Rédigée le 19 Octobre 2015

Innovations financières made in Africa

Ces révolutions portées par le continent.


Chronique parue dans le n° 28 de Forbes Afrique
Chronique parue dans le n° 28 de Forbes Afrique
Autant le dire tout net : quand on évoque les hauts lieux de l’innovation mondiale (Silicon Valley, Boston, Israël, Bangalore), rares sont ceux qui songent spontanément aux nouveaux pôles africains (Dakar, Lagos, Nairobi, Le Cap). Une donne qui pourrait cependant vite changer, nombre d’acteurs du continent proposant déjà un foisonnement de solutions créatives dans tous les domaines : téléphonie mobile, santé, agriculture, énergie, développement durable… Parmi ces secteurs en pointe dans l’innovation, la finance africaine, qui a initié et appliqué à grande échelle trois modèles économiques inédits. 
Au premier rang de ces paradigmes financiers estampillés « Made in Africa », le mobile banking, porte-étendard de la révolution mobile africaine. Lancée au tournant du XXIe siècle par les opérateurs télécoms, la banque mobile pèse aujourd’hui plus de 3 Mds de dollars de revenus annuels, rien que pour l’Afrique subsaharienne. Quatre fois plus qu’en 2012. Une croissance à faire pâlir d’envie les start-up californiennes, et qui est portée par quelques produits stars, à l’image du service kényan M-Pesa : l’offre financière de l’opérateur Safaricom compte aujourd’hui 20 millions d’utilisateurs (près d’un Kényan sur deux) et génère 30 % des échanges totaux d’argent du pays. Un record mondial.
Mais il n’y a pas que le mobile banking à avoir essaimé dans le très avancé Kenya. Dans le secteur bancaire, c’est l’agency banking qui change en profondeur les règles du jeu. Comment ? En instaurant un système dans lequel les transactions financières les plus courantes sont sous-traitées à des intermédiaires agréés, tels que des épiceries, des agences postales ou des pharmacies. Un gain de temps considérable pour les clients puisque c’est leur banque qui vient à eux, via les commerces de proximité, et une bonne affaire pour les établissements financiers, qui réduisent ainsi sensiblement leurs coûts. La réussite est au rendez-vous : plus de 30 000 agents pour le seul Kenya et plus de 2 Mds$ de transactions réalisés annuellement. De quoi nourrir l’ambition des grandes banques kényanes (Equity, KCB), qui exportent depuis peu avec succès la formule dans toute la sous-région (Rwanda, Tanzanie, Ouganda, Burundi…). En attendant le reste du continent.   L’innovation financière en terre africaine ne saurait cependant se résumer aux services financiers sur mobile et au secteur bancaire. Le Sud-Africain Discovery et son programme d’assurance comportementale Vitality en sont la meilleure preuve. Le pari de l’assureur est simple : plutôt que d’indemniser passivement ses assurés malades, il les implique et les récompense pour qu’ils restent en bonne santé. L’adhérent gagne ainsi des points (qui donnent droit à des gratifications) à chaque fois qu’il fait du sport, établit un bilan médical ou achète des produits frais. Une démarche originale qui se traduit 
in fine par des assurés en meilleure santé et un assureur qui paie moins de prestations. Les clients de la nation arc-en-ciel adorent (1,7 million d’affiliés) et Discovery duplique désormais le modèle partout dans le monde (Australie, Chine, Etats-Unis, Royaume-Uni et Singapour). Au final, ce sont autant de révolutions financières africaines devenues des références mondiales, et qui témoignent si besoin est de la créativité et du pragmatisme des opérateurs privés du continent. Un constat qui n’aura pas échappé aux auteurs du dernier rapport sur l’innovation mondiale (Global Innovation Index).
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