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Entretien avec Mbagnick Diop, Président du Mouvement des entreprises du Sénégal (MEDS)

Par Patrick Ndungidi le 4 Août 2017


PDG du groupe Promo Consulting, l’homme d’affaires sénégalais évoque les grandes lignes du travail accompli par le Syndicat patronal sénégalais ainsi que les projets de ce mouvement dont il est le fondateur.



Entretien avec Mbagnick Diop, Président du Mouvement des entreprises du Sénégal (MEDS)

Quelle est la génèse du MEDS ?

Mbagnick Diop : Le syndicat a été créé en 2001 par un ensemble d’entrepreneurs sénégalais, juste au lendemain de l’alternance politique de 2000. J’avais à l’époque constaté une forte prédominance des moyennes et grandes entreprises au niveau de l’espace patronal sénégalais. Nous avons ainsi jugé nécessaire de lancer une nouvelle organisation qui soit exclusivement au service des Petites et Moyennes Entreprises (PME) et des Toutes Petites Entreprises (TPE), faiblement représentées par les syndicats patronaux de l’époque. Le MEDS promeut aussi l’entreprenariat social et s’inscrit également dans une démarche d’inclusion, ce qui l’amène à incorporer dans son mouvement des groupes socio-économiques jusqu’ici exclus du système : acteurs culturels, commerçants, autoentrepreneurs, etc.

Quels sont les objectifs de ce syndicat patronal ?

Mbagnick Diop : Le MEDS vise plusieurs objectifs notamment celui de contribuer au développement de l’économie nationale en participant pleinement au dialogue public – privé. Il contribue également au développement des TPE et PME du Sénégal et de l’espace UEMOA, à travers les grandes orientations du mouvement. Le MEDS participe aussi à la structuration des entreprises de l’informel, à travers l’accompagnement et la communication interne du mouvement et accompagne les jeunes (diplômés ou sans formation) à s’insérer dans le tissu économique, par le biais du Forum du 1er Emploi organisé tous les ans. Par ailleurs, par une démarche de responsabilité sociale de l’entreprise, le mouvement contribue à l’effort national de réduction de la pauvreté et de protection sociale, grâce à une série d’actions menées à l’endroit de la petite enfance, des couches vulnérables, des personnes handicapées, des associations œuvrant dans le social, etc.

Quel est, à l’heure actuelle, le poids économique du Mouvement ?

Mbagnick Diop : la contribution des entreprises affiliées au MEDS dans le PIB du Sénégal est estimée à environ 5%. En revanche, il compte le plus grand nombre d’entreprises affiliées (plus de 5.000). Aussi, le poids sociétal du MEDS est extrêmement important. Par ailleurs, nous avons organisés de nombreux événements (Forum du 1er emploi, assises économiques, Cauris d’or, business breakfast) qui participent à la dynamique de l’entrepreneuriat. Par ailleurs, nous avons déjà réalisé 16 éditions de Forum du 1er emploi, 15 éditions d’assises économiques, 15 éditions des Cauris d’or et nous organisons également 5 business breakfast par an.

En parlant des « Cauris d’or », vous organisez cette cérémonie depuis plusieurs années afin de célébrer l’esprit entrepreneurial au Sénégal. Mais cette année vous organisez les African Leadership Awards ? Qu’est-ce qui justifie ce changement et en quoi va consister cette cérémonie ?

Mbagnick Diop : Le « Cauris d’or » nous a permis après plusieurs années de célébration, de nous ouvrir à l’extérieur, grâce notamment à son rayonnement au plan mondial (effet médias) qui a suscité une forte demande émanant d’entrepreneurs de l’extérieur. Aujourd’hui l’organisation de l’African Leadership Awards coïncide avec l’ouverture de plus en plus importante des frontières économiques, mais aussi avec le développement des échanges entre les investisseurs du monde qui ont compris que l’espace économique mondial était devenu unique et indivisible. Nous nous inscrivons donc dans cette dynamique unitaire de l’entrepreneuriat.  C'est dans cette optique que la première édition des African Leadership Awards se déroulera le 04 Novembre 2017 à l'hôtel Méridien Etoile à Paris.  Ce sera l'occasion de récompenser et de valoriser les entreprises et personnalités de la diaspora et du monde entier qui contribuent au développement et au rayonnement de l'Afrique.

