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Entretien avec Grégory Clemente, Directeur général de Proparco

Par Patrick Ndungidi le 21 Juin 2017


Proparco, filiale de l’Agence française de développement consacrée au secteur privé, va consacrer 1 milliard d’euros pour soutenir le secteur privé dans les pays dits fragiles en Afrique. Son Directeur général, Grégory Clemente, se confie à Forbes Afrique.



©Alain Goulard
©Alain Goulard

Quels sont aujourd’hui les défis socio-économiques auxquels doivent faire face les entrepreneurs et investisseurs qui évoluent en Afrique ?

Grégory Clemente : L’un des enjeux majeurs réside sans doute dans la fragilité du cadre réglementaire. C’est le cas notamment dans les pays fragiles, c’est à dire les PMA et les pays en sortie de crise. Je pense que le manque d’accès aux infrastructures et le manque d’accès aux financements en Afrique constituent également des freins importants et sont donc pour Proparco des secteurs d’intervention prioritaires.

Quelles sont les grandes tendances économiques dans le secteur privé en Afrique ?

Grégory Clemente : Je vois plusieurs enjeux en Afrique : le développement du capital investissement, la transition numérique ou encore le soutien à l’innovation, notamment dans le domaine des énergies renouvelables hors-réseau (off-grid). Mais je voudrais revenir plus spécifiquement sur le capital investissement. La dynamique de ce marché en Afrique est prometteuse mais pour autant, l’investissement en fonds propres reste aujourd’hui peu structuré et fait face à des freins qui limitent son impact sur le financement des PME. Pour répondre à ces besoins de financement, nous avons, à Proparco, décidé d’investir dans des fonds d’investissement ciblant spécifiquement les PME africaines et qui ont une réelle volonté d’accompagner les entreprises dans la durée. L’objectif est de faire émerger des équipes de capital investissement nationales et de structurer une expertise d’investissement locale.  Pour mettre en œuvre cette stratégie de capital-investissement, nous disposons également de FISEA - détenu par l’AFD - qui a pour objectif de réaliser 250 millions d’euros d’investissement sur 5 ans en Afrique Subsaharienne. Via FISEA, nous prenons des participations dans des entreprises, des banques, des institutions de microfinance et des fonds d’investissement, en portant une attention particulière au développement des PMEs. L’objectif est de favoriser leur croissance, en leur offrant un accès à des capitaux propres et un appui dans la gestion de leurs investissements.

Quels sont les défis auxquels doit faire face le secteur privé africain et comment Proparco s’engage-t-elle dans l’amélioration de la situation sur terrain ?

Grégory Clemente : Notre règle d’intervention est d’apporter des instruments financiers adaptés aux besoins des entreprises mais qui ne sont pas encore disponibles sur certains marchés africains. Nous nous efforçons donc de proposer de nouveaux produits (garanties, trade finance…), de soutenir les projets innovants de financement d’infrastructures et d’apporter des financements en monnaie locale. Notre offre doit s’inscrire dans une perspective d’animation des marchés africains, sans jamais nous substituer à l’offre locale mais en la complétant. Grâce à une longue expérience dans le domaine, Proparco a développé une vraie expertise dans le domaine environnemental et social, ce qui nous permet d’apporter une forte valeur ajoutée à nos clients.  L’Afrique compte aussi un certain nombre de pays dits fragiles ou en crise qui requièrent des approches spécifiques et adaptées. Nous nous sommes d’ailleurs donné pour objectif de consacrer 1 milliard d’euros sur la période 2017-2020 au soutien du secteur privé dans ces pays. C’est l’un des enjeux de l’assistance technique que nous apportons et qui vise à aider les équipes de gestionnaires de fonds à s’organiser et à se professionnaliser, à leur permettre d’optimiser leur soutien aux sociétés du portefeuille et de faciliter la création d’un écosystème favorisant l’échange de bonnes pratiques / la mise en réseau d’investisseurs et de gestionnaires.

Comment analysez-vous le développement du secteur de la « Tech » africaine ?

Grégory Clemente : On observe une transition numérique stupéfiante en Afrique qui n’a rien à envier à celle que nous connaissons en Europe. On pourrait citer la mise en place de services financiers sur mobile, l’accès à l’électricité dans les zones rurales par des systèmes off-grid, la possibilité d’obtenir un premier diagnostic médical à distance, etc. La liste est longue et je pense que nous ne sommes encore qu’au début d’une véritable transformation du continent. Cet immense potentiel en termes de développement doit nous amener à y consacrer une part importante de notre activité.
Mais pour que cela puisse se faire, les entrepreneurs doivent être aidés, accompagnés, et c’est dans ce domaine que Proparco a un rôle à jouer. Nous sommes en mesure, grâce à notre réseau et à celui du groupe AFD, de repérer ces innovations et de leur fournir à la fois une assistance technique pour leur permettre de changer d’échelle et d’apporter des solutions de financement adaptées à un secteur nouveau dont les caractéristiques ne correspondent pas aux grilles de lecture des investisseurs traditionnels. Nous continuerons d’encourager les innovations de rupture dans le financement des petites entreprises africaines, et notamment l’essor de la finance digitale et du secteur des « fintech ».

Quels sont les projets de Proparco sur le continent ?

Grégory Clemente : L’Afrique est au cœur des priorités de Proparco, priorité réaffirmée dans notre nouvelle stratégie 2017-2020 avec un objectif de 2.7 milliards d’euros de financement dédiés au continent. Cela positionne Proparco comme l’institution financière la plus africaine. La liste de nos projets sur le continent est longue et couvre un grand nombre de secteurs porteurs pour nous permettre de maximiser nos impacts en termes d’emploi, de lutte contre les changements climatiques, d’accès aux biens et services essentiels ou encore de soutien aux entreprises et à l’innovation. Nous étions par exemple très fiers d’accompagner en 2016 le groupe Azalai par un prêt de 16.4 millions de dollars qui permettra de renforcer l’offre hôtelière d’affaires du pays qui a été fragilisée par des années de crises et d’encourager le retour des investisseurs. Et au-delà de ces projets de grande envergure, nous finançons l’accès de millions de personnes au microcrédit, avec les bénéfices en termes d’emploi, d’égalité hommes-femmes, de cohésion sociale que l’on connait.


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