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Entretien avec Madeleine Taylor Mendy, Directrice Générale de Scandin-Africa Holding ApS et Scandin-Africa Group ApS

Par Patrick Ndungidi le 26 Septembre 2017


Originaire de la Guinée Bissau, l’entrepreneuse de 44 ans a créé Scandin-Africa, basée à Copenhague, pour être le trait d’union entre l’Afrique et la Scandinavie, dont les investissements sur le continent, s’élèvent à plus de vingt milliards de dollars dédiés aux projets dans les secteurs des infrastructures, des énergies renouvelables et des nouvelles technologies, selon les chiffres du Nordic Development Fund, NorFund et Maersk Fondation for Africa.



Pourquoi avoir créé Scandin-Africa et en quoi consistent ses activités ?

 Madeleine Taylor Mendy : l’idée de créer Scandin-Africa est née d’un constat fait sur le continent Africain et les pays Scandinaves. Le premier disposant de toutes les richesses et matières premières pour en faire un continent auteur de son développement et le deuxième disposant d'un vivier prospère d'entreprises leader en raison de leurs racines profondes dans les innovations de ce "millenium". Scandin-Africa est le trait d’union entre la Scandinavie et l’Afrique ! Avec nos équipes d’experts basées au Danemark, en Norvège et en Suède, nous facilitons les relations économiques des structures Scandinaves désireuses d’investir en Afrique de l’Ouest et Centrale. Notre principale ambition est de présenter de nouveaux acteurs plus soucieux du développement du continent Africain afin de faciliter la croissance des PME locales avec les hauts standards Scandinaves. Scandin-Africa.com, en tant que 1er réseau de mise en relation d'entrepreneurs Scandinave et Africain, répond à ce besoin de renouveau, en mettant l'Afrique en contact avec les pays Nordiques à la pointe de l'innovation notamment dans les technologies de l’information et de la communication (TIC), les énergies renouvelables et la transformation des produits agricoles.

Madeleine Taylor Mendy et Luc Gérard Nyafé.
Madeleine Taylor Mendy et Luc Gérard Nyafé.

De quelle manière Scandin-Africa travaille concrètement ?

Madeleine Taylor Mendy : nos consultants et partenaires sont principalement des indépendants expérimentés dans divers secteurs d’activités et domaines. Ils apportent des compétences de gestion solides et une connaissance approfondie de l'Afrique et/ou de la Scandinavie.  Nous travaillons, aussi, très étroitement avec les organisations patronales basées aussi bien en Scandinavie qu’en Afrique. Nous avons également l’immense honneur de compter parmi nos nombreux soutiens et partenaires : Monsieur Luc Gérard NYAFÉ, Président de TRIBECA, homme d’affaires Congolais influent en Colombie pour élargir mon réseau en Afrique.

Quels types de relations économiques les pays scandinaves entretiennent-ils avec le continent africain. Quel est aujourd’hui le volume des transactions commerciales entre l’Afrique et les pays scandinaves ?

Madeleine Taylor Mendy : l'Afrique, particulièrement francophone, connait depuis des décennies les mêmes schémas avec les mêmes intervenants, les mêmes acteurs économiques et les mêmes résultats... Les relations économiques sont quasi inexistantes, dû essentiellement à la barrière de la langue pour les pays francophones et également dû au fait que les Scandinaves sont peu conquérants et même très frileux malgré leurs conditions géographiques … Le principal obstacle est la méfiance mais surtout la peur d’être exposé à la corruption en Afrique. L’intégrité dans les affaires est un trait de caractère qu’ont réussi à bâtir les Scandinaves avec une solide réputation internationale ! Avec le concours du géant de l’industrie maritime Maersk (AP Møller) implanté sur tous les ports d’Afrique et bien d’autres fonds d’investissement tel Norfund et Nordic Fund, la donne est en cours de changement, avec au total plus de vingt Milliards de fond Nordique dédiés aux projets d'infrastructure, d'Energies renouvelable et aux nouvelles technologies en Afrique.  Attendons-nous à voir prochainement des succès story « Scandin-Africaine », avec l’arrivée des nouveaux acteurs de la télécommunication tels que Lumigon (Danemark), DAHL Mobile (Suède), Reewire (Danemark), RedFlash (Suède), RadiCover (Danemark), de la fashion industry avec le H&M de la bijouterie fine Amazing Jewelry (Danemark), LCDB Invest, de la construction durable et modulable avec NPV (Danemark),  des Energies renouvelables avec Nideco (Norvège), de l’agroalimentaire avec Arla Food (Danemark) déjà présent en Côte d’Ivoire et au Sénégal, et la Santé avec Novo Nordisk (Danemark). La Scandinavie apportera avec sa politique de business équitable, ses fonds souverains et d'éthique, ce dont l'Afrique a besoin pour rentrer plus rapidement dans les défis de ce siècle, face une population grandissante et des changements massifs qui se font attendre notamment dans la digitalisation, la création des villes intelligentes dîtes Smart City et la transformation des produits agricoles.

Quels sont aujourd’hui les secteurs dans lesquels les pays scandinaves pourraient investir en Afrique et pourquoi ?

