Exclusif web

Finance Carbone : enjeux et opportunités en Afrique

Par Patrick Ndungidi le 5 Juillet 2017


Aera Group est le premier groupe de finance carbone en Afrique avec trois lignes d’activités : l’accompagnement technique pour la certification carbone (conseil), l’achat/vente de crédits carbone (négoce) et la neutralité carbone (compensation CO2). Forbes Afrique a rencontré Fabrice le Saché, co-fondateur et président de l’entreprise.



Quel est le point de départ d’Aera Group ?

Fabrice Le Saché : Nous avons créé Aera Group avec une ferme conviction : la transition climatique est une opportunité qui doit mobiliser les énergies de façon pragmatique et efficace. Notre secteur d’activité, la finance carbone, vise justement à mieux rémunérer les efforts des entreprises qui réduisent les émissions CO2. Concrètement, nous accompagnons ces entreprises sous deux angles complémentaires : la certification des tonnes de CO2 qu’elles évitent et qui leurs donnent droit à des crédits carbone, c’est notre activité de conseil, et la commercialisation de leurs actifs carbone, ce qui constitue notre activité de négoce. Les revenus complémentaires ainsi générés stimulent les technologies vertes et accélèrent le déploiement de projets bas carbone. Nous sommes notamment présents en Afrique où les enjeux sont significatifs au regard de l’explosion démographique, du développement économique et des conséquences déjà déstabilisantes du changement climatique.

Quelle est l’envergure de votre entreprise ?

Fabrice Le Saché : Aera Group est le premier opérateur de la finance carbone en Afrique. Nos clients sont des entreprises africaines (SIFCA, Compagnie Sucrière Sénégalaise, CI-Energie…) et internationales qui développent des projets d’énergies renouvelables, d’efficacité énergétique ou de traitement des déchets sur le continent. Au total, nous disposons d’un portefeuille de plus de 40 projets sous gestion dans 18 pays subsahariens. Douze projets sont entrés en phase d’exploitation et sept d’entre eux produisent des crédits carbones et ont perçu des revenus au Ghana, à Madagascar, à Maurice, en Ouganda, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en RDC. Nous avons structuré et exécuté un volume de transactions de 400.000 tonnes équivalent CO2 sur les marchés au comptant au cours des 16 derniers mois. Nous travaillons depuis Paris avec une équipe de 4 personnes et en Afrique, où nous nous appuyons sur une dizaine de collaborateurs. Le premier exercice de notre entité française l’année passée a généré 775.000 euros de CA et un peu plus de 100.000 EUR de résultat net.

En quoi consiste l’achat/vente de crédits carbone ? Quels sont les pays africains où cette activité marche le mieux et pourquoi ?

Fabrice Le Saché : L’activité de négoce consiste à acquérir des crédits carbones auprès de projets développés en Afrique afin de rémunérer une performance carbone. Notre métier consiste à porter ce risque d’achat en fonction de nos analyses de marché et de notre veille réglementaire. Nous conservons des positions propres sur plusieurs mois afin d’arbitrer des reventes dans les meilleurs scénarios de marché possibles. A ce titre, nous structurons également, de façon croissante, des transactions intra-africaines et les pays africains qui profitent le plus de cette activité sont ceux qui engagent le plus grand nombre de certifications de projets : l’Afrique du Sud, le Kenya, l’Ouganda entre autres.

Quid de la finance climatique et quels sont ses grands enjeux aujourd’hui en Afrique ?

Fabrice Le Saché : La finance climatique est une réorientation de la puissance des marchés, du capitalisme, du secteur privé vers des objectifs de performance environnementale. Il s’agit de canaliser la force de ces outils au service d’un projet de société et de la survie collective. Le système des crédits carbone est un tuyau de la finance climat permettant d’allouer des ressources additionnelles aux projets vertueux d’un point de vue de la sobriété carbone. Pour l’Afrique, l’enjeu est fondamental : peu émettrice en CO2, le continent est l’un des plus touchés par ses conséquences. En conséquence, la maîtrise des technologies bas carbone est stratégique pour aimanter des capitaux mondiaux et pour prendre la tête de la compétition économique globale.

La transition climatique pourrait donc constituer une opportunité économique pour les pays africains ?

Fabrice Le Saché : Sous réserve d’un prix du carbone élevé, le continent pourrait financer de façon accélérée de nombreuses infrastructures dans le secteur de l’énergie. L’industrie pourrait générer, grâce à l’efficacité énergétique, des gains de productivité source de compétitivité accrue, les centres urbains pourraient faire face aux questions de salubrité grâce à une meilleure gestion des déchets. L’innovation environnementale pourrait créer des millions d’emplois qualifiés et non qualifiés. Elle pourrait positionner l’Afrique à l’export et renforcer les échanges intérieurs. Elle contribuerait à l’adaptation du continent au réchauffement et stimulerait de nouveaux investissements agricoles, facteurs de stabilisation et d’aménagement des territoires.

Dans cette optique, quels sont les projets d’Aera sur le continent ?

Fabrice Le Saché : Mieux valoriser les actifs carbones africains en défendant de façon plus structurée la pertinence d’un prix élevé pour ces projets. Notre partenariat avec la Banque Ouest africaine de développement (BOAD) s’inscrit dans ce cadre en centralisant et rationalisant les processus de certification et monétisation et en nous assurant du soutien politique des Etats africains. La pression doit être croisée et constante : secteur privé, secteur public, société civile et autorités politiques. Nous souhaitons également créer le premier fonds carbone africain pour positionner le continent en premier fournisseur de crédits carbone auprès des compagnies aériennes dans le cadre de l’accord CORSIA, des Etats dans le cadre de l’accord de Paris et des industriels des pays émergents qui font face à des réglementations croissantes en la matière. Nous souhaitons enfin accompagner les Etats africains dans la mise en place de marchés domestiques pour accélérer l’innovation verte de façon autonome. Nous sommes aujourd’hui leader d’un marché qui demeure étroit mais qui recèle le plus fort potentiel mondial et qui est appelé à s’élargir aussi loin que notre regard puisse porter.


Dans la même rubrique :
< >

Mercredi 13 Septembre 2017 - 18:34 Mirabell MAYACK, organisatrice de Business Events

Facebook



Découvrez le sommaire des derniers numéros du magazine


Inscription à la newsletter