Techno

Esoko, un logiciel au service des agriculteurs

Par Par Jacques Matand' le 1 Avril 2016


Grâce à un logiciel mis en place par Esoko, une PME kényane, les agriculteurs locaux sont mieux informés sur leurs produits et sur les prix de vente. Des atouts qui permettent aux paysans de faire plus de bénéfices et d’améliorer leur niveau de vie.



AFP
AFP
Sur le dépliant de présentation de la société Esoko, une photo montre une femme exhibant son téléphone portable dont l’écran affiche des informations pratiques. Il s’agit ici de données que la PME fournit aux agriculteurs sur le prix du maïs, vendu sur les marchés de plusieurs villes kényanes. Dans ce pays, où 70% de la population détient un portable – un des meilleurs taux de pénétration du continent –, Esoko a développé un logiciel et un programme à l’usage unique des agriculteurs. Toutes les informations utiles pour leur activité arrivent sur leurs mobiles. Plus besoin de courir dans différents bureaux, parcourir des kilomètres pour connaître les nombres de producteurs de tel ou tel produit, le volume de leurs productions ou encore les prix. Grâce au logiciel mis en place par Esoko, des données fiables et actualisées sont mises à leur disposition. 

La naissance d'Esoko

Nairobi, la capitale kényane, est une des villes africaines les plus en pointe sur les nouvelles technologies. Des passionnés y travaillent d’arrache-pied pour créer des applications qui amélioreront le quotidien des populations. C’est dans cet environnement que la PME locale Esoko a mis sur pied une plate-forme dont l’application dans le secteur de l’agriculture s’avère précieux. L’idée du logiciel est née de la préoccupation de son initiateur, Mark Davies, Britannique d’origine sud-africaine, qui se demandait «comment améliorer la qualité et le niveau de vie des agriculteurs et augmenter leurs marges de profit dans la vente de leurs produits.» Au début des années 2000, Mark Davies s’installe au Ghana avec pour objectif «d’aider les agriculteurs à obtenir un meilleur niveau de vie et tirer un bénéfice de leurs productions », se souvient Paolo Mele, responsable d’Esoko à Nairobi et directeur d’Esoko Kenya.

Paolo Mele, Italo-Britannique de 45 ans, issu d’une famille d’entrepreneurs, est un passionné de microfinance et de nouvelles technologies. Sa grande préoccupation : contribuer au développement des cultures via la technologie. Il commence sa carrière en Grande-Bretagne où il étudie la croissance des microentreprises. Puis, au Sri Lanka, il parfait ses connaissances dans le domaine de la microfinance. Il confronte alors ces expériences au monde rural en terre africaine, en Ouganda, puis au Malawi. Dans ces étapes, il se penche sur les problèmes rencontrés par les PME et les réponses à leur apporter dans un contexte de développement. Il atterrit avec dans ses bagages le projet Esoko et compte y apporter son savoir-faire. A son arrivée, en 2004-2005, est lancé au Ghana un logiciel permettant une mise en relation des agriculteurs de différentes régions dans le but de décider d’une même voix le prix des récoltes de leurs champs. «A l’époque, un acheteur venait aux champs pendant la récolte et négociait directement avec les agriculteurs. Il leur proposait n’importe quel prix. Comme les agriculteurs n’avaient aucune référence de prix pour négocier, la plupart du temps, ils se faisaient flouer», raconte Paolo Mele. Grâce au logiciel Esoko, «certains agriculteurs prétendent avoir multiplié leurs revenus par dix. Ils connaissent mieux le prix de vente sur le marché et sont mieux informés sur les cultures», souligne Paolo Mele. Lancé au Ghana, le logiciel Esoko est actuellement présent dans onze pays, parmi lesquels : la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Bénin, le Malawi ou encore le Zimbabwe. Pas moins de 150 000 agriculteurs répartis dans ces différents pays – répertoriés dans la base de données Esoko – l’utilisent aujourd’hui ! 

Le fonctionnement d'Esoko

Comment ça marche ? L’idée est simple: trouver des informations utiles à fournir aux agriculteurs pour améliorer leurs productions. «Nous leur envoyons des SMS d’alerte au sujet des différentes périodes de culture et les informons des actions à accomplir dans les champs pour une bonne croissance des produits. Par exemple, aujourd’hui, c’est le jour d’appliquer l’engrais ou de pulvériser…», explique le directeur d’Esoko Kenya. La météo s’avère aussi une information importante, pour ne pas dire capitale, pour les agriculteurs. La qualité de leurs récoltes étant tributaire du temps qu’il fait. En fonction des informations reçues, l’agriculteur peut éviter de réaliser une récolte durant de fortes pluies. Ou encore prévoir les ensemencements au moment opportun… L’autre information précieuse envoyée sur les téléphones des agriculteurs par Esoko est celle du prix de vente de leur production. «Nous leur disons à combien s’élève le cours du maïs ou des tomates, par exemple. Cela leur permet de mieux vendre leur récolte et faire plus de gain», se félicite Paolo Mele. A noter, le logiciel a ainsi permis de se passer des intermédiaires qui approchaient les agriculteurs en cherchant à rabattre au maximum le prix d’achat à la base pour augmenter leurs propres marges.

Grâce au logiciel Esoko, les agriculteurs peuvent être informés des tendances des marchés qui s’organisent autour d’eux. Ils peuvent ainsi mieux s’organiser eux-mêmes. «Cela leur permet soit de mutualiser leurs produits avec d’autres agriculteurs soit de les confier à une seule personne, qui va s’occuper de la vente sur le marché. Chacun faisant des économies sur les frais de transport», explique Paolo Mele. Réunis, ces éléments permettent aux agriculteurs d’augmenter leurs revenus et d’améliorer ainsi leur niveau de vie. Alors qu’il y a quelques années, seuls les revendeurs avaient des grandes marges de bénéfices et pas les producteurs. Pour rendre le logiciel dynamique, Esoko procède aussi à la collecte des informations spécifiques pour certains agriculteurs. Au départ, ils sont tous répertoriés. Lors des rencontres avec les agriculteurs sur le terrain, «chacun exprime ses besoins qui sont inscrits dans un formulaire de dix questions. Une fois le formulaire enregistré, les données sont consignées automatiquement dans le système.» La mise en place du logiciel et son système a nécessité un investissement de plus de 3 millions de dollars.


publié en avril 2014

Facebook



Découvrez le sommaire des derniers numéros du magazine


Inscription à la newsletter