développement d’Amérique latine (8%) et d’Asie (5%). En somme, un neuvième de la population active sous nos latitudes a fait voeu –par choix ou par nécessit遖 de faire face aux difficultés, à un environnement hostile, et de saisir à bras le corps les opportunités quand elles se présentent. Un record mondial, qui explique sans doute aussi l’état d’esprit résilient de la nouvelle Afrique qui se dessine sous nos yeux.
* Le taux d’alphabétisation des personnes âgées de 15ans et plus est passé de 51% à 64% en Afrique, entre 1990 et 2015.
Découvrez le sommaire des derniers numéros du magazine

Inscription à la newsletter
Facebook