Quelle est la valeur ajoutée de ce type d’événements pour les entrepreneurs sénégalais et africains en général ?

Mbagnick Diop : ce type d’événements permet une meilleure visibilité pour les entrepreneurs sénégalais et africains, qui prennent de plus en plus conscience que les échanges internationaux doivent s’effectuer dans les deux sens, et que l’Afrique a sa place dans l’économie mondiale. Cela permet aussi une prise de conscience sur la qualité de nos produits et services qui peuvent rivaliser avec le reste du monde ainsi que des opportunités d’affaires à travers les séries de rencontres organisées.

Quelles sont les actions concrètes que mène le MEDS aujourd’hui dans la construction économique du Sénégal ?

Mbagnick Diop : A travers une forte participation aux rencontres Etat-secteur privé, le mouvement contribue au débat économique national via notamment les documents sectoriels transmis à l’Etat. Le MEDS a également publié un livre blanc sur les PME et les TPE sénégalaises. Nous finançons aussi des projets de jeunes pour l’auto-entreprenariat. A travers la communication, le MEDS vend le Sénégal à l’extérieur par le concept de « Diaspora des Affaires » qui chaque année dans une grande capitale accueille la Diaspora, le secteur privé national, les pouvoirs publics et les Institutions. Le mouvement participe à la mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent (PSE), à travers la promotion des investissements au Sénégal (ex : la franchise commerciale et les PPP) et nos participations aux réunions sectorielles de l’Etat sur la politique sectorielle des ministères. Nous menons également des échanges avec les partenaires techniques et financiers (PTF) sur l’environnement des affaires au Sénégal.

Quels sont les enjeux socio-économiques auxquels doivent faire face actuellement les entreprises du secteur privé au Sénégal ?

Mbagnick Diop : les entreprises doivent faire principalement face à trois défis : premièrement, le défi de la croissance économique à travers la transformation structurelle de notre économie prévue dans le Plan Sénégal Emergent (PSE). A cet effet, le secteur privé est invité par l’Etat à participer à l’effort d’investissement. Deuxièmement, le défi de l’emploi : le développement de l’entreprise devra aussi induire celui de l’emploi, ce qui contribuera à réduire le chômage, surtout celui des jeunes. Troisièmement, le défi sociétal et environnemental.

Quelles sont les opportunités économiques qu’offre aujourd’hui le Sénégal pour les investisseurs ?

Mbagnick Diop : les opportunités économiques sont nombreuses : un environnement des affaires propice à l’entreprenariat ; de nombreux programmes d’investissements sur les infrastructures (Autoroutes, Train Express Régional, Aéroport international), les édifices (Centre de Conférence, Cité des Affaires de DIAMNIADIO) ; Un dispositif d’appui et d’accompagnement des entreprises : APIX, ADEPME, BNDE, Fonds d’investissements, etc … Des secteurs économiques porteurs et quasi vierges notamment celui de l’agriculture.

Un dernier mot sur les projets en cours du MEDS…

Mbagnick Diop : nous avons l’ambition de créer une Académie nationale pour l’entreprenariat avec comme cibles le secteur informel, les jeunes entrepreneurs, les mouvements associatifs, etc. Bien plus, nous comptons élargir les bases du mouvement vers les pays de la sous-région. Le Démarrage de ce projet est effectif depuis 2006. Au niveau national, nous procédons à l’installation d’antennes régionales du mouvement dans tout le Sénégal. Par ailleurs, nous allons entamer à brève échéance des échanges de bons procédés et inter-pénétrabilité des marchés du Sénégal avec le Maroc et les pays du Maghreb. Nous recherchons également un financement du mouvement pour la construction d’un site multifonctionnel : incubation, siège, formation, centres de conférence. A long terme, nous souhaiterions accompagner l’Etat sénégalais dans la mise en place d’un cadre de type Silicon Valley aux USA ou Technopark au Maroc.

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