Rédigée le 16 Novembre 2015

Exodus


Expatriation, fuite, voyage, mouvement, déplacement de populations, invasion, émigration… Les migrants, tout le monde en parle et les commentaires vont bon train. Les gouvernants des pays d’accueil se démènent pour faire face à cette crise humanitaire tout en ménageant leurs opinions publiques. Ceux des pays d’origine restent cois. Tant de questions posées… Tant de réponses données… Tant de silences lourds de sous-entendus…

Les médias nous déversent sans cesse des images douloureuses, révoltantes, parfois insoutenables d’êtres humains dépouillés de leur dignité et dont la vie semble avoir perdu toute valeur. Pourquoi?
Qu’est-ce qui pousse des individus à tout quitter ? A abandonner leur famille et leurs racines pour partir à la poursuite d’une vie décente? A aronter toutes sortes de vicissitudes dans l’espoir de lendemains meilleurs ? A frôler, à faire face ou à succomber à la mort ? Faut-il que les migrants éprouvent une sacrée dose de désespoir pour s’engager dans une pareille galère! Pourquoi? Les débats sur les modalités de leur accueil, la probabilité de leur intégration, le coût social de leur installation… bien que nécessaires, ne s’intéressent essentiellement qu’aux conséquences d’un problème bien plus profond et grave. Quelles mesures faut-il prendre pour que cessent ces caravanes de la mort ? Que faire pour persuader les dirigeants des pays d’origine de prendre la question des migrations à bras le corps afin d’y apporter des solutions permettant à leurs concitoyens de vivre, chez eux, dans la dignité? Comment prévenir la recrudescence des conflits qui forcent tant de personnes à se déplacer? Comment allons-nous lutter concrètement contre la misère dans le monde? Pourquoi en sommes-nous encore là, malgré toutes les politiques de coopération, d’aide…?

Les explications, comme les excuses, sont nombreuses. Mais l’heure est peut-être venue de prendre nos responsabilités ? Car nous sommes tous concernés, chacun à son humble niveau. En cessant de faire croire aux populations en désarroi que la vie en Occident est la panacée. En faisant entendre notre voix par nos votes. En œuvrant à une société civile plus forte, capable d’influencer la bonne gouvernance des politiques. En décuplant nos eorts pour une solidarité faite non seulement de donations pécuniaires, mais aussi d’engagements sociaux. Certes, l’obstacle des intérêts personnels, de la corruption n’est pas à négliger… Mais, dans un monde qui réclame toujours plus de vérité et de justice, il faudra bien que ceux qui «conjuguent le verbe manger» apprennent aussi à conjuguer le verbe donner. Et fassent en sorte que cela se traduise sous forme de nourriture, de scolarisation, de soins médicaux et de conditions sanitaires viables pour leurs concitoyens. Et que les philanthropes pèsent de tout leur poids pour s’assurer de l’utilisation optimale de leurs dons. Sans avoir la naïveté de penser que «tout le monde il est bon et tout le monde il est gentil», je prédis un avenir où le problème des migrations sera traité à la source. Faute de quoi, Nord ou Sud, nantis ou pauvres, Atlantique ou Manche, amis ou ennemis, nous coulerons tous. Ensemble. 
Découvrez le sommaire des derniers numéros du magazine

Inscription à la newsletter

Facebook