Rédigée le 16 Octobre 2015

Faut-il brûler le franc CFA ?

Le débat sur le franc CFA est enfin entré dans l’arène politique, depuis que, dans une sortie iconoclaste, le président tchadien Idriss Déby a lancé un message direct pour remettre en question la dépendance monétaire des pays africains vis-à-vis de l’euro.


Chronique parue dans le n° 28 de Forbes Afrique
Chronique parue dans le n° 28 de Forbes Afrique
« Il faut maintenant que réellement, dans les faits, cette monnaie soit la nôtre pour que nous puissions, le moment venu, faire de cette monnaie une monnaie convertible et une monnaie qui permet à tous ces pays qui utilisent encore le FCFA de se développer », a déclaré Idriss Déby dans une adresse prononcée à l’occasion du 55e anniversaire de l’indépendance du Tchad. « Il faudra avoir le courage de dire que le moment est venu de couper un cordon qui empêche l’Afrique de décoller », a ajouté l’homme fort de N’Djaména. C’est bien la première fois qu’un dirigeant d’un pays membre de la zone franc aborde la question de façon aussi directe.
Le débat sur la viabilité du FCFA pour les économies africaines, sur son arrimage à l’euro et plus encore sur l’absence de souveraineté de la politique monétaire des anciennes colonies françaises n’est pas nouveau. Mais il a gagné en vigueur ces dernières années. Jusqu’à récemment, le front contre le FCFA était constitué principalement d’intellectuels, d’économistes, et surtout de militants prétendument panafricanistes. Ces derniers, les plus bruyants sur des forums et des plateaux de télévision, s’appuyant sur des arguments idéologiques, soutiennent qu’il faut quitter la zone CFA et créer une monnaie unique africaine. 
Au fond, la vraie question qui se pose aujourd’hui est de savoir ce que les décideurs africains veulent et ce qu’ils peuvent. L’une des réflexions et des argumentations sur la question la plus pertinente et la plus réaliste 
à ce jour est celle développée par l’économiste Kako Nubukpo, ancien ministre togolais de la prospective. Il conseille d’avancer par étape. « Il faut remettre sur la table les objectifs des deux banques centrales d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale ainsi que leur capacité à financer la croissance économique et évaluer la qualité de leur gestion monétaire », explique-t-il dans une interview à nos confrères du Monde. « La seconde étape consisterait à modifier le régime de change pour aller vers un régime plus flexible avec, par exemple, un arrimage du CFA à un panier de devises. Cela va supposer de revoir le dispositif institutionnel. » Mais, pour lui, la centralisation des réserves de change est un point positif dans la situation actuelle.
Certes, soutient le Togolais, la question de souveraineté monétaire est légitime. Ce n’est pas 
à la France de la trancher, mais aux pays africains eux-mêmes. Par exemple, rien dans le dispositif actuel n’interdit à ces pays d’utiliser les excédents des réserves de changes (plus 3 600 Mds de FCFA) pour financer la croissance. Et Kako Nubukpo précise : « Cela veut dire que nous n’avons plus besoin de l’“assureur” qu’est la France pour avoir la fixité entre le CFA et l’euro. Les dirigeants africains doivent prendre leurs responsabilités. » La sortie de Déby pourrait être le premier pas vers cette volonté d’assumer ces responsabilités.
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