Madeleine Taylor Mendy : La technologie et le numérique étant des vecteurs de développement de ce siècle, les entreprises nordiques de par leur expertise et leur écosystème FinTech peuvent propulser l'innovation technologique de l'Afrique qui compte plus de 850 millions porteurs de Mobiles. A titre d’exemple, le Danemark, pays où j'ai vécu plus de douze ans, est sur le point de devenir un pays « cashless », aidé par une culture de la FinTech qui n’épargne pas les pays voisins. La Suède est le troisième plus grand hub FinTech en Europe tandis que la Finlande est un leader mondial de la facturation électronique. Un modèle de gestion qui serait un plus pour nos gouvernements africains qui essaient de mettre fin à la corruption qui mine nos administrations. Ce modèle s’inscrit sur le plan d’émergence de certains pays de l’Afrique de l’Ouest et Centrale qui ambitionnent de devenir un hub de l’Economie Numérique. Quoi de mieux que les mettre en contact via le FinTech Forum que Scandin-Africa compte organiser en partenariat avec un pays hôte Scandinave et/ou d'Afrique Centrale. Les pays Scandinaves sont très sensibles à l’environnement et familier avec les énergies renouvelables. La Suède et la Finlande sont en tête de classement des pays consommateurs de ces énergies.
Très investie dans le développement et l’utilisation, la Suède finance plusieurs projets climatiques. Les « Smart City » seront définitivement nos gros chantiers de demain !

Dans quelle région de l’Afrique existe-t-il beaucoup plus d’opportunités pour les investisseurs scandinaves et pourquoi ?

Madeleine Taylor Mendy : les anciennes colonies françaises se retrouvent parmi les moins dynamiques du continent, du moins si l’on compare avec les pays d’Afrique anglophone, à l’économie florissante.  Les Scandinaves sont déjà bien installés en Afrique de l’Est et du Sud. Notre principal défi est de créer un climat propice aux affaires en organisant des rencontres par secteur d’activités avec la collaboration des ministères de Commerce, des Chambres de commerce, des organisations patronales et des centres de promotion et d’investissement de l’Afrique de l’Ouest et Centrale.

Quels sont les avantages que les pays Scandinaves offrent par rapport aux partenaires dits traditionnels du continent africain ?

Madeleine Taylor Mendy : la réputation des pays Scandinaves n'est plus à prouver, ils sont world-class leaders en termes d’investissement et sont très actifs dans le respect de la chartre anti-corruption. Quant aux besoins et le potentiel de l'Afrique, ils nécessitent des leviers différents pour obtenir des résultats qui impactent la vie des individus et des entreprises au quotidien. En se tournant vers la Scandinavie, c’est l’occasion de réellement écrire un avenir qui mènera à un développement plus consistant et généralisé de l’Afrique.  Les territoires Scandinaves font partie des plus riches et sont prospères.  En Scandinavie règne l’éthique, l’anti-corruption, des traditions dont souffre l’Afrique et qui permettraient l’épanouissement d’un continent plein de ressources, de matières premières et autres richesses.

Quels sont les principaux défis notamment financiers auxquels les investisseurs Scandinaves doivent faire face en Afrique ?

Madeleine Taylor Mendy : le premier défi est culturel, aussi opposé que leurs emplacements respectifs dans le globe. Les Scandinaves sont très pointilleux, soucieux du détail et très organisés, ils se retrouvent souvent confrontés à un réel problème de compréhension en Afrique. Le « Doing business » est le principal défi. Dans quasiment tous les pays africains, nous retrouvons des problèmes liés à l’insuffisance des infrastructures et organismes. Une difficulté supplémentaire qui impacte le climat des affaires. Pour y remédier, l’entreprise Mærsk et plusieurs fonds d’investissements Scandinaves investissent plusieurs milliards de dollars sur des projets d’infrastructures. Il est nécessaire, aussi, d’organiser des sessions d’information sur le climat d'investissement en Afrique. L’absence de données macro et micro économiques est un défi majeur auquel les Scandinaves font face. Nous réfléchissons à intégrer des solutions tels que KASI Insight, Analyse Africa et NRCI pour agrémenter notre plateforme online.

Quels sont vos projets à court, moyen et long terme ?

Nos prochains rendez-vous seront l’organisation du Scandin-Africa FinTech et nouvelles technologies Forum ainsi que la création de notre solution de paiement en 2018 ; le déploiement de RedFlash, intégrateur de solutions technologiques suédoises au Gabon et en Guinée Bissau ; la création de la plateforme de networking BeneLux-Africa, (filiale de Scandin-Africa Holding ApS) permettant d’accéder un réseau d’acteur Luxembourgeois désireux d’investir en Afrique ; la construction d’hôpitaux modulables entièrement financés par SwedFund et une banque Luxembourgeoise. Dansk Industri (DI) et un fonds d’investissement Danois nous sollicite pour l’organisation d’une table ronde avec monsieur José Mario VAZ, Président de la République de Guinée Bissau, ce pays qui me tient à cœur… Et pour finir, la création d’un incubateur d’entreprise à l’horizon 2019.


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