Rédigée le 16 Novembre 2015

Guinée équatoriale : quand croissance ne rime pas avec développement


A première vue, l’histoire aurait tout du conte de fées. Petit pays d’Afrique centrale ayant gagné son indépendance du colonisateur espagnol en 1968, la Guinée équatoriale vit longtemps chichement de ses maigres exportations de cacao et des transferts d’argent de sa diaspora ; loin des agitations de la scène mondiale.

Puis vient le miracle de l’or noir, avec les premières découvertes d’hydrocarbures au début des années 1990 et la bulle pétrolière des années 2000. Portée par cette bonne Fortune, la Guinée équatoriale carbure à marche forcée pendant deux décennies et voit dans l’intervalle son PIB multiplié par… cent. Sur la période, c’est tout simplement la plus forte croissance économique du monde. Un lion africain devant les dragons et les tigres asiatiques. Naguère ignoré, désormais troisième exportateur d’or noir d’Afrique subsaharienne, derrière le Nigeria et l’Angola, le pays se transforme en émirat tropical, envié et courtisé pour sa puissance financière.

Mais loin de l’image d’un eldorado où il ferait bon vivre et des taux mirobolants de croissance économique à deux chiˆffres, la réalité est fort diffˆérente pour la majorité des trois-quarts des millions d’Equato-Guinéens. C’est bien là le nœud du problème, la croissance n’est pas le développement. Malgré le boom économique des dernières années, plus de la moitié de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Pays le plus riche du continent, avec un PIB par habitant supérieur à 20 000 dollars, la Guinée équatoriale n’en a pas moins des indicateurs sociaux indignes de son rang. L’espérance de vie plafonne à 54 ans, contre 60 ans pour l’Afrique dans son ensemble, tandis que 48 % seulement de la population a accès à une source d’eau potable. De quoi faire dire au FMI qu’ «en dépit des importants investissements réalisés dans le domaine des infrastructures, les indicateurs sociaux de la Guinée équatoriale sont ceux d’un pays à faible revenu».

Il en va tout autrement au sommet de l’appareil d’Etat, où les colossales richesses tirées de l’or noir permettent toutes les extravagances. Notre confrère américain Forbes n’évaluait-il pas dès 2006 à 600 millions de dollars la fortune de Teodoro Obiang Nguema, le chef d’Etat équato-guinéen ? Et que dire du fils, Teodorín Obiang, mis en examen en France en mars 2014 pour blanchiment de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et abus de confiance dans l’aˆffaire dite des “biens mal acquis”‘? Une cruelle illustration d’une manne économique qui, loin de profiter à tous, a d’abord été l’aˆffaire de quelques uns. Et cela ne devrait pas changer de sitôt, les conséquences du krach pétrolier se faisant déjà sentir sur les finances publiques. A commencer par les budgets aˆffectés aux dépenses sociales. Après avoir été la championne continentale de la croissance économique durant les années 2000 (+ 10,8 % de moyenne annuelle entre 2003 et 2013), la petite nation hispanophone devrait voir cette année son PIB se contracter de 9,5 %, selon les dernières estimations publiées par le FMI en septembre. Un atterrissage brutal après tant d’années à tutoyer les sommets, mais la leçon équatoguinéenne est ailleurs : la croissance en elle-même, aussi spectaculaire soit-elle, ne suffit pas à initier un cycle vertueux de développement durable. Ce n’est pas tant le niveau de croissance que l’usage raisonné qui en est fait qui importe. A cette aune-là, osons espérer que l’expérience équato-guinéenne servira au moins de salutaire anti-modèle.
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